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Lettre n°39
30 novembre 2000
Chronique
des elections présidentielles américaines (7)
Dysfonctionnements
du systéme électoral américain
L'incroyable succession
de "bugs" observés lors du dépouillement des elections américaines
va probablement relancer le débat sur l'instauration du vote électronique,
en Europe comme aux Etats-Unis.
Le cafouillage electoral
du 7 novembre a porté à la connaissance de l'opinion publique
trois types de problèmes, de nature distincte :
Le premier problème
tourne autour des règles qui président a la publication
des résultats le soir des elections : ce qui a frappé,
dans la folle nuit électorale, c'est que les médias télévisés
annoncèrent les résultats de l'élection alors que
les bureaux de vote n'etaient pas encore fermés. La taille du
pays n'explique pas tout : les chaînes de télévision
annoncèrent les résultats du scrutin en Floride alors
que certains bureaux de vote en Floride votaient encore. Les médias
européens sont plus patients et attendent la clôture des
bureaux de vote pour présenter au public les estimations.
Le second problème
tourne autour de la diversité des moyens mis a la disposition
des électeurs pour exprimer leur choix: bulletins de vote classiques,
bulletins à cocher, bulletins à remplir, vote sur micro
avec un écran à touches
. On découvre à
cette occasion que seuls 1,7 % des Américains utilisent
encore un bulletin de vote classique déposé dans une urne.
On découvre aussi qu'un état comme l'Oregon avait généralisé
cette année le vote par correspondance.
Le troisième
aspect tourne autour des dysfonctionnements. Certains tiennent au décalage
entre la date du vote et le délai accordé pour le vote
par correspondance. D'autres tiennent au matériel utilisé,
machines trop vieilles, difficultés du compte pour les bulletins
à trous. D'autres encore tiennent à la difficulté
que rencontrent certains publics, notamment les personnes âgées,
pour utiliser certains systèmes.
Le cafouillage américain
met en lumière la tres faible emprise du niveau fédéral
sur l'organisation des elections : il y a autant de codes électoraux
que d'états. Il révèle aussi les effets pervers de
la décentralisation des opérations électorales :
ce sont les comtés et les municipalités qui ont la charge
de l'organisation des scrutins : la fiabilité des elections dépend
donc tres largement de l'effort financier que les municipalités
américaines sont disposées à consentir pour sécuriser
les elections, et notamment pour investir dans l'acquisition de systèmes
performants ou pour sous-traiter a des sociétés spécialisées.
Les disparités observées aux Etats-unis illustrent l'utilité
d'une forte implication de l'état central comme garant de l'organisation
des elections, qu'il s'agisse d'harmoniser les procédures, de valider
les systèmes techniques, ou de "réguler" le marché
des services électoraux ( puisqu'il existe désormais des
sociétés spécialisées dans l'organisation
d'elections.).
Francis Pisani, rappelait
tout récemment dans le Monde Interactif, que "les Américains,
si enclins à se donner en exemple au reste du monde, pourraient
tirer des leçons d'un pays qui au nombre comparable de votants,
mais au niveau de développement inférieur. Aux dernières
élections municipales du Brésil, la totalité des
votants a eu accès à des machines électroniques.
Au premier tour des élections à Sao Paulo, le troisième
candidat a perdu le droit de participer au deuxième tour à
cause d'une différence de moins de 0,1 %. La confiance dans
la méthode utilisée fut telle que nul n'a pensé à
remettre le résultat en question. Il est vrai que le Brésil
investit d'importantes quantités d'argent dans son système
électoral alors que les États-Unis ont plutôt tendance
à réduire les impôts et ce type d'investissement social
et civique
"
http://interactif.lemonde.fr/article/0,3649,2849--116499-0,FF.html
TemPS réels
Voir aussi :
Dossier
"vote électronique" sur le site de Temps Réels
Lettre de temps réels
n°32 : VOTE EN LIGNE ET MACHINES
A VOTER (octobre 2000)
Diversité des processus électoraux,
inadaptation des matériels, disparité des investissements
Les mécomptes
des opérations de vote dans plusieurs comtés de Floride
pour l'élection présidentielle américaine ont démontré
les faiblesses du matériel utilisé dans les bureaux de vote,
souvent désuet et mal adapté aux électeurs.
Les quelque 140 millions
d'électeurs inscrits avaient à leur disposition toute une
variété de moyens pour exprimer leur choix. Au moins cinq
systèmes différents sont utilisés aux Etats Unis
: carte à trous (36% des votants), bulletin à remplir et
système de lecture optique (27%), machines à levier (20 %),
vote sur écran (9 %), vote par correspondance, bulletin de
vote papier (1,7 %). Cette variété dans le matériel
de vote vient du fait que ce sont les comtés et les municipalités
qui sont chargés de l'organisation des scrutins. Ils disposent
de peu de fonds pour se doter d'appareils modernes, dont certains coûtent
plusieurs millions de dollars.
Le système le
plus répandu (36 % des votants) est le bulletin dans lequel
l'électeur doit faire un trou. Ces cartes sont ensuite vérifiées
manuellement ou par ordinateur. Elles ont commencé à entrer
en vigueur en 1890. Mais beaucoup de gens font des erreurs, comme cela
semble s'être passé en Floride, dans le comté de Palm
Beach, où 19.000 bulletins ont été annulés
pour avoir été poinçonnés deux fois au lieu
d'une. Les cartes à trous présentent des difficultés
pour beaucoup de personnes âgées, car elles tiennent mal
le stylet utilisé pour percer le bulletin. Par ailleurs, lorsque
le bout de papier enlevé par le stylet reste accroché à
la carte, le décompte se fait mal. D'où les différences
enregistrées entre le premier décompte mardi à Palm
Beach et celui réalisé depuis.
La machine à
levier est utilisée par un américain sur cinq. Conçue
en 1892, elle est connue pour souffrir de problèmes de fonctionnement
et pouvoir être truquée. Ces appareils, munis d'un levier,
ne sont plus fabriqués depuis 1978. Mais à New York, 19.553
d'entre eux sont toujours mis en place à chaque scrutin. Les personnes
qui ont des problèmes de vue, de mobilité ou de dextérité
ont parfois des difficultés à les utiliser. Les appareils
sont un peu trop hauts et il faut une certaine force pour les manipuler.
Après les mécomptes de la Floride, la carte à trous
sera probablement abandonnée.
Parmi les outils les
plus modernes figure le scanner, avec un système optique lisant
les informations imprimées : 27 % des votants en avaient
à leur disposition lors des élections législatives
de 1998.
Enfin, 9% des
Américains ont utilisé un système à touches,
comparable aux écrans mis à la disposition de la clientèle
dans les banques.
Les bulletins sur
papier, déposés dans une urne, sont apparus en 1889 aux
Etats-Unis, mais seuls 1,7 % des électeurs votent encore de
cette façon.
Une dizaine d'Etats proposent
le vote par correspondance comme une alternative. Le vote par correspondance
pour tous les électeurs a été généralisé,
cette année, dans l'Oregon. Le vote par correspondance perturbe
le calendrier des campagnes, puisque certains électeurs votent
plus tôt, mais aussi après la publication des résultats
par les médias. Autre incidence du "vote by mail" : en l'absence
de bureaux de vote, les instituts ne peuvent pas conduire de sondages
à la sortie des urnes. Cela perturbe la fiabilité des projections,
comme a l'a vu le 7 novembre. Le dépouillement se révèle
très long.
Vote par correspondance généralisé
dans l'Oregon
Pour la première
fois dans une élection présidentielle, l'Oregon avait généralisé
le vote par correspondance. La participation, de 80 %, a été
nettement plus importante que la moyenne nationale de 51 %. Le système
de vote par correspondance comme mode de scrutin unique avait été
approuvé en 1998 par référendum populaire après
avoir été testé avec succès dans des élections
locales.
"Les bulletins de vote
sont adressés par la poste à tous les électeurs
inscrits (presque deux millions), une quinzaine de jours avant la date
de l'élection. Ceux-ci ont tout loisir de les consulter, et doivent
les poster ou les déposer dans des boîtes prévues
à cet effet, au moment de leur choix, à condition que
les votes parviennent avant 20 heures le soir du scrutin. L'enveloppe
de réexpédition, imprimée au nom du votant, comporte
une déclaration sous serment qui doit être dûment
signée. Toutes les signatures sont vérifiées au
moment du dépouillement. Pour les responsables électoraux,
ce système élimine certaines fraudes pouvant résulter
du mode de scrutin traditionnel, où les signatures ne sont pas
forcément vérifiées et où le double vote
présente un risque. "
Claudine Mulard,
Le Monde daté du vendredi 10 novembre 2000
http://www.lemonde.fr/article/0,2320,115905,00.html
Le
pentagone a expérimenté le vote à distance avec 200
militaires
200 militaires américains
avaient obtenu la possibilité dexprimer le 7 novembre leur
suffrage en ligne. Tous les comtés de lEtat de Caroline du
Sud et certains comtés du Texas, de Floride et de lUtah participaient
à ce programme pilote qui doit permettre aux militaires en poste
à létranger ou en garnison loin de leur bureau de
vote dhonorer leur devoir de citoyen. Les électeurs participant
au programme s'etaient vus remettre une disquette contenant un certificat
qui leur permettait de se connecter au système de vote en ligne.
Cette expérimentation a été mise en place par le
Federal Voting Assistance Program (FVAP)... Pour le FVAP, ce test devrait
fournir dimportants enseignements et pourrait venir à bout
de linquiétude qui entoure le vote en ligne.
Vote
électronique "à blanc" en Californie
Les électeurs
des comtés de Sacramento, San Diego, Contra Costa et San Mateo
avaient la possibilité de voter " à blanc "
sur linternet, Des terminaux etaient mis à disposition dans
les bureaux de vote et les électeurs invités à exprimer
leur suffrage une deuxième fois par ce biais. Cette expérience,
première du genre à cette échelle, devait permettre
dévaluer les logiciels et de les certifier en vue dopérations
réelles.
Safevote, une entreprise
de la région de San Francisco, organisait le 7 novembre - sous
contrat avec l'Etat de Californie - un essai d'élections électroniques
parallèles au véritable processus électoral. Les
électeurs des comtés de Sacramento, San Diego, Contra Costa
et San Mateo avaient la possibilité de voter " à
blanc " sur linternet, Des terminaux etaient mis à
disposition dans les bureaux de vote et les électeurs invités
à exprimer leur suffrage une deuxième fois par ce biais.
Cette expérience, première du genre à cette échelle,
devait permettre dévaluer les logiciels et de les certifier
en vue dopérations réelles. Safevote avait invité
les hackers à essayer de pénétrer dans le site et
leur a fourni toutes les informations nécessaires pour y parvenir.
Apparemment, personne n'y est arrivé.
Safevote: http://www.safevote.com/
Le systéme a besoin d'un upgrade
La réaction
des informaticiens ne s'est pas fait attendre
"Certains
ont comparé les événements à une finale
de la Coupe du monde de football dont le résultat est décidé
aux penalties, les ingénieurs de la Silicon Valley et d'ailleurs
les ont comparés à un bogue dans une interface d'utilisateurs
(usability bug), ou encore à une mauvaise page Web dont
les liens ne fonctionneraient pas. Sur Slashdot, l'un des sites favoris
des informaticiens, on envisage un système de vote électronique
pour l'année 2004, en supposant que d'ici là un grand
nombre des problèmes existants (manque de pratique des électeurs,
confidentialité, accès au Web) auront été
résolus.
"Pour
Dan Gillmor, chroniqueur au San Jose Mercury News, le système
électoral américain a besoin d'un "upgrade" ou
actualisation, comme un ordinateur dont il est recommandé de
changer le microprocesseur pour améliorer les performances. Il
propose d'installer à chaque lieu de vote des machines électroniques
capables d'envoyer les résultats aux autorités électorales
par le réseau. Il s'oppose toutefois - pour le moment - au vote
par Internet, non pas parce qu'il pourrait favoriser les riches, qui
tendent à être plus connectés (il ignore complètement
la question), mais parce que les conditions de sécurité
et la garantie de l'anonymat des électeurs n'existent pas encore.
Francis Pisani
La lettre de temPS réels
est éditée par temPS réels,
section Internet (virtuelle et technotrope) du Parti Socialiste (Fédération
de Paris)
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