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jeudi 13 juin 2002 Imprimer cet article | Cet article au format PDF Une vision collective solide Non seulement le modèle suédois ne se limite pas aux nouvelles technologies et au haut débit, mais il ne réussit probablement dans ces domaines que parce qu’il est construit sur une vision collective très solide . En analysant le modèle de développement du haut débit suédois, on se rend compte qu’il repose sur une approche du " premier kilomètre ", de la densification des échanges au sein de communautés sociales et locales dynamiques, et non du " dernier kilomètre " des opérateurs télécom, modèle dans lequel les zones " pauvres " ont perdu d’avance. Concrètement, la Suède sociale-démocrate s’est emparée de la forme du réseau internet, dans lequel chaque point est " intelligent " et non le centre (qui n’existe pas) ni le réseau (qui doit être une infrastructure ouverte, un bien commun neutre). Ce n’est pas un hasard. C’est aussi une vision de la politique, faite " par " et " avec " les gens, d’une étroite association de chacun au devenir commun. ça a une autre gueule que la mièvre et arrogante récupération de la France d’en bas qui ressemble davantage à la France d’en arrière. Les questions qui se posent à nous, politiquement, socialement et économiquement, ne sont pas seulement des questions de redistribution des richesses, pour lesquelles il suffirait d’une croissance accrue. Cette vision productiviste survalorise les formes anciennes de l’économie ; c’est celle qui a prévalu au développement des hypermarchés depuis les années 60, fondés sur l’hyperconsommation. Si le dynamisme économique est nécessaire, à force de résumer le bien commun au pognon commun, on finit par ne pas voir tout le reste, par sous-investir sur les humains (leur formation, leur qualité de vie), sur la planète, sur ce que l’argent ne mesure pas (et l’émergence d’énormes " richesses gratuites " mises en commun en réseau, entre autres). Les questions qui se posent sont largement des questions de rapports de force ; et curieusement, la gauche les oublie, même le PCF les oublie. Les intérêts catégoriels contre l’intérêt général, les intérêts financiers contre l’économie, contre l’environnement, contre l’emploi. Un gouvernement ne peut rien contre les puissants vraiment puissants et vraiment mondiaux (l’école gratuite de demain pourra s’appeler AOL ou Disney plutôt que Ferry...) ; une société activement mobilisée, en revanche, est une vraie force. Quand Lionel Jospin a dit qu’il ne pouvait rien au sujet de Michelin et des licenciements économiques, il avait raison, le gouvernement ne pouvait rien. C’était à la société de bouger. Mais nous avons laissé se développer une société passive, là où les Suédois par exemple ont maintenu des formes collectives en éveil et en action. Intoxiqués par le tropisme présidentiel gaulliste et bonapartiste de la France, nous avons laissé faire l’inversion du calendrier qui donnait la primauté au président, contresens absolu ; et nous venons de laisser le pouvoir à un parti curieusement nommé " Union pour la majorité présidentielle ", quel projet : union pour le pouvoir du chef et sa préservation. Mais la victoire parisienne n’est certainement pas fortuite : ce que nous serinent Delanoé et ses partisans, ce n’est pas du blairisme. C’est assez suédois, au contraire, à bien regarder, par les méthodes, par les pratiques, par le projet. C’est plutôt une construction collective qu’une modernisation cosmétique. jfm Le nouveau " modèle " suédois Il n’y a pas si longtemps, le modèle suédois était donné pour mort. La fin des années 1980 l’avait vu flancher. L’heure n’était plus au volontarisme keynésien ; la mondialisation semblait incompatible avec l’une des fiscalités les plus élevées du monde ; l’Etat- providence devait céder le pas devant le marché. Dans un pays où le plein emploi relève de l’obsession nationale, le chômage atteignait les 10 % ; le déficit budgétaire dépassait les 12 % ; les prélèvements obligatoires frisaient les 56 %. La compétitivité d’une des nations les plus riches du monde s’effondrait. Et avec elle un " modèle " d’Etat-providence qui avait assuré un niveau d’égalité et de solidarité sociales presque sans égal. Le redressement est entamé au milieu des années 1990, sous régime de centre droit puis social-démocrate avec l’arrivée au pouvoir, en 1994, de l’actuel premier ministre, Göran Persson. Il est le résultat d’un cocktail singulier.
C’est le nouveau paradigme social-démocrate, du moins celui qui marche en Suède : libérer le plus possible l’entreprise pour assurer la création de richesses puis taxer le citoyen (qui, en l’espèce, dispose d’un revenu moyen parmi les plus élevés du monde) pour en garantir la juste répartition. Comment concilier le marché et la solidarité ? A cette question, qui est au cœur de l’avenir de la social-démocratie européenne, la Suède apporte une réponse originale. (...) La vérité est que le nouveau " modèle suédois " laisse peu de gens au bord de la route, peu de ghettos sinistrés à l’entrée de ses villes. Et, dans un pays où l’immigration représente 10 % d’une population de moins de dix millions de personnes, le " modèle " intègre plus qu’il ne désintègre ses communautés immigrées. Alain Frachon in Le monde
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