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Virtualisation et revitalisation des partis politiques
mars 2000

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Les partis politiques sont confrontés à des degrés divers à une crise du militantisme.

Cette désaffection vis-à-vis des partis politiques a de nombreuses causes.

-  L’une d’entre elles tient à l’élévation du niveau d’éducation et d’expertise (et d’exigence) de nos contemporains. Un nombre croissant d’entre eux (au travers de leurs métiers, pôles d’intérêt, passions) développent dans un domaine particulier (santé, urbanisme, éducation, action culturelle) une compétence et une réflexion personnelles. Ce qui les tient à l’écart des partis, c’est probablement le sentiment que ceux ci ne sont pas organisés pour tirer parti de la capacité d’expertise de leurs militants.

-  La seconde, c’est l’exigence d’autonomie : un grand nombre de citoyens souhaitent s’exprimer, prendre des initiatives mais ils souhaitent aussi rester maîtres de leur projet. C’est probablement cette exigence d’autonomie qui dissuade un certain nombre de gens d’adhérer a un parti : ils préfèrent, monter des pages personnelles et des sites web politiques, développer des "réseaux citoyens" autour d’un thème ou d’une cause. Au prix d’une visibilité réduite, d’un émiettement des initiatives.

-  Une autre cause, naturellement, réside dans le désajustement du mode de fonctionnement des partis par rapport au fonctionnement "en réseau" des autres acteurs sociaux : associations, ONG mais aussi entreprises. Ces trois dimensions de la crise du militantisme sont reliées. La clé du changement réside dans le renouvellement des modes de fonctionnement des partis et, pour une part, dans leur capacité à s’approprier les technologies de l’information.

 [1]

Après la première génération de sites vitrines (législatives de 1997), les partis expérimentent des formes de communication plus interactives : courrier électronique, (avec possibilité de poser des questions), listes de diffusion pour instaurer un " lien" permanent avec le public, forums, diffusion vidéo de conférences, réunions publiques en "live".... La courbe d’apprentissage est indexée sur les échances électorales : chaque consultation (législatives 1997, europeennes 1999) donne lieu à des avancées dans l’invention ou l’expérimentation de nouveaux usages. Tous les partis y travaillent. Le PS n’est pas spécialement en pointe ... Dès lors qu’une organisation (une entreprise, une association, une administration, un parti) met en place un site web, elle est conduite, par la logique du médium et la nécessite de se hisser a un niveau minimum de crédibilité, à ouvrir des archives (discours, textes de référence, communiqués de presse), à développer des rubriques plus "informatives", à se préoccuper de mettre à jour ses contenus.

La logique de "communication" (autovalorisation et propagande) s’hybride avec des logiques de "documentation" (archives, moteurs) et de "service rendu" (rythme d’actualisation, liens utiles....).

Cette observation vaut pour les sites web nationaux des partis : ils développent des revues de presse, multiplient les liens utiles, développent des rubriques "comment s’inscrire sur les listes électorales.... Elle vaut aussi pour les sites des structures de base (sections ou cellules). On voit ainsi se développer, dans les sections de base qui ouvrent un site web, une forme de "militantisme informationnel ", combinaison étrange de "propagande" et de "journalisme local" sur la vie de la ville ou du quartier.

 [2]

C’est peut-être dans la partie immergée - les communications internes - que s’opère une lente transformation des modes de fonctionnement des partis. La première étape, c’est la substitution du courrier électronique aux procédures traditionnelles (courrier, téléphone, fax) pour les échanges de documents (courriers, convocations, comptes rendus, textes mis en discussion...)... Le PS, par exemple, a équipé toutes les fédérations d’IMAC. Elles disposent désormais d’une connexion internet et d’une adresse electronique. Cette "virtualisation" des communications internes (dictée au départ par un impératif d’efficacité, de réactivité et de maîtrise de coûts) ouvre ensuite la voie à un "fonctionnement en réseau" avec tous les effets que ce mode de fonctionnement entraîne : essor des communications latérales ou transversales, chute du coût de la concertation ...

Vont coexister, durablement, au sein des partis des fonctionnements traditionnels (pour tous) et des fonctionnements "virtuels" (pour quelques-uns, de plus en plus nombreux, il est vrai).

Les directions "programment" (d’en haut) la diffusion du courrier électronique au sein des rouages de l’appareil, alors que le courrier électronique se banalise progressivement dans les structures de base.

Appareils et sections vont intégrer, progressivement, l’usage du courrier électronique pour les convocations, l’envoi de documents, la rédaction coopérative de documents (tracts), les débats entre deux réunions...

Appareils et sections passeront d’un régime "discontinu" (il ne se passe pas grand chose entre deux réunions) a un régime "continu" (on cogite et on agit entre deux réunions).

La "chute tendancielle du coût de la concertation" apportera sa contribution à leur démocratisation.

Cette hybridation des modes de fonctionnements traditionnels et virtuels rend sans objet, à terme, l’existence de sections purement "virtuelles" .

 [3]

Un nombre croissant de citoyens développent dans un domaine particulier (santé, urbanisme, éducation, action culturelle) une compétence et une réflexion personnelles. Une compétence qui trouve à s’exprimer dans le cadre d’associations. Une compétence que beaucoup mettraient volontiers au service d’un parti, mais que ceux-ci ont du mal à accueillir ... (Une toute petite minorité pourra s’intégrer aux commissions d’experts, dominées par les élus, les universitaires et les hauts-fonctionnaires)...

Les partis n’ont pas d’autre "cadre" à proposer à ces militants-experts que les sections locales. L’action politique locale ne convient pas à tout le monde.

L’hypothèse, ici, c’est que les partis devront êtres capables de proposer a leurs futurs membres un double système d’affiliation (une organisation "matricielle" pour reprendre le langage de l’entreprise) :

-  Affiliation locale : la structure de base de la vie démocratique reste, durablement, la "circonscription"... Et l’organisation des partis politiques ne peut s’en dissocier. Les partis resteront durablement structurés autour d’un niveau local, départemental et national.

-  Affiliation thématique : les partis devraient permettre aux membres qui partagent un même pôle d’intérêt de se retrouver pour débattre ensemble, élaborer des propositions, évaluer l’action gouvernementale ... Le fonctionnement de ces "communautés d’intérêt" au sein des partis s’appuierait assez largement sur les technologies de l’information.

Coexisteront ainsi des sections locales au fonctionnement hybride (présentiel et distanciel) et des "réseaux thématiques" au fonctionnement essentiellement virtuel.

L’avènement de ce type d’organisation "matricielle" se pose en termes différents pour les partis militants et pour les partis de notables...



[1] Renouvellement de la communication politique et essor de pratiques informationnelles "ouvertes"

[2] Virtualisation des communications internes

[3] Emergence d’un militantisme thématique "en réseau"

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