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Vous êtes ici : Accueil > Dossiers et débats > Elections : 1999-2007 > 2002 : du Projet socialiste à la campagne des présidentielles ... > Notre société de l’information | |
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lundi 14 janvier 2002 Imprimer cet article | Cet article au format PDF Nous vivons dans une société où la déférence, voire le respect envers les hiérarchies, les institutions, les pouvoirs établis, se perdent. Où les coordinations mobilisent souvent mieux que les syndicats, où la vie associative est plus vivace que jamais tandis que les partis politiques attirent moins que jamais. Nous vivons dans un monde où l’on bouge de plus en plus, on téléphone de plus en plus, on écrit de plus en plus. Notre société a envie de réseaux. Notre économie a besoin de réseaux. Pour innover plus vite, pour mieux servir chaque client de manière individuelle, pour être en prise directe avec le marché, l’entreprise multiplie les usages des réseaux. On peut aujourd’hui être un grand industriel sans posséder une seule usine ; organiser une grande entreprise en une myriade d’entités de plus en plus autonomes qui collaborent entre elles. L’information est un facteur de production à part entière : quand l’optimisation du circuit d’approvisionnement permet de réduire les stocks de moitié, il y a bien substitution de l’information au capital, comme auparavant l’automatisation substituait du capital au travail. Notre société a envie et besoin de réseaux. Nous n’avons pas dit " d’internet ", ni " de réseaux de télécommunication " : de réseaux, humains, professionnels, institutionnels, fonctionnels, relationnels... Cette évolution préexiste à l’explosion des réseaux télécoms, à l’internet : l’internet n’est pas un choc exogène, il ne vient pas de nulle part, il est l’un des outils sur lesquels s’appuie la mutation de notre société.. Mais cela ne devrait pas effrayer un socialiste. Notre perspective historique est profondément marquée par le fait que les conditions économiques et techniques de la production sont au cœur des structures sociales. Le socialisme est né, non pas en réaction contre la révolution industrielle, mais autour de la volonté et l’espoir de réaliser le potentiel libérateur que contenaient les techniques nouvelles. Il ne s’agit pas de négliger les problèmes que soulève le développement de l’internet et du numérique, ni de sous-estimer les dangers. Ceux-ci sont bien documentés ailleurs, beaucoup de mesures sont prises pour éviter ou limiter les excès et les risques. L’objet de cette note est de comprendre pourquoi une perspective socialiste devrait conduire à s’approprier de manière active, voire volontariste, les technologies de l’information et de la communication (TIC). L’informatique et les réseaux ne sont ni une mode, ni un phénomène structurellement élitiste Les observateurs confondent les courbes boursières avec les cycles du monde réel. L’euphorie boursière a donné l’illusion d’une croissance rapide et sans limite de l’internet ; la crise boursière fait penser à certains que le soufflé serait retombé. Rien n’est moins vrai. Début 2002, près de 600 millions de personnes utilisent l’internet dans le monde. La croissance en 2001 a dépassé 20%. C’est en Asie qu’elle a été le plus rapide cette année, puis en Europe (en France notamment), tandis que l’Amérique stagnait - mais avec des taux de pénétration supérieurs à 50%. En France, plus du tiers des adultes utilisent l’internet au travail ou à domicile. Plus de la moitié des français de tous âges sont équipés d’un téléphone portable, plus de 35% des foyers disposent d’un ordinateur. La population des utilisateurs de l’internet se banalise progressivement. Composée au départ d’hommes jeunes et aisés, elle est désormais autant féminine que masculine et moins inégale socialement - en revanche, la classe d’âge des 55 ans et plus reste fortement sous-représentée. Aucune enquête ne corrobore la crainte de voir l’utilisateur de l’internet se couper du monde au profit d’une relation exclusive avec son ordinateur oui avec des contacts désincarnés au travers du réseau. On constaterait plutôt, pour la plupart des utilisateurs, un enrichissement de la vie sociale, y compris s’agissant des sorties ou du cercle d’amis. Il existe naturellement des écarts ? Le " fossé numérique " n’est pas une illusion. Mais quand on voit l’enthousiasme des habitants vis à vis de l’internet des pays en voie de développement, où des cybercafés éclosent dans les lieux les plus improbables, on constate que les plus exclus des exclus considèrent la technologie comme un vecteur d’espoir, et non comme un facteur supplémentaire d’exclusion. Les TIC et l’internet sont un formidable outil d’expression, de création, d’acquisition et de circulation des connaissances
Derrière le mouvement des logiciels libres, le partage de fichiers musicaux, la mise à disposition de connaissances au travers du web, il n’y a pas seulement l’illusion du tout-gratuit ou la volonté de pirater des contenus protégés : mais aussi l’idée qu’il existe des formes de partage des connaissance qui peuvent être aussi efficaces, aussi créatrices que les formes marchandes traditionnelles, l’utopie créatrice d’une société qui encourage la circulation et l’accès sans limite aux idées et aux connaissances. Ainsi, la " société en réseau " qui se développe est, par bien des aspects, à rebours de la vision fréquemment présentée de l’internet comme grand centre commercial, ou de celle d’un internet peuplé d’asociaux et d’anarchistes sans foi ni loi. Mais elle est également à rebours des conceptions verticales du pouvoir, de l’éducation, des relations professionnelles - et cela peut être à la source de certaines réticences, même dans nos rangs. Les TIC seront demain la principale source de gains de productivité, dont nous aurons un besoin vital. Les gains de productivité dans les années à venir reposeront sur la gestion intelligente des ressources naturelles, des flux de matières et de personnes, du travail et du temps. La productivité a longtemps été associée avec le sous-emploi. Elle est aussi une manière de libérer des ressources humaines ou matérielles pour des usages plus intelligents : va-t-on regretter la disparition des pools de secrétaires, produit direct de la micro-informatique ? Le fameux " paradoxe de Solow " (" On voit des ordinateurs partout, sauf dans la statistiques de productivité ") n’est clairement plus valable dans le contexte des réseaux : la période récente a été marquée par de forts gains de productivité, dont une large part est due aux technologies de l’information et de la communication. Il manifeste aussi une déficience des statistiques : les gains de productivité ont largement été intégrés dans des baisses de prix ou une augmentation de la valeur d’usage (ex. une automobile plus fiable, plus sûre, moins polluante, pour le même prix...) Le besoin de libérer des ressources, de produire plus avec moins, est plus grand que jamais. A terme, face au vieillissement de la population qui s’annonce, c’est uniquement au travers de gains de productivité massifs que nous aurons des chances de préserver la retraite à 60 ans et les 35 heures. Sans investir massivement dans les technologies de l’information, nous n’aurons aucune autre solution que d’accroître la durée du travail. On pourrait ajouter que les TIC sont aussi essentiels à la recherche d’une croissance " soutenable ", écologiquement viable et qui préserve l’avenir. C’est grâce aux TIC que l’on saura demain assurer la traçabilité à l’échelle mondiale des chaînes alimentaires. Qu’il s’agisse des véhicules, des équipements électroménagers ou des usines, les puces rendent les machines moins polluantes, améliorent l’efficience énergétique et réduisent la consommation d’eau ou de matières premières, surveillent l’état des équipements pour prévenir pannes ou catastrophes. L’impact économique des TIC concerne donc tous les secteurs économiques, toutes les entreprises, toutes les organisations publiques. Le secteur des entreprises spécialisées en informatique, communication, audiovisuel... est important, mais il est loin de résumer la mutation économique qui accompagne l’émergence de la société de l’information. Contre la fracture numérique, pas contre les différences C’est parce que la société de l’information est, potentiellement, un espoir, que le " fossé numérique " est un enjeu d’une telle importance. Si l’on n’a pas envie de cette société, on ne voit pas pourquoi il serait souhaitable d’aider ceux qui en sont exclus à la rejoindre ! En revanche, cette vision politique incite à se méfie d’approches trop unificatrices, voire autoritaires, de la lutte contre la fracture numérique. Le terme de " fracture numérique " rend compte des aspects subis et négatifs de l’hétérogénéité des taux d’équipement et des accès à l’internet, au travers desquels certaines populations sont, malgré le désir ou le besoin qu’elles ressentent, dans l’incapacité d’accéder à des pratiques nécessaires à leur bien-être individuel et social. Mais il y a, tout d’abord, plusieurs fractures numériques. La plus évidente, celle qui sépare ceux qui ont les moyens financiers de s’équiper et les autres, est la moins numérique : la fracture sociale précède la fracture numérique. Par ailleurs, d’autres " fractures " plus complexes sont à prendre en compte :
Ces fractures ne sont pas figées. La cible est mouvante : à titre d’exemple, si l’objectif de couverture territoriale fixé par le gouvernement pour les hauts débits ("Les hauts débits sur tout le territoire à un prix raisonnable en 2005 ") est tenu, il est clair qu’à cette échéance, les " hauts débits " dont bénéficieront les grands métropoles seront beaucoup plus performants que ceux dont bénéficieront les autres territoires. Cela ne condamne en aucune façon les actions collectives menées dans le but d’éviter que l’écart entre les populations ou les tertritoires se creuse. Mais ces politiques doivent être conçues comme des démarches dynamiques et évolutives, qu’il faut sans cesse relancer dans la mesure où leur objectif ne peut jamais être pleinement atteint. Il faut s’inscrire de manière délibérée et volontariste dans cette dynamique : encourager la recherche, l’innovation, la concurrence entre les technologies - bref, tout ce qui éloigne la frontière du possible - tout en s’efforçant sans cesse d’aider ceux auxquels le marché ne s’adresse pas spontanément d’accéder aux meilleures infrastructures d’échange possibles. Enfin, toute différence n’est pas une fracture. Certains territoires pourront légitimement considérer que les hauts débits sont des priorités secondes, c’est à dire classées derrière d’autres priorités (économiques, sociales, de sécurité, d’équipement...) plus urgentes. Certaines communautés, certaines entreprises, certains individus, développeront des stratégies distinctives d’usage des technologie, qui ne se classent pas selon une échelle simple séparant les " inforiches " des " infopauvres ". Une politique trop homogénéisante, voire autoritaire, telle que la distribution à toutes les familles d’enfants scolarisés d’un matériel choisi par la collectivité, serait à la fois extraordinairement coûteuse et peu efficace. Dans notre perspective politique, il serait à la fois plus juste, plus pertinent et plus efficace :
Ces quelques remarques, qui sont loin de couvrir l’intégralité du sujet, ont une seule ambition : faire en sorte que dans une perspective politique socialiste, l’on insiste moins sur les risques et les problèmes, et plus sur le désir, sur la construction collective d’un avenir dont les technologies et les réseaux sont une infrastructure essentielle. La société de l’information se construit sous nos yeux, et de nos mains ; elle n’est pas une structure prédéfinie, entièrement déterminée par la technologie ou le jeu des forces économiques. Toute la tradition politique socialiste se fonde sur la maîtrise collective des impacts sociaux du progrès technique. La société de l’information est pour nous un nouveau défi. Il ne devrait pas nous surprendre, encore moins nous inquiéter, mais plutôt stimuler notre imagination et notre combativité. Localement, au niveau national, pour l’Europe, les socialistes ont toutes les raisons d’être les acteurs politiques les plus engagés en faveur d’une construction collective de cette " société solidaire de l’information " que Lionel Jospin appelait de ses vœux dès août 1997. 14 janvier 2002. Daniel
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