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Lettre de temps réels N° 56
LE LABORATOIRE SUÉDOIS
samedi 21 septembre 2002

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Les sociaux-démocrates suédois l’ont finalement emporté, a l’issue d’ une campagne que l’opposition de centre-droit avait tenté d’axer sur les baisses d’impôts et les questions d’immigration.

Avec 53,2% des suffrages, les sociaux-démocrates, le Parti de gauche (VP) et les Verts obtiennent 191 des 349 sièges du parlement. Les sociaux-démocrates ont gagné 13 sièges par rapport à l’assemblée sortante, et seront représentés par 144 élus. Au pouvoir pendant 61 ans au cours de ces 70 dernières années, ils avaient chuté à 36,4% des voix en 1998...

"Il n’y a pas si longtemps, le modèle suédois était donné pour mort. L’heure n’était plus au volontarisme keynésien ; la mondialisation semblait incompatible avec l’une des fiscalités les plus élevées du monde ; l’Etat-providence devait céder le pas devant le marché. Le chômage atteignait les 10 % ; le déficit budgétaire dépassait les 12 % ; les prélèvements obligatoires frisaient les 56 %. La compétitivité d’une des nations les plus riches du monde s’effondrait. Et avec elle un " modèle " d’Etat-providence qui avait assuré un niveau d’égalité et de solidarité sociales presque sans égal. Le redressement est entamé au milieu des années 1990, sous régime de centre droit puis social-démocrate avec l’arrivée au pouvoir, en 1994, de l’actuel premier ministre, Göran Persson. " (Alain Frachon, le Monde).

Le modele suédois est le résultat d’un cocktail singulier.

-  Le maintien d’un Etat-providence fort, de services publics solides (le contraire de la Grande-Bretagne), financés par une fiscalité sur les revenus individuels qui reste l’une des plus lourdes d’Europe.

-  Des investissements massifs et des politiques publiques tournées vers l’innvation et les technologies de l’information.

-  Une forte dose de libéralisme : réforme du régime des retraites, flexibilité de l’emploi acceptée par les syndicats en contrepartie d’une politique de formation professionnelle exemplaire ; baisse de l’impôt sur les sociétés (28 %, un des taux les plus bas au sein de l’Union) ;

-  Une vision collective solide En analysant le modèle de développement du haut débit suédois, par exemple, on se rend compte qu’il repose sur une approche du " premier kilomètre " et non du " dernier kilomètre " des opérateurs télécoms, modèle dans lequel les zones " pauvres " ont perdu d’avance ...

Comment concilier le marché et la solidarité, l’innovation et l’initiative publique ? A cette question, la Suède apporte une réponse originale.

Temps réels

Alain Frachon, Le monde


Technologies de l’information : la Suède, laboratoire des nouveaux usages

Avec pres de 5 millions d’internautes pour une population totale de 8,9 millions d’habitants, la Suède fait aujourd’hui figure d’exemple. 25% des créations d’emploi étaient liées, l’an dernier, aux nouvelles technologies de l’information et des communications.

Les Suédois sont parvenus à articuler une politique industrielle des technologies de l’information, une politique d’infrastructures pour le haut débit et une politique d’équipement et d’appropriation d’Internet par le plus grand nombre.

-  La croissance suédoise dans les années quatre-vingt-dix est due en partie à la forte expansion des industries des télécommunications et de l’électronique. Le marché suédois des matériels et logiciels informatiques, des services et équipements de télécommunications s’accroît d’environ 10 % par an.

-  Le succès des entreprises hautes technologies doit aussi beaucoup aux investissements publics ". Le montant annuel investi par l’Etat dans la recherche et développement représente 4% du produit intérieur brut national, un record en Europe, contre 2,5% en France. Un effort de recherche qui se traduit aussi par d’intenses coopérations entre les universités et les entreprises. A moins de quinze minutes de Stockholm, la technopole de Kista, surnommée la " Wireless Valley " concentre universités (dont la Ecole royale polytechnique) centres de recherche et plus de 600 entreprises de toutes nationalités.

-  La Suède a remarquablement su jouer du levier économique que représente une population bien connectée et bien formée. Les entreprises suédoises développent des services sur un marché qui a au moins deux ans d’avance sur le reste du monde. Elles prospèrent plus vite sur leur marché national, elles conquièrent une grande capacité d’exportation, leurs résultats rassurent leurs investisseurs nationaux et attirent les investisseurs étrangers. La Suède devient même le terrain d’application des innovations des entreprises étrangères qui y investissent et déploient aujourd’hui de manière privilégiée.

-  En mars 2000, à la suite d’un congres extraordinaire, les sociaux-démocrates se sont prononcés en faveur d’un réseau de communication à bande large couvrant l’ensemble du territoire du royaume et devant permettre un accès rapide à Internet aux neuf millions d’habitants du pays. Dans le projet d’extension des systèmes à haut débit, " une société de l’information pour tous " , soumis au Parlement en mars 2000, cette infrastructure, considérée comme un équipement stratégique majeur, serait financée conjointement par le secteur privé et les pouvoirs publics. L’Etat s’engage à ce que tout le pays, quelle que soit la zone concernée, puisse bénéficier des mêmes techniques, aux prix les moins élevés possible et avec un maximum d’opérateurs, évoluant dans un cadre concurrentiel.

-  De grandes villes comme Malmö, Hamstad et Gotëborg, proposent à leurs habitants une connexion gratuite à l’Internet. Cette action, couplée avec la possibilité accordée par l’employeur d’acheter un ordinateur à un prix avantageux, conduit à généraliser, pour toutes les couches de la population, l’accès à Internet

-  Lancé en 1997, le programme d’état suédois favorisant la distribution de PC par les entreprises à leurs salariés (au travers d’une défiscalisation) a été un grand succès. Telle est la conclusion d’un rapport de la commission gouvernementale sur les technologies de l’information. 850 000 PC ont été distribués et près de 2,4 millions de suédois ont utilisé ces ordinateurs. Le programme a permis à beaucoup de salariés d’élever leur niveau de compétences en informatique, voire de se créer de nouvelles opportunités de travail. Toujours selon le rapport, ce sont surtout les ouvriers qui ont ainsi pu acquérir un ordinateur personnel.

-  Le modèle de développement du haut débit suédois repose sur une approche du " premier kilomètre " , de la densification des échanges au sein de communautés sociales et locales dynamiques, et non du " dernier kilomètre " des opérateurs télécoms, modèle dans lequel les zones " pauvres " ont perdu d’avance.

Concrètement, la Suède sociale-démocrate s’est emparée de la forme du réseau Internet, dans lequel chaque point est " intelligent " et non le centre (qui n’existe pas) ni le réseau (qui doit être une infrastructure ouverte, un bien commun neutre). Ce n’est pas un hasard.

-  Le ministre de l’Industrie, Björn Rosengren, a présenté en mars dernier un projet visant à offrir un accès rapide à Internet à l’ensemble de la population d’ici à 2005. Approuvée par le Parlement, l’opération devrait coûter au total près de 14 milliards de francs, dont la moitié financés par l’Etat.

Retournement économique

La Suède est un " petit marché " (8M d’habitants !) qui impose une vocation d’exportatrice à ses entreprises, notamment dans les domaines très volatils des hautes technologies. Le retournement économique actuel a donc des conséquences très importantes sur le secteur : licenciement du tiers des effectifs d’Ericsson, purge dans les start-ups internet et télécoms, quasi-abandon de l’UMTS, mariage de raison entre Telia et Sonera. Une large part de la reprise économique en Suède repose sur un redémarrage global de la high-tech qui tarde à se profiler. Reste que le pays est sans doute le mieux préparé en Europe pour en bénéficer.

Ressources

IT-Sweden, un site tres utile sur les TIC en Suède

La commission " Technologies de l’information " du gouvernement suédois

Le programme d’incitation a l’équipement des salariés

Sur le site de temps reels :

Hauts débits et territoires en Suède

Les sociaux-démocrates veulent doter la Suède d’un accès rapide à Internet

La Suède mise sur les télécommunications

Le projet suédois de réseau à large bande

Svenska Krafnät, l’activisme de l’opérateur électrique

Suède : un laboratoire des nouveaux usages ...

Sur le site de la Fondation Internet Nouvelle génération

-  Suède : les hauts débits des le " 1er kilomètre
-  Accès sans fil gratuit à Stockholm Streetwise (Stockholm) : une expérience grandeur nature sur les usages urbains du sans-fil
-  Expérience de e-démocratie municipale à Kista
-  Un projet de loi suédois envisage la création d’une université virtuelle nationale gratuite
-  Stratégie TIC nationale pour l’école en Suède
-  NITA : un réseau de rencontre pour échanger savoirs et idées en Suède
-  Porte-monnaie électronique sans contact et multiservice en Suède
-  Un numéro de portable unique quelque soit son opérateur en Suède
-  Larges bandes en Suède
-   La mobilité suédoise
-  Suède : vers une société intégrée ?
-  La Suède en tête pour l’usage éducatif de l’Internet
-  Les longueurs d’avance de la Suède Nouvelle Génération
-   La Suède va investir 2 milliards d’euros dans l’Internet à haut débit


Musique ; la Suède, troisième exportateur mondial

Cinq ans à peine ont suffi à faire de de ce pays de 9 millions d’habitants le troisième exportateur mondial de disques, derrière les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. La musique est également la troisième exportation suédoise, avec des augmentations de près de 25% d’une année sur l’autre. C’est désormais à Stockholm que Britney Spears, Jennifer Lopez ou Christina Aguilera viennent chercher les compositeurs de leurs hits. Ce sont des Suédois, Stakka Bo et Jonas Åkerlund, qui ont signé certains clips de Madonna, Jamiroquai, U 2 ou Moby.

Le succès musical de la Suède résulte, pour une part, de l’éclatement des grands pôles de production. Los Angeles et New York ont perdu leur monopole au profit de petites capitales provinciales, comme Austin, Minneapolis ou La Nouvelle-Orléans. Même phénomène en Europe. La techno reste majoritairement française et allemande, le rock anglais et la pop suédoise.

Comment Stockholm est-elle devenue une des capitales de la pop ?
-  L’état-providence n’y est pas étranger, avec sa politique, déjà ancienne, d’éducation musicale. En Suède, l’enseignement du solfège commence dès le primaire. La moindre localité possède son école de musique et prête gracieusement des instruments. Près de 75% de la population jouent de la flûte à bec, du piano ou du violoncelle. L’Etat-providence peut maintenant cueillir les fruits de ses investissements.
-  Le folketpark de province - invention typiquement suédoise et unique au monde - accueillait dès les années 60 les groupes de rock locaux. Sur place, les adolescents pouvaient assister pour un prix relativement faible aux prestations des principaux représentants suédois et britanniques de la musique destinée aux jeunes. C’est là que se produisaient les Who, les Hollies ou les Kinks.
-  Il y a, bien sur, le phénomène Abba, dans les années 70. Les albums Abba se sont vendus à près de 300 millions d’unités. Abba a ouvert la brèche pour d’autres groupes : les rockers de Roxette (Listen to Your Heart), le groupe disco Army of Lovers ou encore les Cardigans.
-  Stockholm est la ville qui compte le plus de studios d’enregistrement par habitant au monde. Et une importante population de producteurs, d’arrangeurs, de choristes et de vieux rockers jouant les backing artists en studio. Et, naturellement, des studios digitaux à la pointe du progrès technique.

Dans l’Express du 28/02/2002


Le résultat des élections suédoises ouvre la voie à l’euro

Membre de l’Union européenne depuis janvier 1995, la Suède ne fait pas partie de cet espace, tout comme le Danemark et le Royaume-Uni. Les derniers sondages montrent que l’opinion publique est favorable à l’adoption de la monnaie unique. Le plus récent, conduit par l’institut de sondage Demoskop au début du mois de septembre, montrait que 52 % de la population étaient pour l’euro, et 37 % contre. Une consultation des Suédois pourrait avoir lieu en 2003, au printemps ou à l’automne. Rude tâche pour les sociaux-democrates, dont les alliés les anciens communistes du Parti de gauche et les Verts, s’opposent à l’euro.

Bienvenue à l’euro


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