![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
||
|
|
Vous êtes ici : Accueil > Observatoire des usages politiques et militants de l’internet > Des listes de discussion et du "militantisme virtuel" > Les militants-internautes : passeurs, filtreurs et interprètes | |
|
|
||
|
dimanche 21 juillet 2002 Imprimer cet article | Cet article au format PDF A travers l’enquête qu’il a conduite sur le neo-militantisme, associé à une "nouvelle" critique sociale), Fabien Granjon s’est intéressé aux pratiques militantes qui se déploient sur les réseaux. Il a repéré , dans les listes de discussion, trois niveaux d’intercession, c’est-à-dire trois types de fonctions médiatrices correspondant à des pratiques de dispatching de l’information plus ou moins élaborées : les passeurs, les filtreurs et les interprètes. L’observation minutieuse des pratiques militantes de communication sur réseaux révèle ainsi l’émergence d’une nouvelle classe d’intermédiaires, constituée de militants-médiateurs fortement investis dans des opérations de propagation de l’information (...) Les interfaces d’échanges et plus particulièrement les listes de diffusion sont alors le lieu privilégié où se révèlent ces nouveaux intercesseurs dont le rôle essentiel est de transmettre, de rapporter, de créer et/ou de commenter des informations variées, supposées servir d’une façon ou d’une autre les luttes en cours. (...) Les passeurs Les facilitateurs de réseaux de loin les plus nombreux sont les militants-internautes dont l’activité directrice consiste à ménager le passage et la reprise d’inscriptions littéraires élaborées ou récupérées au sein d’espaces de production variés (en réunion, lors d’actions de terrain, en ligne, etc.), vers des "espaces de réception" tout aussi multiples. (...) Ils se contentent de faire circuler, sans commentaire et sans modification autre que formelle (donc de restituer), l’information dont ils disposent, selon des trajectoires inédites, le plus souvent non prévues par les instances émettrices originales. (...) La première fonction des passeurs consiste donc à faire circuler sur le réseau des réseaux des informations plus ou moins informelles qui s’élaborent au sein de cercles militants restreints. Elle est aussi de rendre compte d’événements de dimension locale auxquels ils vont s’efforcer de donner une plus grande visibilité, sans toutefois avoir une idée forcément très précise du contexte de reprise des données transmises (quelle est l’utilité exacte de mon action ?). (...) Les passeurs font également beaucoup transiter l’information d’un espace du réseau télématique à un autre, notamment par le biais des listes de diffusion qu’ils utilisent pour leur grande capacité de dissémination (...) Malgré un fort turn over quelques listes semblent cependant avoir trouvé une certaine stabilité et peuvent se prévaloir d’un nombre à peu près constant d’inscrits, tandis que d’autres enregistrent des baisses et/ou des hausses plus ou moins fréquentes et importantes. Dans ces conditions il est bien évidemment ardu, pour le chercheur, d’évaluer la part respective des contributeurs actifs réguliers ou sporadiques ainsi que celle des individus qui jamais n’envoient de message, et tout aussi malaisé pour le militant-internaute de prendre connaissance de ces éléments. On peut toutefois estimer que sur les listes à peu près stables, le nombre des actifs réguliers représente entre 10 et 20 % des abonnés. Celui des actifs sporadiques évolue dans une fourchette plus large, entre 15 et 25 %. Le collège invisible des non-contributeurs est ainsi la catégorie des abonnés la plus représentée puisqu’elle constitue, selon les cas, entre 55 et 75 % des co-listiers, c’est-à-dire des internautes agrégés au dispositif technique. (...) Les filtreurs Également engagés dans des opérations de distribution capillaire de l’information, ils ne se contentent pourtant pas, à l’image des passeurs, de répondre aux problèmes de mise à disposition des données en diffusant l’information recueillie en de multiples directions. Ils entendent aussi cibler leurs interventions et se livrer au préalable à des opérations de sélection de l’information (essentiellement en ligne) qui tend à devenir pléthorique. Les filtreurs s’assignent donc comme cadre d’exercice de soulager les militants-internautes menacés par l’inflation des données et de leur faciliter la gestion et l’appropriation de l’information transmise. (...) Ces opérations d’apprêtement de l’information tentent parfois d’être organisées de façon collective afin qu’elles deviennent en quelque sorte consubstantielles à la procédure d’envoi. Les rappels à l’ordre et autres recadrages sur les règles d’usage sont alors fréquents, voire récurrents sur certaines listes de diffusion dont une partie des contributeurs-filtreurs essaient (le plus souvent laborieusement) d’induire un calibrage des discours et s’efforcent d’imposer une pression normative dont le résultat serait la mise à disposition pour tous les abonnés, d’éléments informationnels pré-conditionnés et immédiatement utilisables. (...) La mise en œuvre d’un cahier des charges est alors envisagée par les filtreurs comme une étape préalable susceptible d’assurer la régulation des envois. Sans jamais pouvoir constituer une garantie suffisante contre les usages débridés et les débordements des internautes et passeurs suractifs, elle pourrait cependant servir de premier rempart à ce type d’agissement. Cette intention exprimée par les filtreurs désireux d’une reprise directe par les abonnés des gages de leur organisation sociale en ligne et de la définition collective des normes de leur coopération, semble donc être en tout point conforme à l’idéal d’auto-organisation qui sous-tend les principes centraux de justice et d’action de la "nouvelle" critique sociale. Mais les propositions allant en ce sens sont en réalité peu acceptées et peu suivies. (...) Il est par ailleurs intéressant de noter que les procédures logicielles qui autorisent un filtrage automatique des données en ligne (filtres des navigateurs, agents intelligents, routeurs automatisés, outils de cartographie et autres push technologies), parfois très simples d’utilisation, ne sont toutefois que très peu usitées. (...) Les interprètes Ce sont avant tout des aides cognitives qui se distinguent par la qualité scientifique de leurs discours et la pertinence de leurs commentaires. Ils évaluent l’information mise à disposition sur les listes de diffusion, effectuent des recoupements avec d’autres sources et d’autres types d’écrits, mettent en perspective, font émerger des problématiques... (...) Ils officient sur le registre des idées, accompagnent l’internaute qui ne sait pas toujours comment apprécier un texte et interviennent pour souligner les marques de fiabilité d’un document ou pour (in)valider une intervention (..) Le recours aux réseaux télématiques entraîne donc l’instauration de nouveaux dispositifs d’intelligence collective qui tendent à déplacer, voire à réorganiser en les externalisant, les routines de la militance. Ce que révèlent ici les interprètes (et dans une moindre mesure les passeurs et les filtreurs) ce sont d’autres modalités du procès de travail, d’autres modes coopératifs de production, de circulation et de consommation des savoirs militants, ainsi que d’autres modes de gestion des compétences. Ces nouvelles dispositions font au passage, la critique des schèmes arborescents dominants qui se sont développés sur les bases d’une conception pyramidale des organisations militantes. Une des spécificités de la communication sur réseau est ainsi de mettre en lien des personnes qui appartiennent à des espaces géographiques dissemblables mais connectés à des ensembles techniques identiques. (...) Les militants-internautes : passeurs,filtreurs et interprètes Fabien Granjon Télécharger l’étude
|
||
|
|
||