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Quatre points de vue sur la net-campagne 2002
jeudi 25 avril 2002

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Nous reprenons ici les extraits de quatre interviews réalisées par Sylviane Stein, publiées sur le site de Transfert ....
-  Jérôme Relinger, délégué national aux technologies de l’information et de la communication du PCF. Et co-fondateur de Netaktiv, fournisseur de services Internet.
-  Olivier Faure, directeur-adjoint du cabinet de François Hollande au parti socialiste, il avait la responsabilité du site de campane de Lionel Jospin. Il anime désormais le site Vouzemoi.net
-  Philippe Quéau, fondateur du salon Imagina, il a beaucoup écrit sur les enjeux politiques de l’internet
-  Thierrry Vedel, chercheur au Cevipof (Sciences po), il analyse les usages politiques de l’Internet.

Quel rôle, selon vous, l’Internet peut-il jouer pour le second tour des élections ?

-  Jerome Relinger Pas plus que pour le premier. Être un outil d’information qui ne remplace pas le militantisme, mais ajoute un nouveau média aux vecteurs d’information traditionnels. Un nouveau média participatif et décentralisé, indépendantdes puissances financières qui se sont "payées" les grands quotidiens les uns après les autres, où -à l’exception de l’Humanité- elles détiennent des majorités de capital. Une différence pour le deuxième tour réside peut -être dans la nécessité non plus seulement d’informer, mais aussi " d’alerter " sur le danger que représente l’extrême droite, et d’appeler, en ramenant son score le plus bas possible, à un sursaut démocratique capable également de submerger le vote Chirac sous les voix de gauche.

-  Thierry Vedel Depuis dimanche dernier, il y a un besoin manifeste de parler, de débattre, d’échanger (parfois de se justifier ou de faire son autocritique publique) pour lequel l’Internet est un vecteur précieux. Jamais les forums politiques n’ont été aussi actifs, même après le 11 septembre. Il est aussi frappant de voir que des adresses e-mail professionnelles sont utilisées pour diffuser des appels, des communiqués relatifs à l’élection. Avant le 21 avril, j’estimais que moins de 400 000 internautes avaient été, même fugitivement, en contact avec un site ou des rubriques de sites web relatifs a l’élection présidentielle. Et moins de 50 000 internautes avaient consulté régulièrement ce type de sites. Aujourd’hui , la fréquentation des sites politiques a fait un bond. Je doute cependant que l’Internet, comme d’ailleurs les media en général, ait un impact sur les votes du second tour. Les résultats du 21 avril reflètent des évolutions sociales longues et sans doute une inadéquation des réponses apportées par les partis de gouvernement aux problèmes - réels ou imaginés - d’une partie de la population.

-  Olivier Faure Parallèlement à la mobilisation contre l’extrême -droite que l’on peut observer dans la rue, on peut observer des phénomènes identiques sur le Net. Je ne cesse d’être destinataire de messages appelant à faire barrage au FN. Ces messages proviennent de militants mais pas uniquement. Il y a parfois des dialogues surprenants qui se nouent entre destinataires d’un même message. A l’évidence, Internet continue d’être un lieu de débat. Ce n’est pas l’unique lieu, mais il est complémentaire, notamment parce que l’expression écrite autorise argumentation et analyses

-  Philippe Quéau Un rôle d’information, un rôle de mobilisation et un rôle de coordination pour l’action. Information : il faut faire connaître davantage la triste réalité et l’inanité du programme du candidat Le Pen, en montrer la totale irrationalité, et faire connaître les échecs répétés de la gestion des élus FN dans les villes qu’ils contrôlaient. Mobilisation : il faut mobiliser les abstentionnistes (ceux qui vont pêcher à la ligne, ceux qui font la fine bouche devant la " politique politicienne ", et ceux qui -comme les anarchistes - se contentent de dire " tous pourris "). Coordination pour l’action : le deuxième tour doit voir une réduction maximale (en pourcentage) du score de Le Pen. Il faut donc voter Chirac - sachant qu’il y aura un troisième et un quatrième tour aux législatives. Le principal enjeu désormais, le seul qui compte pour la nouvelle " union de la gauche ", est de remporter la victoire aux législatives. C’est possible, et même très probable, du fait des 380 triangulaires prévues. Simplement, il n’y a plus de droit à l’erreur. Une coordination nationale, inter-partis et inter-courants est indispensable. Internet est un bon instrument pour ces trois rôles.

Vous- même, avez- vous un projet ?

-  Jerome Relinger Pas spécifiquement pour la campagne, hormis bien sûr le fait d’appeler à la mobilisation que j’évoquais plus haut. Pour la suite : refonte en cours du site de l’Humanité, une des plus grosses bases de données francophones (plus de 200.000 articles, pour plus d’un million de visites partrimestre). Et une refonte du site du PCF en septembre, pour aller vers un centre de ressources complet et inter- opérable.

-  Olivier Faure Pour le moment nous faisons vivre le site lioneljospin.net, en diffusant les mots d’ordre du PS pour le 5 mai prochain. Parallèlement l’équipe qui a réalisé le site de Lionel Jospin travaille sur un nouveau projet militant.

-  Philippe Quéau Oui. J’ai le projet de m’engager davantage dans le débat politique, et en particulier en utilisant le web quand c’est approprié.

On disait que l’Internet pouvait être un outil de la vie politique, vers plus de démocratie. Y croyez-vous encore ?

-  Jerome Relinger "On" disait tellement n’importe quoi sur le Web... Je vous rappelle ce que "nous" disions : la politique, façon concertée et contradictoire dont nous organisons les rapports collectifs, se trouve questionnée. Les pratiques de transparence et de décision collective rendues possibles par le réseau mettent encore plus crûment en lumière les carences des organisations constituées, en même temps qu’elles ouvrent la voie à une explosion de l’intervention citoyenne. L’appétit de pluralité, le besoin d’apport théorique du militant vers le mouvement dont il porte le message, la liberté de parole et d’écoute revendiquée par les citoyens : toutes ces exigences disposent aujourd’hui d’un média, et exigent une pratique. La technique ne résoudra pas la crise de la politique, mais elle ouvre la voie à une politisation différente, où le citoyen, le militant, n’est plus relais ou client, mais devient acteur, stratège, décideur.

-  Olivier Faure Internet est encore réservé à une élite trop étroite pour considérer qu’il est un véritable outil de démocratisation de la politique. C’est un outil complémentaire aux modes traditionnels d’information et d’échange (tracts, meetings, interview, déplacements sur le terrain). Ce n’est ni le remède miracle au désintérêt que suscite la politique, ni un simple gadget. C’est d’abord le lieu d’une information plus exhaustive puisque sur le Net, les rédacteurs ne sont pas limités en espace comme c’est le cas dans la presse écrite ou audio-visuelle. Les journalistes eux-mêmes viennent chercher leurs informations sur les sites. Le succès des retransmissions en direct des meetings de Lionel Jospin montre aussi que les internautes sont intéressés par une information plus directe, en dehors des comptes rendus qu’ils peuvent lire et sont forcément déformés par le prisme de leurs auteurs. C’est ensuite un lieu de débat. Les chats, qui ont été nombreux au cours de la campagne, ont obtenu droit de cité. Les forums quand ils ne sont pas de simples exutoires permettent aussi aux internautes de se forger une opinion.

-  Philippe Quéau Internet est un outil, rien de plus. Ce qui compte c’est l’esprit, et la volonté de ceux qui s’en servent. Je crois à l’avenir de la démocratie en France et dans le monde, et je crois qu’Internet est un excellent outil pour cette fin. Mais, comme jadis la radio pour Hitler, ou radio "mille collines" au Rwanda, n’oublions jamais qu’un média, quel qu’il soit, peut être mis au service de la haine et de la violence.

-  Thierry Vedel Oui, à long terme, l’Internet favorise la démocratie car il est un outil d’accès au savoir et de diffusion des connaissances. Et comme les résultats de dimanche l’ont rappelé une fois encore, un niveau d’éducation élevé favorise le rejet des extrémismes, la tolérance, l’acceptation des différences, l’intérêt pour l’Autre.

D’après le sondage Serveur-CSA/sortie des urnes, les internautes ont voté à 14% pour Le Pen (Jospin : 18% et Chirac : 20%). Les internautes sont-ils de droite ?

-  Jerome Relinger

Non. Ces chiffres correspondent à 1% près aux résultats "réels". Ils démontrent que l’internaute est un citoyen comme les autres.

-  Olivier Faure Ces sondages tendent plutôt à prouver que les internautes ont plus voté Jospin et moins voté Le Pen que la population dans son ensemble...

-  Philippe Quéau En France, les Internautes (en gros 20% de la population) appartiennent en moyenne aux couches de la population les plus privilégiées socialement. Il y a donc de fortes chances qu’ils aient une sorte de biais pour le conservatisme social puisqu’ils bénéficient de l’ordre des choses actuel. Je note cependant que les internautes mettent au moins Jospin à 4 points au-dessus de Le Pen : c’est nettement mieux que la moyenne française... Quoi qu’il en soit, je pense qu’Internet est davantage de gauche, en tout cas bien plus que la télévision. N’oublions pas que c’est la télé qui a fait la campagne de Le Pen, en sur-médiatisant les voitures qui brûlent et les violeurs d’enfants. C’est tellement plus " vendeur " que la question des retraites ou le Traité de l’union européenne. Il faut donc tout faire pour généraliser et universaliser l’accès à Internet , cet outil fondamental pour la pensée et l’action.

-  Thierrry Vedel. Diverses enquêtes ont montré que les internautes sont, en général, plus à droite que le reste de la population. Probablement en raison de la sur-représentation des hauts revenus. De même, le niveau d’études plus élevé des internautes explique qu’ils s’intéressent davantage a la politique. Cela dit, la population des internautes, tout en restant encore hétérogène quant aux profils d’usage, tend à ressembler de plus en plus au reste de la population. Si on a vu un vote plus élevé pour Jospin et moins élevé pour Le Pen chez les internautes c’est sans doute du fait de leur niveau d’études plus élevé, de leur plus grande jeunesse (l’électorat Le Pen sur-représente les personnes âgées et les sans diplôme), et aussi de leur meilleure insertion sociale. Les exclus ne sont pas connectés.


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