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Fin janvier 2001 , alors que la campagne électorale débutait, Serge Lepeltier, secrétaire général du RPR, exhortait les Français à se rendre sur le site Internet de Jacques Chirac. Il assurait aux citoyens-internautes que, par leur participation, ils allaient "être les acteurs du succès de l’élection présidentielle" et jouer "un rôle pionnier en contribuant au développement de cette nouvelle forme de démocratie et de liberté". Le 22 mars, Lionel Jospin expliquait sur son site que, pour celui qui souhaitait "présider autrement", Internet était "un des moyens de faire campagne autrement".
La cybercampagne a-t-elle tenu ses promesses ?
Les seize candidats du premier tour ont, en tout cas, tous investi la Toile pour y afficher leur programme. Et certains n’ont pas lésiné sur les moyens. Ainsi, une quarantaine de bénévoles ont été mobilisés pour alimenter le site de Lionel Jospin, avec un budget de 450 000 euros.
Quant aux internautes, ils ont également répondu présents. Entre les deux tours, le site de M. Jospin a reçu plus de 40 000 messages d’électeurs venus débattre des raisons de l’échec socialiste ou des consignes de vote du 5 mai. Selon ses responsables, le site du président-candidat a reçu, à lui seul, quelque 800 000 visiteurs pendant la durée de la campagne. "Internet s’est imposé comme un nouvel outil pour la politique, estime Xavier Moisan, le webmaster du site de M. Chirac.Après le 21 avril, certains sont allés manifester dans la rue, d’autres ont eu le réflexe Internet et se sont exprimés spontanément sur notre forum."
Les chats, ces babillages électroniques auxquels tous les candidats se sont prêtés avec grâce sur les principaux portails de la Toile, ont aussi été suivis avec assiduité. Même si l’on est très loin des millions de téléspectateurs qu’assure un passage au journal télévisé de TF1, M. Jospin a dialogué le 22 mars devant 33 000 internautes sur wanadoo.fr, battant au passage le record que détenait... Loana, l’ancienne star de "Loft Story" !
Si la campagne semble avoir trouvé un public sur Internet, elle n’a pas pour autant permis aux citoyens d’en être vraiment les acteurs. "A l’exception de quelques sites parodiques ou satiriques présentant un traitement décalé des candidats, les internautes se sont peu saisis d’Internet pour mener leur propre campagne", analyse Thierry Vedel, chercheur au Centre d’étude de la vie politique française (Cevipof).
Il aura fallu attendre l’électrochoc des résultats de Jean-Marie Le Pen au premier tour pour voir un sursaut citoyen sur la Toile et l’émergence de nombreux sites anti-FN. Reprochant aux médias traditionnels d’"imposer au peuple leur choix pour le second tour", le leader frontiste s’est en retour servi de son site pour exhorter ses fidèles à "militer sur Internet" afin de "diffuser le plus largement possible la voix des patriotes". Ce qu’ils ont fait en prenant d’assaut les forums de discussion jusque tard dans la nuit du 5 mai, pendant que le site de M. Chirac se muait en celui de l’Union pour la majorité présidentielle (UMP).
Stéphane Mandard
8 mai 2002
Le Monde interactif
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Le record de connexions enregistrées par Wanadoo lors d’un débat sur Internet, détenu par la blonde héroïne de "Loft Story", a été battu, fin mars, par un chat avec Lionel Jospin, qui a rassemblé quelque 33 000 internautes européens, selon l’équipe de campagne du candidat. Une audience sans commune mesure avec celle d’un meeting traditionnel. A l’évidence, Internet est entré de plain-pied dans la vie politique française. Le réseau avait déjà été largement utilisé par les candidats aux élections municipales de 2001. Mais c’est la première fois qu’il joue un rôle véritable dans un scrutin national.
Pourtant, si tous les candidats ont intégré ce nouvel outil à leur campagne, la plupart ne font pas des technologies de l’information et de la communication (TIC) un thème central de leur programme. Du moins la révolution numérique n’y apparaît-elle pas comme la promesse de lendemains qui chantent. L’éclatement de la bulle de la nouvelle économie a tempéré les envolées enthousiastes d’hier. Après la dénonciation de la "fracture numérique"par Jacques Chirac et du "fossé numérique" par Lionel Jospin, le nouveau slogan à la mode est désormais : "Internet à haut débit pour tous".
Dans son programme électoral, le premier ministre-candidat affiche l’objectif de "faire de la France l’économie numérique la plus dynamique d’Europe". Lionel Jospin développe ce thème sous deux angles. Celui de la "France active" d’abord : "La maîtrise de ces nouvelles technologies pour tous doit relever d’un véritable service public, affirme-t-il. Nous le développerons en mettant l’accent sur l’équipement des jeunes, en association avec les collectivités locales." Il se fixe pour objectif "un ordinateur relié à l’Internet pour cinq élèves dans chaque école primaire, un ordinateur par famille pour les collégiens et les lycéens, un portable par étudiant". Celui de la "France juste" ensuite : il promet "une action volontaire afin que l’ensemble du territoire soit raccordé à l’Internet à haut débit d’ici à 2005".
Jacques Chirac, dans son " Engagement pour la France", se montre plus succinct. Il promet simplement de lancer "un plan national pour rattraper le retard d’équipement des foyers français connectés à Internet et garantir l’accès à Internet à haut débit dans chaque commune d’ici à 2007".
M. Chirac se donne comme objectif "un ordinateur pour trois élèves dans les établissements scolaires, un ordinateur par étudiant à l’université et un ordinateur par famille", le tout "d’ici à 2007". Ce plan national de "rattrapage", indique-t-il, "concernera en priorité les familles défavorisées". Les étudiants seront "aidés par des bourses d’étude qui devront prendre en charge l’acquisition d’un ordinateur". Le président-candidat est également favorable à "l’extension des défiscalisations pour les entreprises qui souhaiteraient donner des ordinateurs ou des forfaits Internet à leurs salariés". L’ensemble de ce programme, estime-t-il, représenterait un effort de 300 millions d’euros.
M. Jospin, de son côté, annonce que ses objectifs seront atteints "par un soutien de l’Etat à l’équipement des écoles et, s’agissant de l’équipement personnel, par un soutien bénéficiant en priorité aux revenus les plus modestes", mais sans spécifier ni la nature de ces aides, ni leur coût. Concernant l’accès au haut débit, il prône "une politique publique volontariste, afin de permettre le déploiement d’infrastructures dans les zones où les opérateurs n’iront pas spontanément", le renouvellement des contrats de plan Etat-régions, en 2003, constituant "un rendez-vous important" pour mettre en œuvre cette politique. M. Chirac, lui aussi, considère que "dans les régions où le simple jeu de l’économie de marché ne permettrait pas l’installation de l’Internet rapide, une intervention publique est nécessaire", dans le cadre des mêmes contrats de plan..
Les autres candidats réservent des traitements très divers à Internet. Jean-Pierre Chevènement est l’un de ceux qui présentent les propositions les plus détaillées. Pour "démocratiser l’accès à Internet", l’animateur du Pôle républicain préconise "des offres d’accès forfaitaires illimitées à des prix comparables à celui de l’abonnement téléphonique", avec "une aide spécifique réservée aux ménages modestes". S’agissant de l’accès au haut débit dans les zones rurales, où la technologie ADSL (sur ligne téléphonique classique) est difficile à mettre en œuvre, il souhaite que l’Etat "incite" les opérateurs à proposer des solutions adaptées "à des conditions financières comparables". L’ancien ministre de la recherche est par ailleurs favorable à "l’accès gratuit en ligne à toute la littérature scientifique" et propose de créer un Capes et une agrégation d’informatique.
François Bayrou consacre 13 des 260 pages de son programme aux mesures qui permettraient d’"accélérer l’entrée de la France dans la société de l’information" : aides fiscales pour encourager l’achat d’ordinateurs connectés par les familles à faibles revenus, les associations et les mairies des petites communes ; extension de l’amendement Messier (offre d’ordinateurs aux salariés par les entreprises) à tous les secteurs socio-économiques et à l’administration ; points d’accès à Internet dans les rues et tous les lieux publics ; "déclaration des droits de l’homme numérique" ; création d’un ministère de la société de l’information...
Pour Alain Madelin, "le Net préfigure les nouveaux modes d’organisation de notre société", selon "un système autorégulé reposant sur la liberté et la responsabilité". Robert Hue, au contraire, pose la question de "la démocratisation des instances de régulation des télécommunications", qui devraient comprendre des représentants des syndicats et des associations et être "sous contrôle parlementaire".
Noël Mamère veut "encourager les pratiques innovantes visant à développer un Internet libre, citoyen et solidaire" en proposant un "soutien spécifique à la création d’entreprises utilisant les logiciels libres.". Corinne Lepage propose des tarifs d’abonnement privilégiés pour les régions sous-équipées, des déductions fiscales pour faciliter la pénétration du haut débit dans les foyers, ainsi que la création d’un "site Internet national de gestion de la connaissance".
Bruno Mégret se soucie de "garantir la liberté d’expression et de communication"sur la Toile, tandis qu’au Front national on insiste sur la protection"des entreprises nationales de la concurrence en taxant tous les achats en ligne sur un site opéré à l’étranger". Quant au conseiller pour les questions technologiques d’Olivier Besancenot, le représentant de la LCR, il qualifie Internet de symptôme, en soulignant que "la fracture numérique n’est qu’un avatar secondaire de la fracture sociale".
Pierre Le Hir, 19.04.02
Le Monde