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Vous êtes ici : Accueil > Observatoire des usages politiques et militants de l’internet > Internet, outil et théatre des campagnes électorales > France : Présidentielles et législatives 2002 > Bilans et premiers enseignements des campagnes de 2002 > Thierry Vedel : "Internet n’a pas pesé sur le déroulement de la campagne, même négativement" | |
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lundi 22 avril 2002 Imprimer cet article | Cet article au format PDF Internet a-t-il trouvé sa place dans la campagne ? Cette campagne électorale est sans doute la première durant laquelle Internet est utilisé de façon significative, du moins en termes d’offre. En 1995, l’outil était encore balbutiant et les internautes trop peu nombreux pour intéresser les politiques ; la campagne pour les législatives de 1997 a été trop brève pour permettre aux candidats de construire des sites ; enfin, lors des municipales de 2001, les plafonds de dépenses électorales ont fortement limité le recours à l’Internet et moins de 1% des listes étaient présentes sur l’Internet. Aujourd’hui, tous les candidats ont un site Web officiel, et des dizaines de sites fournissent des informations sur la campagne et l’élection. Toutefois, Internet reste un outil secondaire, sinon accessoire, dans les dispositifs de campagne. La publicité politique étant totalement interdite durant les trois mois précédant le scrutin et la communication militante tombant progressivement en désuétude, quasiment tous les candidats centrent leurs stratégies de campagne sur les mass media traditionnels (dont ils ont appris, non sans douleur, à se servir de mieux en mieux). Parce que ce sont eux qui donnent le ton et définissent l’agenda de l’élection ; parce que la "force de frappe" de quelques minutes de télévision ou d’un entretien dans un grand quotidien n’a pas d’équivalent. Même les formes traditionnelles de campagne que les candidats continuent presque rituellement de pratiquer (meetings, déplacements en province, marchés, bains de foule, etc.) sont organisées en fonction de la logique des médias. Et, paradoxalement, si l’on a beaucoup parlé d’une Net-campagne, c’est d’abord grâce aux reportages des vieux médias ! Comment jugez-vous l’utilisation qui est faite d’Internet par les candidats à la présidentielle ? Les sites Web des candidats ne se ressemblent pas tous. Certains sites - comme celui d’Arlette Laguiller - s’apparentent à des brochures électroniques et se limitent à donner les grandes lignes du programme du candidat, à annoncer ses réunions publiques ou à reproduire ses discours. D’autres - comme ceux de Chirac, Jospin ou Madelin - sont plus sophistiqués et étoffés. Outre leur fonction documentaire, ils s’efforcent de mobiliser et d’impliquer les sympathisants dans la campagne en leur fournissant des argumentaires, des tracts en ligne, des messages à relayer par mail, ou en les orientant vers les comités de soutien locaux. Certains candidats se sont attachés à décliner leur message en créant des rubriques ou des sites spécifiques pour certaines catégories (jeunes, femmes, policiers, enseignants). De façon surprenante, alors qu’ils se plaignent volontiers du filtrage par les médias, les candidats n’ont que peu profité des potentialités d’Internet pour détailler leurs programmes. Par rapport à d’autres pays, les candidats français utilisent essentiellement Internet comme un moyen de diffusion, une sorte de profession de foi numérique, et encore peu comme un outil de contact interpersonnel. Notre législation (notamment la loi Informatique et libertés) et notre culture politique limitent les envois ciblés et personnalisés de mails. En sens inverse, les candidats ne se sont pas véritablement organisés pour répondre aux courriers électroniques qui leurs sont adressés ou recevoir des dons en ligne. Il me semble également qu’Internet n’a pas été pleinement utilisé pour optimiser le fonctionnement des appareils de campagne. De nouvelles pratiques politiques ou militantes émergent-elles de l’usage d’Internet pendant cette campagne ? A côté des sites officiels des candidats, plusieurs dizaines de sites ont couvert la campagne. Ils émanent des médias traditionnels, des portails ou des moteurs de recherche qui ont organisé des "chats" ou des forums de discussion qui n’ont connu qu’un succès relatif. D’autres sites ont été créés spécialement, notamment par des agences de communication ou des agences Web qui se sont servies de la campagne pour valoriser leur savoir-faire. Mais, à l’exception de quelques sites parodiques ou satiriques présentant un traitement décalé des candidats, les internautes se sont peu saisis d’Internet pour mener leur propre campagne. Internet n’a pas pesé sur le déroulement de la campagne, même négativement (rumeurs, documents confidentiels, échange de blagues sur les candidats...). Aucune déclaration marquante ni aucun acte politique fort n’a été effectué sur la Toile par les candidats. Ainsi, Internet a reproduit les rapports de forces existants et n’a pas permis à des candidats nouveaux et/ou indépendants d’émerger. Le réseau n’a pas corrigé non plus les inégalités de ressources entre les candidats, et les "petits" ont toujours autant de mal à se faire connaître. Propos recueillis par Stéphane Mandard 19.04.02 Le monde
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