« Cette présidentielle sera la première élection où Internet va être utilisé de façon significative en France », pronostique Thierry Vedel, chercheur au Centre d’étude de la vie politique française (Cevipof). La première utilisation de la Toile dans une campagne électorale remonte à l’élection présidentielle américaine de 1996, lorsque, à la fin de son premier débat télévisé avec le démocrate Bill Clinton, le républicain Bob Dole annonce publiquement l’adresse de son site Web. Selon le dernier baromètre multimédia de Médiamétrie (2), 21,3 % des foyers en France ont un accès à Internet. Quel que soit le rôle du Net dans le choix du vote, il est donc incontournable pour un candidat d’y être présent. Hier encore, une nouveau site devait être lancé, celui de Christiane Taubira, candidate investie par les radicaux de gauche.
C’est Jacques Chirac qui pourrait accorder le plus de place à Internet dans la campagne présidentielle. La Lettre de L’Expansion datée du 21 janvier imagine en effet le scénario suivant : « Le 3 mars, le candidat Chirac se dévoile sur le site Internet www.chiracpourlafranc.net ». Une annonce de candidature sur la Toile, sept ans après avoir choisi un quotidien régional, serait un choix audacieux et moderne pour le président sortant. Quoi qu’il en soit, cela fait plusieurs semaines que les observateurs de la politique sur Internet savent qu’un site lancé par Serge Lepeltier, secrétaire général du RPR (www.2002pourlafrance.net), en liaison avec l’Élysée, doit effectivement basculer le jour de l’annonce officielle de candidature de Jacques Chirac en site du candidat... Sur ce terrain, les chiraquiens ont une longueur d’avance : « Il est encore trop tôt pour parler de site Internet », indique en effet le PS.
Le suivi de la campagne sur le Net ne se limite pas aux sites officiels des candidats et des partis politiques. La plupart des médias ont, en effet, ouvert des dossiers autour des élections. Radio France Multimédia vient ainsi de mettre en ligne sa « deuxième webradio éphémère », après celle sur l’euro, consacrée aux élections (www.radio-france.fr).
Des pages de comparaison des programmes des différents candidats commencent en outre à apparaître. Un des premiers à s’y être attelé, lors des dernières élections municipales à Paris, est Thierry Vedel avec des étudiants de Sciences-Po. Le Cevipof renouvelle cette année l’expérience sur un site consacré aux prochaines échéances électorales(http://elections2002.sciences-po.fr).
Enfin, lors de la dernière présidentielle américaine, un autre phénomène s’est généralisé sur le réseau : la multiplication des sites hostiles. « Ce type de site n’est pour l’instant pas encore très répandu en France, affirme Thierry Vedel, mais cela va peut-être démarrer avec ces élections. » Jacques Chirac a été un des premiers à être attaqué, avec la création, par un militant du « Web indépendant », d’un site postiche de celui, officiel, de l’Élysée. Dans la mouvance libérale, très active sur Internet à travers une start-up militante, L’Enchanteur des nouveaux médias, deux sites importants ont été lancés l’année dernière contre Lionel Jospin : une parodie de l’émission « Loft Story » (les représentants de la gauche plurielle se retrouvent dans un loft...) et un contre-bilan de Lionel Jospin.
Laurent de Boissieu
La Croix, jeudi 24 janvier 2002 - © La Croix 2002