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Lettre de temps réels 57
INTERNET A AMPLIFIÉ L’EXTRÊME PERSONNALISATION DU DUEL SCHRÖDER-STOIBER
samedi 28 septembre 2002

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On revient après coup sur le volet Internet de la campagne des législatives allemandes.

Tous les partis en lice avaient massivement investi pour être présents sur ce théâtre de campagne qu’est devenu Internet. Les Verts lui auraient même consacré 10% de leur budget de campagne. En France, le budget Internet des principaux candidats oscillait autour de 3%, lors des dernières présidentielles. L’Allemagne compte, il est vrai 30 millions d’internautes pour 60 millions d’électeurs.


-  Cette campagne fut, on s’en souvient, longtemps incertaine. Les trois derniers mois ont vu le SPD et Gehrard Schröder réduire progressivement leur retard. Les analystes politiques s’accordent pour considérer que les deux débats télévisés (et spécialement le second) furent décisifs pour l’issue du scrutin. Ils soulignent que cette campagne a marqué un tournant dans la vie politique allemande, avec une tres forte personnalisation. L’internet opère un effet grossissant : le SPD, la CDU et les Verts avaient tous mis au point des sites centrés sur la personne de leur leader.

-  Autre trait de cette net-campagne allemande : l’usage offensif d’Internet : le ton des sites satiriques etait nettement plus violent que les propos échangés à la télévision.

Les stratèges des partis allemands semblent s’être inspirés des recettes de la campagne américaine de 2000, notamment pour les sites ultra-personnalisés. Kajo Wasserhövel, le directeur de la campagne en ligne du SPD s’en défend : "Nous ne reprenons pas un à un les modèles américains. Une des grandes différences est que nous avons en Allemagne des partis très structurés. Le Net nous permet de faire passer très vite une énorme quantité d’informations à nos équipes de campagne à travers tout le pays ".

Sites ultra-personnalisés et glamour

Le site de Schröder s’ouvrait une magnifique photo : il fait sombre, c’est la nuit, mais le chancelier est au travail, devant un verre d’eau. Le site fait défiler les grandes dates de la vie du héros, avec rappel des faits majeurs de l’époque et témoignages audio de grands noms du parti.

Le site de.Stoiber permettait de suivre le candidat au jour le jour : Stoiber dans les inondations de Dresde, chez les soldats allemands au Kosovo, dans sa maison natale. La campagne conservatrice fait aussi place au jeu, avec un "quiz-Stoiber" : 30 questions, pour vérifier si vous connaissez vraiment bien Stoiber ou si vous ne vous êtes pas laissé aveugler par les vilains préjugés qui courent sur lui. Sa petite faiblesse : la bière, les grasses matinées ou le chocolat ?

Le site de Joschka Fischer ne faisait pas exception : il y expliquait comment se mettre en forme pour aller faire un jogging avec lui quand il passera dans la région. Il révélait aussi sa recette de la "lotte à la toscane".

Sites offensifs

Sur le site nichtregierungsfaehig, le SPD explique pourquoi Stoiber est " inapte à gouverner ". Le site est argumenté mais les communiquants du SPD se sont amusés, par exemple, à réécrire tout le site de Stoiber en le truffant de "dsch", pour singer son accent bavarois.

"L’Internet peut conduire à des campagnes plus négatives qu’à la télévision, car il est relativement anonyme", observe Harald Walter, responsable de la campagne Internet de la CDU. "Mais nous n’avons pas voulu nous laisser entraîner par cette tendance, assure-t-il. Toute notre campagne est axée sur les compétences de la CDU. Diffamer l’adversaire de façon trop agressive ne serait pas productif pour nous." Le site anti-Schröder de la CDU (wahlfakten.de) reprenait un à un les arguments du gouvernement et les démontait à l’aide de chiffres et d’experts. Les "contre-vérités" les plus flagrantes de Schröder, dûment commentées, etaient envoyées par mail à un panel de quelque 2 000 journalistes et aux abonnés.

Sur le site CDU destiné aux jeunes, (www.junge-union.de), on pouvait rhabiller Schröder, ou récupérer les millions que le ministre des Finances enfouit dans le sable.

La CDU s’était aussi aventurée dans la mise au point d’une circonscription imaginaire (www.wahlkreis300.de) où les internautes sont invités à simuler une campagne électorale, imaginer des discours, concevoir des tracts, coller des affiches virtuelles...

Libération

Dossier Wahlkampf - 2002 sur politik digital

Kajo Wasserhövel (SPD) : " Nous ne voulons pas faire de fausses promesses en matière d’interactivité. "

Kajo Wasserhövel avait la responsabilité de la campagne en ligne du SPD (Kampa 02).

Lors des élections législatives de 1998, il y avait six millions d’internautes en Allemagne : il y en a aujourd’hui 30 millions. Internet est devenu un média de masse. Il y a 60 millions d’électeurs en Allemagne : cela signifie que nous pouvons atteindre ainsi pres de la moitié d’entre eux.

En outre, les comportements des internautes ont changé. Ils veulent pouvoir décider, par eux-mêmes, à quel point ils pénètrent profondément dans les contenus. Cela a naturellement des conséquences pour la conception de nos sites. Nous devons être capables de proposer des chemins de navigation adaptés aux préoccupations des internautes.

Enfin, le réseau est pour nous une ressource logistique tout à fait essentielle pour l’organisation de la campagne.

Internet est devenu un média de masse, tout en permettant d’atteindre certains groupes cibles.

Pas seulement les maniaques d’informatique ou ceux qui travaillent dans la Nouvelle économie. Beaucoup à de travailleuses et de travailleurs utilisent Internet sur leur lieu de travail. La proportion de femmes et de personnes âgées parmi les internautes augmente.

Les études des sondeurs, mais aussi ceux de la Fondation Konrad Adenauer, montrent que 12 à 13 %. des électeurs oscillent entre les grands partis. Le nombre de ceux qui se décident au dernier moment a considérablement augmenté. Cela a naturellement des conséquences pour la stratégie de campagne. Internet est un milieu très rapide et ce, dans les deux sens. On peut distribuer rapidement des informations, par exemple à travers nos propres organisations...Et nous pouvons avoir une rétroaction sur Internet bien plus rapide que par les instruments classiques.

Nous avons développé une série de plates-formes flexibles.
-  Le site du SPD propose une diversité de " canaux ". Un canal orienté spécifiquement vers la presse, un autre vers les jeunes internautes. Nous avons mis en place au cours de l’année dernière une zone pour les militants.
-  Un site plus offensif : www.nichtregierungsfaehig.de
-  www.kampa02.de est dédié a la campagne électorale.
-  Le site de Gerhard Schröder

Nous misons sur la combinaison d’outils différents.

La nécessite de riposter, de réagir rapidement, vaut pour tous les sites. Il faut trouver une combinaison raisonnable entre l’information que nous diffusons et les divers modes d’interaction. Nous ne voulons pas faire de fausses promesses en matière d’interactivité. Les instruments pour cela ne sont pas nouveaux : les newsgroups, le courrier électronique, le chat et quelques autres. Nous examinons certaines possibilités de simulation politique. Mais nous ne sentons pas tenus d’explorer tout ce qui est techniquement possible. Ce qui importe, c’est de développons un lien durable avec nos utilisateurs.

Nous affichons la couleur sur les sites que nous faisons : ce sont des sites SPD. La CDU ne se sent pas tenue, apparemment, par les mêmes principes de base . Derrière les noms de domaine wahlkreis300.de , wahlfakten.de , regierungsprogramm.de, des sites apparemment " neutres ", on trouve en fait la CDU. Ils attirent de jeunes électeurs par des animations ludiques, avant de les faire attriir chez Monsieur Stoiber . Ce sont des choses que nous ne faisons pas. "

Politik-Digital

Schröder l’avait emporté dans le wahlomat

Les outils d’aide a la décision électorale font désormais partie du paysage. Lors du Premier tour des présidentielles, en France, le Presibot avait rencontré un tres large succès.

De conception tres proche, Wahlomat proposait aux internautes allemands une liste de 27 questions afin de déterminer leur sensibilité politique. Leurs réponses étaient ensuite automatiquement comparées avec les programmes des différents partis représentés au Bundestag.

Les questions, proposées par l’Agence fédérale pour l’éducation civique et un groupe d’étudiants en sciences politiques de l’université libre de Berlin, allaient de la légalisation des drogues douces à l’immigration en passant par le budget militaire et les horaires scolaires. But affiché : encourager les jeunes n’ayant jamais voté à faire le déplacement dimanche.

Wahlomat annonce un million de visiteurs, plus de 400 000 personnes ayant fait le test quatre jours avant le scrutin : a cette date, les résultats penchaient en faveur du SPD de Gerhard Schröder (29%). Le parti libéral FDP arrivait en deuxième position avec 26%, devant la CDU/CSU. http://www.wahlomat.de


Le jogging politique de Joshka Fisher

Joschka Fischer n’a pas inventé le jogging politique. Il y a des précédents (dont certains désastreux, tel Jimmy Carter, entouré de ses gardes du corps, au bors du malaise, incapable d’achever une distance assez courte).

Les jogging du candidat des Grunen tendaient sans doyte à remplir le rôle traditionnel des meetings - rassemblement des militants et sympathisants autour du leader et création d’un évènement à l’attention des médias.

Pour ce qui est de la signification symbolique du jogging, il est clair que la course à pied est un mode de déplacement non polluant. Sous cet angle, ils rappellent les manifs en vélos de René Dumont en 1974.

Les articles de la presse française ont proposé un autre message : Joschka Fischer voulait "démontrer" ( ?) que l’on peut changer la société par le volontarisme de la même façon que lui a changé ses habitudes de vie. Peut être....

On en propose ici une tout autre lecture.

-  La course hors-stade est un évènement assez unique dans nos sociétés, dans la mesure où peuvent y participer, ensemble : • l’élite et les débutants ; • les hommes et les femmes ; • les jeunes et les agés ; • les membres d’un club et les non licenciés ; • les valides et les personnes atteintes d’un handicap (coureurs non-voyants, coureurs en fauteuil) ;

Il y a même une place reconnue pour les originaux et les excentriques (coureurs déguisés, garçons de café avec plateau, coureurs avec poussette et bébé, avec chien tracteur, ...).

-  C’est sans doute l’un des rares endroits où il y a une participation collective à un projet ("faire le marathon de x") dans le respect des capacités et des ambitions de chacun (de "le gagner en 2h10" jusqu’à "tenter de le finir").

Sous cet angle, la course hors stade réalise une synthèse inédite entre collectif et individualisme.


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