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L’usage militant du téléphone portable donne d’excellents résultats (1997)
1999

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Tout a commencé chez les cheminots, lors du grand conflit de novembre-décembre 1995. "Le portable, explique Bruno Dalberto, secrétaire général de la fédération CFDT, nous a permis de transformer les heures perdues dans les embouteillages, au retour des négociations avec direction et ministère, en temps de comptes rendus et d’échanges avec nos organisations." Du coup, la fédération en a équipé tous ses responsables. Des ordinateurs portables ont également été distribués. "Nous ne sommes pas assez riches pour avoir dès à présent les modems qui nous permettraient d’envoyer et de recevoir des fax. Mais cela viendra car il n’est pas moins important pour nous de transmettre l’écrit que la parole."

En novembre 1996, les routiers s’y sont mis à leur tour, notamment ceux de la fédération CFDT (FGTE). "Chaque responsable de barrage, explique Claude Debons, l’un des dirigeants, avait un portable qui lui permettait notamment de nous expliquer la situation sur le terrain. Chaque jour une conférence par téléphone faisait circuler information et débat entre tous, y compris de barrage à barrage." L’effet n’est pas mince.

"Lors de la grève de 1992, nous étions dans le brouillard. Pour savoir ce qui se passait sur le terrain, il fallait téléphoner à chaque local syndical qui envoyait alors un militant sur place. Mais quand il était de retour, nous n’étions même pas sûrs que ce qu’il nous rapportait était encore d’actualité ! En 1996, nous connaissions en permanence le rapport de forces." Le "plus" est aussi d’ordre psychologique. "Je ``sens`` mes militants, confie Roger Poletti, le leader FO. Et leurs appels, fréquents, sont un soutien puissant." La démocratie y gagne aussi. "Il n’est plus d’excuse à ce qu’une décision ne soit pas prise collégialement", dit Bruno Dalberto. Pour les patrons, le portable est également "un avantage non négligeable en période de tensions", reconnaît Emeric de Livonnière, DRH adjoint des transports Danzas. Ainsi, cette semaine, un dirigeant en route pour l’aéroport a pu in extremis être mis au courant du dernier état des négociations avec les routiers et consacrer son temps en contacts et échanges jusqu’à l’envol. Dans les négociations de 1996, note de son côté Alain Renault, responsable de la Fédération CGT des transports, les délégués généraux du patronat avaient des portables, comme les syndicalistes. "Ils étaient sûrement reliés à un PC de crise : quand nous leur annoncions la formation de nouveaux barrages, il était clair qu’on leur avait déjà transmis la nouvelle."

Le portable n’est pas une exclusivité du monde du transport. Ce dirigeant d’entreprise en passe d’être séquestré, avec coupure probable du téléphone, l’a utilisé comme cheval de Troie. Ayant obtenu qu’on le lui laisse pour contacter sa famille, il a pu contre-attaquer en se reliant directement au directeur de cabinet du préfet ainsi qu’aux renseignements généraux. Lors du conflit du Crédit foncier, les salariés y ont trouvé une aide majeure pour assurer la veille permanente dans une situation difficile. Pour autant, aucune confédération syndicale n’a de "politique" du portable, même si chacune en a acheté un lot pour ses responsables. Elles sont plus tentées par l’outil Internet et sont en train de se doter de sites.

Marie-Claude Betbeder Le Monde, 5 novembre 1997


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