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" Nos frères et soeurs "
mercredi 19 septembre 2001

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19 Septembre 2001 " Nos frères et soeurs "

Dimanche, la chaîne CNN nous a montré une Française d’un certain âge, interviewée à Notre-Dame, déclarant : " Aujourd’hui, je crois, nous sommes tous des Américains. ". Les bandes vidéo passées en boucle de l’effondrement de nos grandes tours, les nuages sombres de la destruction n’ont pas seulement répandu une onde de choc à travers l’Amérique et le reste du monde, mais aussi un déferlement de compassion et d’expressions de sympathie. J’en sais quelque chose : alors que mon téléphone à New York est coupé depuis mardi dernier, ma messagerie électronique a été submergée par d’innombrables messages d’inquiétude sur notre sort et sur celui de notre ville brisée - des messages dont je serai éternellement reconnaissant. Notre traumatisme a été partagé par des millions d’inconnus dans le monde par le moyen d’un média électronique qui efface le temps et l’espace - du moins aussi longtemps que les caméras tournent.

La semaine dernière, l’ " effet CNN " est venu chez nous. Etonnamment, cette vague de solidarité humaine ait été fortement ressentie à l’intérieur des Etats-Unis. L’Amérique a été unie par un drame partagé et les New-Yorkais ont été enfin autorisés à rejoindre la famille américaine. Ce sentiment est nouveau. Les New-Yorkais adorent se vanter d’être le creuset du monde et que leur la ville est le " portail " de l’Amérique. Mais, je dois avouer que nous sommes cordialement détestés par la plus grande part de l’Amérique de l’intérieur. Non sommes la " non-Amérique ", la ville des étrangers. Mais cette semaine tout a changé. Nous avons été embrassés par nos compatriotes, nous sommes devenus leurs " frères et soeurs".

L’Amérique est devenue un seul pays avec une peine partagée et une colère collective qui s’exprime dans une terrible résolution nationale. Ceci aussi est nouveau. En novembre dernier, l’élection " volée " par George Bush nous avait divisés. La carte électorale américaine montrait deux pays : celui des femmes, des Noirs et des Hispaniques qui ont voté massivement pour le démocrate Gore. Et, celui d’hommes blancs qui avaient choisi Bush. Presque une répétition de la guerre civile. Avec cette vague d’émotion patriotique, tout cela est oublié. Le principal bénéficiaire de ce raz de marée est, bien sûr, George W. Bush. La semaine dernière il est enfin devenu " notre président ", parce qu’il est " le seul président que nous possédons ". L’opposition " non-patriotique " s’est effondrée, elle a disparu dans la clandestinité. Dans les jours et les semaines qui viennent, nous pourrions bien tous apprendre que parfois la solidarité peut être une émotion dangereuse.

John G. Mason est professeur au département de sciences politiques à la William Paterson University (New Jersey) et chercheur au département Europe à la New York University (NYU).

Traduit par lhumanité http://www.humanite.presse.fr/journal/2001/2001-09/2001-09-19/2001-09-19-017.html


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