Temps Réels Nous contacter Qui sommes-nous ? Observatoire des usages politiques et militants de l'internet
Nous rejoindre Lettre de Temps Réels
Dossiers et débats Liens
Positions et propositions Plan du site
   
# Vous êtes ici : Accueil > Dossiers et débats > Chroniques > Lettre de Woodstock. La chronique de John G. Mason > Les primaires : enjeux et candidats
 
 
# DANS LA MEME RUBRIQUE :
# John G. Mason : Questions about the Bush Victory
# Bush II : Presidential Visions of Pentagon Power
# The Bush Revolution of 2004 ?
# G.W. Bush, Président de Guerre - Chapitre deux
# Antiguerre : des généraux, derniers insurgés
# Iraq and the Conservative Crack-up
# George goes on tour
# After Dean : Forget Dixie and Kerry
# Democrats United By Dean
# Straws in the Wind : 11/04 Only A Year Away.
# Contre la Tentation de l’Empire
# Les enjeux de cette guerre ...
# La guerre à tout prix, presque tout seul...
# Elections à mi-mandat de 2002 : La démocratie américaine ne se porte pas très bien
# Sur ma route de New York vers le New Jersey, je vois le trou béant dans notre monde...
# Une semaine s’est passée depuis l’attaque...
# " Nos frères et soeurs "
# Nos planificateurs se sont concentrés sur la défense de nos bases au-delà des mers, plutôt que sur celles de nos villes.
# Niveau zero
# Clinton et la fin de l’exceptionnalisme américain ? (I)
# Clinton et la fin de l’exceptionnalisme américain ? (II)
# Clinton et la fin de l’exceptionnalisme américain ? (III)
# Quelle stratégie globale américaine ?
Les primaires : enjeux et candidats
mardi 16 novembre 1999

Imprimer cet article | Cet article au format PDF

Les primaires et la course aux fonds

La "course aux fonds " 1999 est presque terminée et la saison des pré-primaires du Printemps 2000 commencera au New Hampshire en février. Puis juste après viendra la lutte décisive des super-primaires prévue entre le milieu et la fin du Printemps. " Course aux fonds " fait référence à cette compétition de première importance dont le but est d’accumuler des trésors de campagne électorale versés par des Comités d’Action Politique (CAP) ou de riches "investisseurs " privés. Son issue désigne le candidat le plus qualifié pour mener la campagne dans les principaux états où se déroulent les primaires, tels l’état de New-York, la Californie, ou encore les six états regroupés dans la super primaire du sud. En 1996, les deux partis ont dépensé la débauche de 2 milliards de dollars pour les campagnes électorales du Congrès et de la Maison Blanche, et, cette année, le projet de réforme de la loi sur les campagnes électorales ayant été rejeté, ils semblent prêts à collecter et à dépenser plus d’argent encore.

Les candidats Républicains

A l’heure actuelle, c’est George W. Bush qui, de tous les candidats républicains, est le mieux placé dans la course aux présidentielles, avec un trésor de campagne s’élevant à plus de 50 millions de dollars. Il est suivi par Steve Forbes, héritier de la fortune de Forbes Business, et par le sénateur John McCain qui est parvenu à récolter des dons grâce à Internet (environ 500 000$ jusqu’à présent). Les autres candidats, comme Elizabeth Dole (l’épouse de Bob Dole, ancien candidat républicain aux Présidentielles), ont dû abandonner la course aux primaires, faute de n’avoir récolté les fonds nécessaires.

Le Gouverneur George W. Bush est connu pour être le candidat de l’establishment, ainsi que le favori pour la nomination aux Présidentielles. Son principal défi est de "modérer " auprès de l’électorat centriste l’image "extrémiste " du parti que la frange dure des Conservateurs du Congrès a donné au cours de ces quatre dernières années. Cependant, si l’on se penche attentivement sur ses états en tant que Gouverneur du Texas, Georges W. Bush apparaît comme un conservateur plus attiré par le "judiciaire-punitif " (comme la peine de mort) que par la "compassion ". Les différences politiques qui le séparent des têtes de parti du Congrès ont été exagérées et, par trop médiatisées. Bush pourrait également voir resurgir de son passé quelques histoires personnelles embarrassantes, liées à une possible consommation de drogues, au scandale de la Savings and Loans (Société de crédits pour le logement social), ou encore, au fait qu’il ait hésité de faire son service en pleine guerre du Vietnam, ce qui fait de lui un "Clinton bis " virtuel. Le sénateur John McCain, héros du Vietnam, semble blanc comme neige en comparaison, et ce, malgré son implication dans le renflouement de la Savings and Loans (qui a coûté aux contribuables américains 500 milliards de dollars dans les années 80).

Les candidats Démocrates

Du côté des démocrates, on assiste à un duel opposant le vice-président Albert Gore à l’ancien sénateur du New Jersey, Bill Bradley qui tire "à gauche " le débat politique au sein de son parti. La difficulté pour Albert Gore est de se distancer de l’administration Clinton, entourée d’un parfum de scandale, (phénomène connu sous le nom de "fatigue Clinton ") après huit ans de loyaux services. Cependant, Clinton peut se targuer d’un bilan économique solide et d’une réduction des déficits réussie. Gore peut également se prévaloir de bons résultats sur des sujets de préoccupation tels que l’environnement ou l’emploi. Gore souffre cependant d’une personnalité "froide " et de l’hostilité des médias nationaux qui lui trouvent peu d’entrain. Il considéré comme un excellent orateur et beneficie du soutien de l’AFL/CIO.

Bill Bradley est le chouchou des médias. Les premiers sondages le donnaient gagnant sur Gore et sa collecte de fonds dépasse celle de son rival. Et il est soutenu par les "libéraux " de Manhattan et d’Hollywood, ainsi que par les PDG de la "Silicon Valley ". Son innovante collecte de fonds lancée sur internet a rapporté plus de 1 million de dollars, ce qui amène à une somme totale de 20 millions de dollars. Sa campagne a permis de positionner plus "à gauche " le débat politique des Démocrates en soulevant la question de la pauvreté des enfants aux E.U. (1 enfant sur 5 grandit dans un environnement pauvre), ainsi que celle de la couverture sociale au sein des familles salariées (actuellement 44 millions d’américains n’ont aucune couverture sociale, ce qui représente une augmentation de 8 millions depuis le début du "boom Clinton ").

Grâce au lobbying intense mené en son nom par le président de l’AFL/CIO, John Sweeney, (qui est membre de Democratic Socialists of America, DSA), lors de sa convention en octobre 1999, l’AFL/CIO a décidé de lui apporter son soutien. Cet appui est important, parce que l’AFL/CIO a repris sa position d’acteur vedette : lors des dernières élections aux Etats-Unis, l’AFL/CIO était parvenue à mobiliser 22% des électeurs syndiqués lors du vote pour le Congrès de 1998. Les positions de Bradley sur ces problèmes sociaux lui ont valu le soutien de " progressistes " de premier ordre, dont l’ancien Secrétaire d’état au Travail de Clinton, Robert Reich (éditeur de la revue The American Prospect, tres influente à gauche), et du philosophe noir de Harvard, Cornel West, ( lui aussi membre des Democratic Socialists of America : il en est Honorary Vice-Chair).

Le contexte droite-gauche des élections

Pendant ces 20 dernières années, tout "repositionnement à gauche" des Démocrates sur des sujets sociaux ou politiques délicats aurait été ressenti comme une preuve de l’instinct suicidaire des élites libérales "ayant perdu tout contact " avec la base de leur parti. Cette année pourtant, les sondages d’opinion suggèrent que ce soient désormais les républicains conservateurs préconisant l’absence d’impôts, à l’instar de Steve Forbes, qui sont déconnectés des électeurs, qui, eux, souhaitent voir plus d’action de la part du gouvernement. Parmi les points "brûlants " qui pourraient servir les Démocrates, l’on retrouve le "bouquet Hilary)" de thèmes sociaux comprenant le contrôle des armes, la législation antitabac, les droits des homosexuels ainsi que tout ce qui peut être lié au système social, comme la santé (priorité absolue pour 13% des électeurs selon un sondage CBS/New York Times), la protection de la Sécurité sociale (8%) et le financement par l’état fédéral des 100 000 professeurs de l’enseignement public nouvellement nommés.

Ce revirement à gauche de l’opinion publique se reflète également dans la réunion des fonds pour la course aux élections du Congrès. En effet, les CAPs et les groupes de pression se protègent et partagent leur contribution entre le parti Républicain et le parti Démocrate pour la première fois depuis des années. Ces tendances accentuent les angoisses des Républicains quant aux résultats des élections du nouveau Congrès en automne prochain, et la possibilité de voir les Républicains perdre le contrôle du Congrès n’en est que plus probable.

L’éternel problème des abstentionnistes

Mais en réalité, il est encore trop tôt pour se prononcer sur le résultat de la compagne 2000 pour trois raisons : premièrement, beaucoup de sondages laissent penser que la majorité des électeurs doit se réveiller et étudier les candidats et leur programme. Deuxièmement, il faut garder à l’esprit qu’une grande partie de l’électorat potentiel pourrait ne jamais se réveiller ou s’impliquer. Cet électorat appartient au plus grand parti des Etats-Unis : " le parti des abstentionnistes ". Les records d’abstention ont été battus lors de ces trois dernières élections (1994, 1996, 1998), (les E.U. sont placés 130ième sur 175 pays démocratiques pour la participation électorale), avec une abstention de plus de 50% des électeurs en 1996, et de 64% pour les élections du Congrès en 1998. Troisièmement, le candidat du Parti Réformiste (N.D.T. : parti isolationniste de droite) est un "joker " possible qui pourrait transformer l’élection en une course à trois, et permettre ainsi aux Démocrates de répéter leur victoire minoritaire de 1992, alors que Clinton n’avait obtenu que 37% des suffrages.

La droite populiste en position d’arbitre ?

Le résultat du face-à-face qui oppose Patrick Buchanan, célèbre animateur de débats radio à Donald Trump, homme d’affaires immobilier new-yorkais pour représenter le Parti Réformiste aux élections présidentielles, revêt une signification toute particulière. Les sondages d’opinion publique nous montrent que plus on descend l’échelle des âges, plus le taux d’abstention s’accroît - sur 5 électeurs potentiels, un seul votant. De nombreux électeurs de moins de 35 ans ne s’identifient à aucun des deux principaux partis - seul 40% d’entre eux se disent Républicains ou Démocrates, les autres 60% se proclamant "indépendants ". Jesse Ventura, ancien "lutteur " et candidat du Parti Réformiste a gagné les élections de Gouverneur du Minnesota de 1998 parce qu’il est parvenu à toucher les jeunes blancs, les "indépendants " de sexe masculin et parce qu’il a réussi à motiver les abstentionnistes, qui se sont inscrits, et ont voté. Patrick Buchanan pense que les partis politiques traditionnels ennuient terriblement ce groupe social et il espère reproduire le succès de Ventura à l’échelle nationale. Certains observateurs estiment que si le Parti Réformiste peut éviter la division entre Ventura et Ross Perot (N.D.T. : ancien candidat aux élections présidentielles) sur la candidature Buchanan, il pourrait alors rafler jusqu’à 12% des suffrages et décider du résultat de l’élection. Mais cela semble peu probable, car les deux courants du Parti Réformiste sont culturellement et politiquement incompatibles, (un courant sudiste populiste, l’autre nordiste réformiste).

Par conséquent, une candidature Buchanan apportera vraisemblablement ou une scission au sein du parti, ou une victoire tactique contre George Bush, assurant par la même occasion une victoire de Gore ou de Bradley.

John Mason 16 novembre 1999


Imprimer cet article | Cet article au format PDF

 

* *

[Retour à la page d'accueil]