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Sur ma route de New York vers le New Jersey, je vois le trou béant dans notre monde...
vendredi 21 septembre 2001

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21 septembre

Sur ma route de New York vers le New Jersey, je vois le trou béant dans notre monde, et je me demande combien il va encore s’élargir dans les jours qui viennent.

Devant moi, je vois une immense bannière américaine drapant un pont sur l’autoroute portant le slogan " These Colors don’t Run ! " (" Ces couleurs ne déteignent pas "). J’ai plutôt de la nausée que du ravissement devant ce chauvinisme primaire.

J’en viens à me demander si je perds le contact avec la nation. Est-ce que je ne suis pas tenté de m’enrôler dans "la croisade contre les malfaisants " de mon président. Dans ma colère, ai-je cherché la libération dans une orgie de sauvagerie de haute technologie dans le ciel de Kaboul, plus ample dans sa férocité que l’atrocité qui nous a frappés ? Je ne le crois vraiment pas. Je suis fier d’être new-yorkais et américain, et j’affirme que nous ne sommes pas des barbares - même si une vaste fraction de l’humanité nous considère comme tel et rien de plus.

Alors que veulent les Américains ? Je pense que notre état d’esprit peut être le mieux perçu dans la campagne de pétitions que vient de lancer l’organisation Move on (" Allons de l’avant "), exigeant " la justice, pas la terreur ". En ce moment des milliers d’étudiants se mobilisent sur des centaines de campus pour réclamer " la paix pour la justice ". L’opposition a enfin trouvé sa voix.

Nous voulons que soient pourchassés ceux qui ont ordonné la mort de milliers d’êtres humains. Mais de la même manière que les morts ne sont pas seulement les nôtres, la responsabilité de mener les assassins devant un tribunal et de le juger n’est pas que la nôtre seule. Nous voulons que justice soit faîte, et non des représailles aveugles.

Le dernier sondage de la chaîne MSNBC et du Wall Street Journal indique que 81 % des personnes interrogées souhaitent que le gouvernement attende d’être certain de l’identité des criminels avant d’agir. Pour la revue America and the World, seulement 17 % d’Américains souhaitent que les Etats-Unis agissent comme un " globo-cop " unilatéral et les trois quarts des sondés ne sont favorables à des interventions américaines outre-mer, qu’au cas où nous ferions partie d’une coalition multilatérale.

Aujourd’hui nous avons plus que jamais besoin de nos amis.

Nous avons besoin de l’expertise de vos services de renseignement, de la coopération de votre police et de vos tribunaux. Mais, par-dessus tout, nous avons besoin vos sincères conseils pour nous éviter de tomber dans le piège stratégique qui se profile devant nous.

L’expérience passée montre que les actions de Ben Laden se déroulent selon le principe "pas un coup mais deux ". Notre ennemi nous connaît trop bien. Il n’y a aucun doute qu’une riposte sous forme de frappes américaines massives a été prise en compte pour pouvoir porter le deuxième coup. Ce qui aurait pour effet d’enflammer l’opinion publique arabe et musulmane.

Et c’est là que se trouve le piège : le second coup accomplira le plan et précipitera " le choc des civilisations ".

Ceci doit être à tout prix évité. Je crois que seuls les gouvernements qui s’opposent à la ruée aveugle de Bush vers la guerre se révéleront comme étant nos vrais amis. Quant au reste - l’arrestation de Ben Laden, et de ses troupiers - tout cela prendra du temps, beaucoup de coopération internationale et, par-dessus tout, un changement radical d’orientation de notre diplomatie.

John Mason

(Traduit et publié dans l’Humanité


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