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Projet de loi "économie numérique" : retour sur la responsabilité des hébergeurs
mardi 19 novembre 2002

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Du point de vue de la " régulation " des activités en ligne, projet de loi relatif à l’économie numérique (LEN), rédigé par le Secrétariat d’Etat à l’Industrie (qui fait actuellement l’objet de discussions interministérielles) n’est rien d’autre que le projet de loi sur la société de l’information (LSI),... amputé (notamment) de l’accès aux données publiques essentielles.

Pour le reste, le Gouvernement souhaite par ce texte abroger l’amendement Bloche sur la responsabilité des prestataires d’hébergement, qui certes n’était pas parfait, mais qui avait le principal mérite de confier au seul juge - dont je rappelle qu’il est le gardien des libertés (Art. 66 de la Constitution) - le soin de se prononcer sur le caractère illicite ou non d’un contenu en ligne. Avec le texte préparé par le Gouverment - dans sa version actuelle qui n’est bien entendu pas officielle - les hébergeurs vont devenir les premiers " juges de proximité " de l’internet. Ce qui signifie concrètement que - dès qu’ils auront connaissance du caractère illicite d’un contenu - ils devront en interdire l’accès.

Un simple prestataire technique devenant un premier degré de juridiction dans un domaine aussi sensible que la liberté d’expression, c’est tout de même bien pire que le projet Perben et ses notaires de province transformés en juges de paix.

L’honnêteté intellectuelle impose de dire qu’il s’agit là de la transposition - à l’identique - de la directive européenne du 8 juin 2000 sur le commerce électronique. La France, respectueuse de ses engagements communautaires, se doit - nous dira t-on - de transposer ce texte sans trop en débattre. Or, les choses sont (heureusement) plus complexes que ça. Car il existe des principes bien supérieurs à n’importe quelle directive européenne.

J’ai déjà cité l’article 66 de la Constitution de 1958 sur le rôle du juge. Mais il y a aussi l’article 6 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme (CEDH), qui dit la chose suivante : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. " Il s’agit du droit à un procès équitable. Sera t-il bafoué par la France comme il l’est par la directive sur le commerce électronique ? N’étant pas d’un naturel défaitiste, je suis convaincu qu’une large mobilisation peut faire changer le cours des choses. Ce sera l’acte de baptême de Jean-Pierre Raffarin dans le monde de l’internet. (CR

L’AFA en position délicate

L’Association des fournisseurs d’acces (AFA), dans son communiqué, fait un accueil positif au discours de JP Raffarin.

" S’agissant des actes et contenus illicites qui peuvent menacer la sécurité des Français, l‚AFA se félicite également que le gouvernement fasse le choix de la lutte contre les auteurs de ces actes. En adoptant comme objectif la poursuite et la sanction des responsables de crimes et délits et en réaffirmant que les intermédiaires techniques ne sont pas responsables des agissements des personnes qui utilisent leurs services, les pouvoirs publics se donnent les moyens de protéger et de rassurer les citoyens, et de libérer les énergies de tous les acteurs, dans un cadre républicain. "

L’AFA est en position délicate pour se battre sur ce sujet. Elle a en effet très peur que soit remise en cause l’exonération de responsabilité des fournisseurs d’accès si jamais elle décidait d’attaquer frontalement le projet, en ce qui concerne la responsabilité des fournisseurs d’hébergement. D’un point de vue plus trivial, il est tout aussi évident que les membres de l’AFA (FAI, hébergeurs, annuaires, portails,...) ne sont pas tous sur la même ligne, car ils ne défendent pas tous les mêmes intérêts.

Résultat concret et immédiat : l’AFA choisira vraisemblablement de se battre sur la rédaction du texte - avec cette réthorique de la virgule et de l’alinéa qu’affectionnent tant les juristes - plutôt que de placer le débat sur le terrain des principes. (RK)


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