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Vous êtes ici : Accueil > Dossiers et débats > Chroniques > Voir loin agir proche. La chronique de Christian Sautter > Le Prestige, cette horreur économique ... | |
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vendredi 22 novembre 2002 Imprimer cet article | Cet article au format PDF
Ce bateau-poubelle cumulait tous les défauts. Il était techniquement périmé, avec ses vingt-six ans d’âge et sa coque simple. Il avait un armateur grec et un affréteur russe. Il était immatriculé en Suisse par un courtier travaillant à Londres. Il transportait une cargaison de 77000 tonnes d’un fioul de qualité innommable de Saint-Petersbourg à Singapour. Cette épave ambulante, qui a coulé au large des côtes du Portugal, incarne tous les défauts d’une mondialisation anarchique, où l’on retrouve la négligence technique des normes de sécurité les plus élémentaires pour des raisons de pure profitabilité à court terme, le désordre commercial d’un marché londonien du brut où opèrent des traders marginaux sans foi ni loi, le paradis fiscal de la Suisse, qui n’est pas regardante sur les sociétés qu’elle abrite. Face à cette catastrophe, qui se repète trop souvent, parce que le système de non-régulation mondiale est vicié à la base par l’omniprésence des intérêts financiers, il y a trois attitudes possibles.
Pourquoi cette lenteur d’exécution ? Certains pays qui arment des flottes parfois vétustes (la Grèce ?) ont probablement voulu protéger leurs intérêts économiques et leurs emplois (même si les équipages sont de plus en plus philippins). Et la règle de l’unanimité leur a donné un pouvoir exorbitant de blocage des décisions. La faiblesse politique de l’Union européenne et la force des groupes de pression économiques se sont conjuguées pour amener cette catastrophe qui serait intervenue tôt ou tard.
Plutôt que de s’époumonner sur les oiseaux migrateurs, elle ferait mieux de s’intéresser aux fléaux migrateurs. Il n’est pas difficile d’interdire l’espace maritime européen à ces poubelles flottantes. Le "Prestige" est passé par la Manche où tous les mouvements de navire sont surveillés mais où les autorités nationales n’ont pas le pouvoir d’arraisonner ces rafiots, s’ils ne viennent pas volontairement à quai dans un port. Cela suppose évidemment que ces questions vitales puissent être décidées à la majorité des pays et non pas à l’unanimité. Comme quoi, le drame du "Prestige" nous ramène à l’exigence d’un Europe fédérale. Le contrôle de l’espace maritime comme celui de l’espace aérien sont à l’évidence des compétences fédérales, qui doivent être confiées à des agences fédérales, travaillant dans le cadre de directives votées à la majorité par les Etats Unis d’Europe. Combien faudra-t-il de catastrophes maritimes et peut-être aériennes pour que les Etats, soumis aux pressions des grands intérêts et aux pesanteurs des corporations d’agents publics, transfèrent certains de leurs pouvoirs à un gouvernement européen puissant et travaillant sous le contrôle d’un Parlement élu au suffrage universel et d’une Chambre où les Etats seraient également représentés ? Combien faudra-t-il de scandales de l’argent sale, de la drogue, du terrorisme, des mafias, des forbans, pour que l’on s’attaque enfin aux paradis fiscaux qui existent autour de l’Europe (Suisse) mais aussi en Europe, comme la mission parlementaire de Montebourg l’a prouvé (Liechtenstein, Monaco, Jersey, Luxembourg, etc) ? Le seul mérite du "Prestige" est de nous pousser à l’audace pour les prochaines élections européennes de 2004. Face aux fatalistes, aux nostalgiques et aux velléitaires, qui se dressera pour une Europe fédérale de la sécurité écologique et du plein emploi ? Christian Sautter
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