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Démocratie virtuelle à Issy
A PROPOS DE LA CYBERELECTION DES COMITÉS DE QUARTIER (11 DECEMBRE 2002)
jeudi 12 décembre 2002

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Cobayes technologiques oui, citoyens floués non, ou les techniciens prennent le pouvoir

Le projet Cybervote, projet financé par la communauté européenne (contrat IST-1999-20338, vous pouvez leur dire ce que vous pensez de l’utilisation de l’argent public sur IST@cec.eu.int ) est piloté par EADS. (numéro 2 mondial de l’industrie aéronautique et de défense).

Après l’échec d’un premier scrutin public à Brème la semaine dernière, Cybervote avec la complicité du maire d’Issy-les-Moulineaux organisait les élections des représentants des habitants dans les comités des quatre quartiers de la ville. Ces comités de quartier auront à gérer 10% du budget d’investissement de la ville. Ils auront également une ligne budgétaire pour leurs dépenses de fonctionnement.

Cette élection est donc le premier test grandeur nature du dispositif. Dans la propagande pré-électorale distribuée pour l’occasion, dans tous les bulletins municipaux, il était indiqué que l’on pourrait voter de n’importe quel ordinateur connecté à internet. Tout le monde pouvait voter et être candidat, il suffisait de se porter volontaire avant la fin novembre.

Sur les 53 000 habitants, environ 42 000 ont plus de 18 ans. 1 444 personnes se sont inscrites comme électeurs.

Hier 11 décembre donc, des " bureaux de vote " virtuels sont ouverts dans différents bâtiments publics. Dès 9 heures, on commence à voir poindre les problèmes.

Ceux qui tentent de se connecter de chez-eux ont la mauvaise surprise de voir qu’il leur faut télécharger en 30 minutes environ l’application qui leur permettra de voter. Ceux qui n’ont pas un PC tournant sous windows ne peuvent pas accéder au dispositif.

C’est mon cas. Contactant le numéro d’urgence mise en place par la municipalité, on me dit que " on vient de découvrir le problème ". Ce que me confirmera un adjoint de la direction générale en début d’après-midi, me réaffirmant que la société qui gère le dispositif (Spider Business) lui a garanti la veille que cela fonctionnait sur toutes les plateformes.

Entre temps, on apprend que ceux qui tentent de se connecter depuis leur entreprise que l’application n’est pas acceptée par les coupe-feux. Tout réseau protégé refuse l’accès de ses machines à cette application. Que Windows NT ou XP n’est pas reconnu....

Des messages plus ou moins constructifs se déposent sur le forum de Cybervote.

Bref, la technique n’est pas du tout au point, ce qu’admettra le responsable du projet chez EADS dans ses mails de la soirée aux internautes frustrés.

En désespoir de cause, et surtout parce que je veux maintenant tout savoir des premiers hoquets de la démocratie virtuelle, je suis allé voter dans un " bureau de vote ".

Rien à redire : personnel pour aider à manier le mulot, interface presqu’humaine, à condition de se plier à l’ergonomie informatique.

Une fois branché, on peut voter, en fait on est obligé de voter. Quatre noms obligatoires : les bulletins blancs ou incomplets sont rejetés. On peut aussi envoyer son vote deux fois ce qui plante la machine, mais bon, ça marche pour celui qui a une mini culture informatique.

Voilà les aspects techniques : cybervote de chez soi, c’est bien si tu sais parler un peu informatique, si tu as un PC sous windows avec un abonnement ADSL et si tu as du temps à perdre.

Pour les autres, les plus nombreux, reste d’aller au bureau de vote, ce qui pour un vote par internet n’est pas d’un grand progrès.

Et la démocratie dans tout ça ?

Ahh la démocratie. Manifestement ce n’est pas le souci des techniciens. Dans les bureaux de vote, l’électeur ne peut pas s’isoler. Les écrans sont tournés vers la salle, les personnes qui votent sont entourées de ceux qui les aident. Voter devient un acte public.

Le dépouillement a également été un grand moment : les scrutateurs étaient sous le contrôle complet des techniciens qui leur indiquaient la marche à suivre car il n’y avait aucun moyen de se passer de l’informaticien de service.

Le maire a présenté les résultat en saluant la performance de les connaître 15 minutes après la fin des opérations de vote.

42 000 personnes - 1 444 électeurs - 860 suffrages exprimés, pour leur écrasante majorité dans les bureaux de vote. (le nombre de vote exprimés depuis une autre machine semble tenir du secret défense). Trier 860 fiches en 4 séries sur les 4 noms les plus cochés me semble à la portée du premier tableur venu en moins de 15 minutes, mais quel sera le bilan pour une élection à plusieurs milliers de participants ?

En conclusion. discriminations technologiques, possibilités d’orienter les votes dans les interventions humaines, mauvaise information des électeurs en amont, inégalité des électeurs dans le processus, tout cela fait que le résultat de l’élection n’a aucun sens, que cela ressemble à une grosse farce.

Or cette possibilité d’annulation gène Stéphan Brunessaux, le responsable du projet CyberVote chez EADS. Il reconnaît les faiblesses techniques de son dispositif. Il s’abrite derrière la technologie et met en cause l’équipement des particuliers, les pressents de mauvaise foi et affirme qu’il faut malgré tout valider les résultats électoraux. Pourquoi ? pour qui ?

Cobayes technologiques oui, citoyens floués non

Ce vote d’Issy montre que la cyberdémocratie est encore virtuelle, que ce n’est pas au point. C’est le vrai enseignement de l’expérimentation d’hier. Acceptons le comme tel. Il faut maintenant que ceux qui l’ont autorisé (Communauté européenne qui finance, Commission nationale Informatique et Liberté) en tirent toutes les conséquences. C’est la seule façon de progresser.

Mais en attendant, quelle légitimité ont celles et ceux qui ont été élus dans ces conditions contestables pour engager nos impôts ? Un tirage au sort aurait sans doute été plus "juste" et moins cher. Quel recours possible ? Faut-il saisir un juge ?

Pour finir, je me demande toujours pourquoi la CNIL a autorisé ce scrutin alors qu’elle a refusé celui du collège patronal des prud’hommes qui s’est donc déroulé normalement avec vote électronique " pour de faux " à coté. Aurait-elle eut un doute sur la légitimité du résultat aux prud’homales ? LP


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