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Vous êtes ici : Accueil > Dossiers et débats > Economie, technologie, croissance, logiciel, emploi > A propos de la nouvelle économie... > La nouvelle économie : un mythe techno-libéral (2) | ||
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lundi 14 octobre 2002 Imprimer cet article | Cet article au format PDF 3. Assiste-t-on, avec les NTI et la netéconomie, à une révolution d’ampleur comparable aux révolutions industrielles du passé ? D’abord, ceux qui définissent la nouvelle économie à partir de l’ensemble de l’informatique, d’Internet et des télécommunications devraient eux aussi réviser leur histoire : le téléphone date du siècle dernier, les ordinateurs et les systèmes lourds de traitement de l’information sont apparus à la fin des années 40, leur développement massif au sein des grandes entreprises remonte aux années 60, et les réseaux informatiques internes aux entreprises datent des années 80, tout comme les réseaux d’EDI (échanges électroniques de données entre les entreprises). Il y a bien, avec Internet, du nouveau ces dernières années du côté de la production et des échanges, mais c’est une vague de nouveauté venant s’ajouter à d’autres vagues antérieures. L’ensemble de ces vagues cumulées représente sans nul doute une authentique révolution, la révolution numérique, concernant tous les secteurs. Il reste à savoir si c’est une révolution comparable aux grandes révolutions du passé, en particulier la seconde révolution industrielle, fondée sur des inventions mises au point et diffusées dans les dernières décennies du XIXe siècle et dans les premières décennies du XXe siècle. Je suis sur ce point de l’avis de Robert Gordon, et je recommande vivement la lecture de son papier édifiant, disponible lui aussi sur le site personnel de l’auteur. Avec les NTI et Internet, on est très loin d’avoir une révolution d’ampleur comparable, selon tous les critères utilisés par Gordon.
Dans un papier présenté il y a un an à un colloque international de comptabilité nationale, le chercheur hollandais Bart Verspagen, spécialiste de l’économie de l’innovation, a présenté une belle analyse de très longue période de l’économie américaine. Son objectif était de tester la dimension plus ou moins "pervasive" (c’est-à-dire l’influence transversale dans l’ensemble du système productif) des NTI, en la comparant à l’influence passée d’autres technologies. Verspagen s’appuie sur les tableaux d’entrée/sortie des comptes nationaux américains depuis 1919, et c’est sur cette base (évidemment discutable elle aussi, mais néammoins digne d’intérêt) qu’il fonde son diagnostic d’influence transversale de telle ou telle technologie ou secteur. Il distingue des impacts en amont et des impacts en aval de chacun des secteurs. Il montre ainsi que, entre les deux guerres et jusqu’en 1992, contrairement à toute attente, le secteur le plus "influent" (pervasive) en ce sens a toujours été celui de l’acier et des métaux, avec une bonne position atteinte à partir de 1982 par la branche "pétrole et gaz". C’est à partir du début des années 60, c’est-à-dire depuis assez longtemps - résultat lui aussi surprenant pour ceux qui oublient l’histoire - que l’on voit figurer les secteurs producteurs des NTI à une place honorable dans le classement. Honorable mais sans plus, puisque, sur les 46 secteurs de ce découpage, on les trouve vers la vingtième place en 1967 et vers la quinzième en 1992, 25 ans plus tard. Une des conclusions de ce papier est que les nouvelles technologies sont loin d’avoir un degré d’impact comparable aux anciennes et que, je cite l’auteur, "elles ne bouleversent pas véritablement la structure économique". Ajoutons un argument non économique : si l’on pense que les grands conflits géopolitiques contemporains sont souvent liés à la maîtrise de ressources clés pour l’accumulation du capital, alors il faut bien constater que la majorité des grands conflits récents, sans parler des guerres annoncées, n’ont guère à voir avec la maîtrise de l’information et du savoir, si importante cette maîtrise soit-elle, mais qu’elles ont en revanche une forte odeur de pétrole, et plus généralement de ressources naturelles...
Nous avons tendance à l’oublier parce que, en tant qu’économistes, nous sommes souvent victimes d’un "biais de problématique" qui nous focalise sur la production, le travail, l’organisation, l’innovation technologique de production, etc. Les modes de production et de travail sont valorisés, les modes de vie sont laissés aux sociologues et aux spécialistes du marketing, entre autres. Pourtant, les grandes révolutions du passé ont été marquées par des bouleversements considérables des conditions de vie, elles aussi fort bien retracées par Gordon. Sans pouvoir développer, il suffit de dire que, parmi les innovations de la période fordiste qui ont eu le plus d’impact sur les modes de vie, on trouve le logement, la voiture, la radio, la télévision, le téléphone et le tourisme de masse. Jamais, à mon sens, l’informatique et la netéconomie n’auront un impact comparable sur la transformation des conditions de vie, des modes de vie, de l’emploi du temps, du rapport à l’espace et aux autres cultures. On peut citer à nouveau Robert Gordon : "Est-ce que, aujourd’hui, l’accès à Internet se compare à l’exaltation qu’a pu produire le premier contact en direct avec le monde extérieur par la radio au début des années 20, ou par la télévision à la fin des années 40 ?". Et l’on peut ajouter : est-ce que cela peut se comparer à l’impact (positif ou négatif) qu’a eu l’automobile (et plus généralement les transports motorisés) sur les modes de vie, sur tous les aspects de la civilisation urbaine et de l’organisation des villes, sur les implantations commerciales, sur les loisirs, sur l’occupation de l’espace national ? La liste est longue des innovations du XXème siècle qui ont vraiment changé la vie. Supposons que l’on pose aujourd’hui les questions suivantes aux femmes, mais aussi aux hommes : d’après vous, qu’est-ce qui a le plus changé la vie des gens ? Les moyens de contraception modernes, ou l’ordinateur et Internet ? Si vous aviez à ne retenir que l’une de ces deux innovations, laquelle choisiriez-vous ? Il est possible que cette question soit jugée stupide par certains économistes, mais il me semble que la radicalité d’une innovation doit aussi être mesurée à l’aide de tels jugements. Lorsqu’on parle de révolution, on ne peut pas s’en tenir aux seuls critères de la production, de son organisation, ou des nouveaux marchés, si importants soient-ils. Il faut aussi se pencher sur ce qui révolutionne les rapports sociaux et la vie quotidienne. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la principale limite des nouveaux usages d’Internet et de l’informatique par les ménages est le temps disponible, et la substitution de ces nouvelles pratiques à d’autres, dont la télévision et les formes diverses de loisir. Cela ne se fera probablement que lentement, et dans des proportions limitées. Le temps de travail et de transport diminue dans certains pays, mais il continuera à peser lourd, et, aux Etats-Unis, le temps de travail par personne a progressé de l’équivalent d’un mois de travail en 25 ans, de sorte que le temps de loisir a fortement diminué. Tout cela ne conduit pas à diagnostiquer une nouvelle grande révolution de l’histoire économique, contrairement à ce qu’ont affirmé les porte-parole des groupes d’intérêt économique qui ont le plus investi dans la soit disant nouvelle économie. On peut les comprendre, ils défendent leur business et leurs actionnaires, ils font leur métier (pas toujours très bien d’ailleurs, comme on l’a vu avec la déroute de nombre d’entre eux), mais je ne peux pas les suivre... justement parce que j’essaie de faire le mien. 4. A-t-on des exemples dans le passé de mythes semblables qui se sont effondrés ? Depuis la seconde guerre mondiale, on n’a aucun équivalent de la bulle boursière de ces dernières années, sauf peut-être au Japon à la fin des années 80, mais un seul pays était alors concerné. Mais sur le plan de la spéculation intellectuelle et des croyances collectives en la magie des NTI, il existe en France un précédent, au demeurant très instructif pour réfléchir à la situation présente : c’est celui qui a concerné, à la fin des années 70 et au début des années 80, le débat sur l’informatique et sur son impact que l’on croyait alors considérable. Si l’on relit le document de base du mythe informatique français de cette époque, le rapport Nora-Minc publié en 1978, on peut dire que les auteurs de ce rapport, qui s’étaient entourés d’un groupe d’experts de haut niveau, se sont lourdement trompés sur presque toutes leurs prévisions. Ils voyaient dans l’informatique une révolution, plus importante que celle de la machine à vapeur, des chemins de fer et de l’électricité, qui allait provoquer des gains de productivité énormes. C’est exactement l’inverse qui s’est produit à partir de la fin des années 70. Ils annonçaient la fin de la création d’emplois dans les services. Or la part des services dans l’emploi total en France est passée de 57 % en 1980 à plus de 70 % aujourd’hui. Ils prévoyaient la diminution de l’activité postale. Elle n’a cessé de croître, et cela continue actuellement. On allait selon eux assister à la réduction inéluctable des effectifs des secrétaires. Ils ont beaucoup progressé. Ils annonçaient un fort déclin de l’emploi dans les banques et les assurances. Cet emploi a continué à progresser au cours des années 80. La principale différence entre la situation du début des années 80 et celle de la fin des années 90, celle qui explique que l’on n’ait pas connu alors de bulle boursière autour des perspectives magiques de l’informatique alors que la spéculation intellectuelle allait bon train, réside dans la nature, dans les institutions et dans les comportements (ou conventions) du système financier et boursier. Il était alors fortement régulé, dominé par les banques et par les Etats, soumis à des règles de prudence et à des normes nationales strictes, assez peu globalisé (pour d’autres développements, voir les chapitres 6 et 7 de mon livre). Et la "gouvernance" des entreprises était aussi fondamentalement différente, beaucoup moins influencée par le pouvoir des actionnaires et par le "court-termisme". Ceux qui écrivent qu’après tout, les grandes innovations du passé se sont souvent accompagnées de bulles boursières parfois spectaculaires (comme dans le cas des chemins de fer), et donc que la bulle de la nouvelle économie fait plus ou moins partie de l’ordre des choses d’un capitalisme qui aurait toujours fonctionné ainsi, font de la mauvaise histoire. Non, le capitalisme n’a pas toujours fonctionné ainsi. Pendant les cinquante années qui ont suivi la seconde guerre mondiale, il y a eu des innovations majeures (dont l’informatique) qui auraient pu déclencher des bulles financières de très grande ampleur. Or il n’y en a pas eu, en raison principalement de la forte régulation de la finance et du mode "managerial" (et non pas actionnarial) de gouvernance des grandes entreprises. D’une certaine façon, la bulle de la nouvelle économie est l’indice d’une régression historique, une régression de la régulation et de la gouvernance, de la maîtrise sociale et politique de l’économie, par rapport aux années 50 à 80. 5. Si la nouvelle révolution n’est pas celle des NTI, que sera-t-elle ? Répondre à une telle question revient à pratiquer une spéculation intellectuelle comparable à celle que l’on dénonce, voire plus hasardeuse encore... Mais je prends le risque de formuler des hypothèses. Une grande révolution est, dans l’histoire économique, une période de plusieurs décennies où l’on assiste à des changements radicaux à la fois des modes de production et de travail, des biens et des services produits et consommés, et des modes de vie et des relations sociales, et ce dernier point n’est pas le moins important. Une révolution en ce sens révolutionne la vie des gens et leurs relations sociales. De ce point de vue, je ne crois pas, contrairement au courant néoschumpeterien, qu’il faille nécessairement associer une telle révolution au passage d’un paradigme technologique à un autre, qui serait, aujourd’hui ou à l’avenir, le paradigme numérique ou informationnel. C’est une condition qui n’a pas été remplie dans le passé. La seconde révolution industrielle, en particulier, a vu la conjonction de plusieurs "clusters" ou groupes d’innovations ne formant pas paradigme (voir Gordon avec ses cinq "clusters").
Selon cette hypothèse, la prochaine révolution comparable à celles du passé, si révolution il y a, ne pourrait changer de façon aussi radicale la vie individuelle et sociale que si elle n’est pas principalement fondée sur la technologie et sur la croissance à fondement technologique, qui ont des rendements décroissants en bien-être, en qualité de vie, du travail, de l’environnement, et en potentialités d’innovations sociales, comme le montrent de façon convergente les grands indicateurs de développement social et de développement durables qui commencent à être produits à l’échelle internationale depuis les années 90 . Cette éventuelle révolution se fonderait au moins autant sur des innovations sociales et institutionnelles que sur des innovations technologiques. Elle serait post-croissance, au sens de la croissance quantitative, elle répondrait à des exigences de qualité des biens, du travail, du lien social, de l’environnement et du cadre de vie. Elle valoriserait le temps libre actif, le bien-être, le développement durable, elle s’appuierait sur des indicateurs de bien-être et de développement social et humain durables. Elle ferait jouer un rôle majeur à la culture, à l’éducation, à la santé, aux loisirs, à l’action sociale, à la communication, et les nouvelles technologies actuelles et futures, qui viendraient en appui à ces exigences, seraient moins des outils de productivité que des instruments de qualité, de diversité, de développement humain et social. Évidemment, l’observation de la situation actuelle peut faire apparaître ces hypothèses comme la manifestation d’un délire idéaliste. Pourtant il y a des indices, des initiatives, des recherches, des mouvements sociaux pour l’instant dominés, qui portent de telles idées et qui ont marqué des points depuis le milieu des années 90. Dans la réflexion sur une éventuelle nouvelle grande révolution, de telles innovations sont au moins aussi importantes à considérer que les innovations technologiques. Nous restons imprégnés d’une pensée, qui remonte aux économistes classiques et à Marx, où les techniques et les forces productives sont toujours les facteurs qui déclenchent les révolutions (appelées d’ailleurs révolutions industrielles), ou qui en préparent les conditions "infrastructurelles". Je n’exclus pas l’hypothèse que la prochaine éventuelle révolution de l’histoire économique et sociale soit associée à une révolution de ce paradigme de la révolution, un paradigme industrialiste et technologiste. Conclusion : laissons aux idéologues la notion de nouvelle économie Je voudrais préciser pour conclure pourquoi, en tant que chercheurs, nous devrions cesser de parler de "nouvelle économie", et privilégier l’utilisation de catégories scientifiquement défendables, correspondant à des domaines assez bien circonscrits : netéconomie, économie des nouvelles technologies de l’information (NTI), économie du savoir ou de la connaissance, économie du multimédia, économie du logiciel, autant de catégories distinctes que l’on peut hiérarchiser et adapter en fonction des objets de recherche et des objets des politiques de développement. Les deux principaux inconvénients de la notion de "nouvelle économie" pour nous, chercheurs, mais aussi pour les entreprises et pour les pouvoirs publics, sont à mon sens les suivants.
Au cours de la bulle boursière et médiatique, "nouvelle économie" a été plus ou moins assimilée au NASDAQ ou à des indices semblables, donc à un secteur d’entreprises dont on s’attendait à ce qu’elles connaissent une croissance fabuleuse en raison de la diffusion massive d’Internet et des innovations de services organisées autour de cet outil. Le seul fait d’ailleurs de créer le NASDAQ a été une innovation institutionnelle, dans le champ de la Bourse, qui a eu des conséquences assez désastreuses sur la vision globale de l’économie comme coupée entre l’ancien et le nouveau, et par la suite sur la spéculation autour du nouveau, ainsi catégorisé, et dont on disait qu’il allait plus ou moins absorber l’ancien, selon un processus de "destruction créatrice". Or, si la révolution numérique est une vraie révolution dans la production et le travail (même si on exagère sa portée, car il existe de nombreuses activités et secteurs où elle ne joue qu’un rôle réduit), c’est d’abord parce qu’elle concerne aussi bien les entreprises vraiment spécialisées dans la netéconomie, le multimédia et l’informatique, que les entreprises des autres secteurs qui utilisent Internet et l’informatique comme outils pour créer de nouveaux services internes et externes, et pour s’organiser. Je vais plus loin : les principaux vainqueurs de l’épisode "nouvelle économie" de ces trois dernières années, sont les grandes entreprises de la soi-disant ancienne économie. Ce sont principalement elles qui ont récupéré la mise, récupéré l’outil, et qui vont continuer à le développer, notamment parce qu’elles disposent pour le faire d’un capital existant de clients fidèles. Le gros de la soi-disant nouvelle économie est aujourd’hui dans la soi-disant ancienne économie, qui a ajouté ces nouveaux outils à sa palette d’outils de production et à sa palette de services. Même si, et c’est fort bien, des PME dirigées par des gens talentueux ont réussi à passer le cap douloureux de ces deux dernières années. Quels sont les dangers pratiques de cette opposition entre ancienne et nouvelle économie ? Il y a bien évidemment les risques de surinvestissement dans ces activités, des risques dont on commence seulement à entrevoir l’ampleur. Mais il y a aussi le risque que certaines politiques publiques d’aide à la création entreprises et à la création d’emplois ciblent tellement leurs dispositifs sur ce pseudo secteur que cela produise des distorsions et donc de l’inefficacité pour un développement national ou local qui a tout autant besoin, par exemple, d’innovations dans des services de proximité (non ou très peu technologiques) que de créations d’entreprises dans le secteur des NTI.
Le terme de nouvelle économie n’a pas seulement été utilisé pour désigner un secteur d’entreprises, il a aussi servi à véhiculer l’idée qu’il y avait de nouvelles lois de l’économie et de la gestion des entreprises, et de nouvelles lois de leur valorisation boursière, qui aboliraient les anciennes lois et normes de gestion, et qu’on allait pouvoir s’affranchir de toute une série de "contingences". C’est pour avoir cru cela (mais on leur a fait croire) que la majorité des "start-up" sont devenues des "start-down" en deux ans. Je ne nie pas que l’on trouve, par exemple dans l’économie du logiciel et dans l’économie des sites Internet, des "modèles économiques" (ou "modèles d’affaires", "business models"), ayant certaines spécificités, en particulier du fait que la duplication et la diffusion ont souvent un coût très faible, et que les coûts principaux sont du côté de la conception, du marketing (et de la logistique quant il s’agit du commerce électronique de biens physiques). On a en effet des structures de coûts et d’investissements en partie spécifiques, mais en partie seulement. Pour autant, ces entreprises restent soumises à de dures lois et normes qu’elles ont complètement oubliées au moment de la bulle, et qui sont des lois communes. Je me souviens de débats organisés en France en 2000 avec des experts, consultants et dirigeants du secteur de la soi-disant nouvelle économie. Voici ce qu’ils affirmaient : la création de valeur n’est plus du côté des grandes structures privées ou publiques, elle est du côté des start-up, parce que "leurs membres sont libérés des contingences, du passif et des inerties que représentent, dans une entreprise classique, la direction du marketing, le circuit de distribution, etc.", "les ressources humaines sont extrêmement faciles à gérer", etc. De telles croyances ne sont pas pour rien dans l’effondrement spectaculaire d’entreprises qui pensaient pouvoir abolir un certain nombre de règles de bon sens, telles que : conquérir un client cela coûte, surtout dans ce genre de métier et pour de nouveaux entrants ; garder un client cela coûte et c’est particulièrement difficile sur Internet ; distribuer, c’est un métier et cela coûte ; fidéliser du personnel et des collaborateurs, c’est important, difficile et coûteux ; proposer des services gratuits sur le net en comptant sur des ressources publicitaires ou sur la vente de fichiers de clients, c’est extrêmement risqué car les rendements de la publicité sur un média aussi volatile sont très faibles, surtout si ces ressources proviennent d’autres sites tout aussi fragiles ; le fait d’accumuler des pertes énormes n’est pas forcément un indice de profits futurs substantiels, etc.
Jean Gadrey Université de Lille 1 jean.gadrey@univ-lille1.fr Colloque de l’Association d’Économie Politique, Montréal, Québec, 17-18 octobre 2002
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