Pour Dana Diminescu, chercheuse en sciences sociales à la Maison des Sciences de l’Homme à Paris, c’est la figure de l’étranger " déraciné " qui disparaît avec le développement des nouvelles technologies.
Alors que les anciennes générations d’immigrés devaient " couper leurs racines avec leur milieu d’origine ", tout en restant " en marge de la société d’accueil ", les nouveaux migrants gardent les liens et restent présents " ici et là-bas ", écrit-elle dans la revue " Hommes et migrations ".
Au cybercafé du quartier de la Goutte d’Or au nord de Paris à forte poulation étrangère, des immigrés passent " deux, trois fois par semaine, comme ils vont à la boulangerie ". Ils consultent leur courrier électronique, écrivent à leur famille, font un CV ou une lettre administrative. A 8 centimes d’euros la minute, les migrants y trouvent leur compte. Le seul frein à l’expansion des liaisons internet réside , dans l’état du développement des cybercafés dans les pays d’émigration.
Ainsi, la visiophonie en liaison avec le Sénégal, installée avec succès à Vis @ Vis, qui permettait aux interlocuteurs de se voir sur écran, est aujourd’hui interrompue, depuis la fermeture du cybercafé qui réceptionnait à Dakar. Partis " de zéro " il y a deux ans, quand s’est ouvert Vis @ Vis, les immigrés de la Goutte d’Or se servent aujourd’hui des nouvelles technologies sans complexe, à condition pourtant d’être à peu près à l’aise avec l’écrit. " Les gens qui ne savent pas écrire n’osent pas venir et demander de l’aide, il faudrait des écrivains publics ", explique le gérant de Vis @ Vis.
Peu coûteux, le réseau Internet est devenu aussi un outil majeur de circulation de l’information et de liberté d’expression des diasporas, disséminées dans le monde. L’exilé politique n’est plus aujourd’hui isolé. La revue Migrations fait état aussi de la multiplication des sites, notamment d’artistes engagés, de festivals parfois interdits.
Un dissident chinois, Chongguo Cai, tempère en affirmant : " Internet est en train de changer le monde, mais le monde ne peut changer seulement par Internet. Il reflète en partie la vérité, la cache aussi en partie ".
Quant au téléphone portable, il fut le symbole du mouvement des sans-papiers de 1997, l’indispensable outil de communication des porte-parole, Ababacar Diop et Madjiguène Cissé.
Pourtant, les sans-papiers ou personnes démunies disent aussi hésiter à l’utiliser publiquement.
Indispensable et souvent utilisé de façon communautaire, comme par les immigrés Roumains en France, le portable est encore, pour une bonne partie de l’opinion publique française, un signe de richesse, et donc, jugé incongru entre les mains d’immigrés.