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2003

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Contribution 06 - construisons un autre monde

Martine Aubry et le club Réformer. (...)

Même si nous ne le savons pas, nous sommes tous des citoyens du monde. Et ce monde, nous le voulons juste, organisé, doté et respectueux de règles, car la crise que connaissent les sociétés développées est aussi l’expression de la perte de repères dans un monde menacé et menaçant.

Alors être internationaliste aujourd’hui, c’est penser et définir les instruments d’une politique à l’échelle internationale, pour rendre possible la régulation sans laquelle règne l’anarchie, et pour poser les fondements d’un monde nouveau, plus juste.

Plusieurs réalités ou menaces freinent à ce jour la construction de ce monde.

-  La menace de la guerre et du terrorisme. Il nous faut instaurer de nouvelles règles de prévention et de règlement des conflits pour garantir durablement la paix dans le monde. Mais comment avancer quand le pays le plus puissant bafoue les principes du droit international pour organisation la prison de Guantanamo, ou quand il veut s’exonérer de l’action de l’ONU pour faire la guerre à l’Irak ?

-  La menace liée aux désordres induits par le nouveau capitalisme, transnational et essentiellement financier. Il nous faut réfléchir au respect des règles de saine gestion par les dirigeants, à la protection des travailleurs et aux migrations internationales, à réglementer encore mieux le commerce et la concurrence tout en rééquilibrant la place des normes sociales et environnementales dans la hiérarchie internationale, réfléchir à une réelle architecture financière mondiale et à organiser le commerce électronique et les règles de la propriété intellectuelle.

-  La menace de la pauvreté. On ne peut regarder plus longtemps tout un continent, l’Afrique, s’enfoncer chaque jour un peu plus dans la misère et compter ses morts de faim ou du Sida. Comme humanistes et comme socialistes, nous devons nous attaquer aux causes du mal : il est temps pour les pays développés d’admettre que les pays du sud entrent pleinement dans le jeu et retrouvent la maîtrise de leur développement.

-  La menace de l’uniformisation. La mondialisation sera un vrai progrès si elle combat l’uniformisation culturelle, celle des modes de consommation et de production, et si elle respecte la diversité, la diversité culturelle. La mondialisation sera une réussite si elle respecte les différences et si elle s’en enrichit. Les socialistes ont le devoir d’être les militants de la diversité du monde.

-  La menace environnementale : la préservation et la valorisation de l’environnement requièrent l’action de tous. Notre responsabilité est engagée car de notre action d’aujourd’hui dépend l’avenir des générations futures. Le combat majeur est celui de la préservation des biens collectifs mondiaux (air, eau...) et de permettre l’accès de tous aux biens publics essentiels (eau, santé, éducation). Les socialistes sont écologistes !

Toutes ces menaces sont globales. Pour les conjurer, le changement doit donc être global et porter à la fois sur le fonctionnement des instances politiques internationales, sur l’impact des décisions internationales, sur la pertinence de l’action des Etats et des ensembles intégrés, en un mot sur une autre conception de l’organisation mondiale.

Avec ces menaces, se posent à nous, socialistes, le débat sur la globalisation libérale. Oui, comme socialistes, nous sommes tous des militants de la mondialisation , des militants internationalistes.

Mais nous sommes des opposants à la globalisation libérale, c’est-à-dire au laisser-faire, laisser-aller. Pour contrer cette globalisation, et mener à bien ce combat pour construire un monde plus juste et plus solidaire, qui respecte les différences, nous devons, par des propositions concrètes et des initiatives collectives, en finir avec l’idée d’impuissance si répandue aujourd’hui chez les citoyens, et chez certains décideurs. Oui, il est possible de mettre en place une réelle régulation économique et financière.

Nous socialistes devons faire entendre notre voix et convaincre autour de nous que le monde peut aller mieux. Nous devons, pour cela, défendre fortement nos positions :

Les instances politiques internationales doivent être profondément réformées

Le conseil de sécurité de l’ONU doit être revu, le système économique et financier doit être encadré et rééquilibré, les modes de règlement des conflits doivent être améliorés. Le rôle de l’Europe est ici majeur : les européens doivent se mettre d’accord pour renforcer leurs terrains d’influence et promouvoir la régulation.

La hiérarchie des normes doit être rééquilibrée.

Aujourd’hui dominée par les normes commerciales et financières, cette hiérarchie doit être changée en tenant compte des normes sociales et environnementales. On parle beaucoup de l’OMC et du FMI mais pas assez de l’OMS, de l’OIT et d’une agence mondiale de l’environnement qui reste à créer. La notion de biens publics mondiaux, représentatifs de l’intérêt général international, doit être valorisée au nom du développement durable que nous voulons pour notre planète.

Le développement des pays pauvres doit devenir une priorité dans les faits.

Les pays riches, et en premier lieu l’Europe, doivent enfin prendre à bras le corps la question du développement des pays du Sud. Ils doivent mettre en œuvre une meilleure répartition des ressources et des richesses, sans laquelle une grande part des menaces qui pèsent sur l’humanité ne pourront être éliminées.

Nous devons nous engager :
-  Pour l’annulation totale de la dette des pays les plus pauvres
-  Pour la mise en place de réelles politiques de développement passant par l’accès à l’éducation et à la santé pour laquelle un fonds mondial d’accès aux médicaments doit être créé.
-  Pour une préservation et une répartition équilibrée des biens publics mondiaux.
-  Pour la création d’une taxe mondiale dont les modalités doivent être largement et rapidement discutées pour assurer les divers besoins de financement.

Les pays du Sud doivent, par ailleurs, pouvoir accéder au système économique mondial ce qui suppose que soit garanti l’entrée de leurs produits aux marchés de biens ou services, mais aussi qu’ils puissent accéder aux marchés de capitaux et dans les échanges internationaux. Le PS appuie les initiatives prises pour que l’Europe ouvre plus largement ses marchés aux productions des pays du Sud. Des accords préférentiels pourraient être conclus avec les pays qui respectent les droits sociaux fondamentaux ou des normes de soutenabilité environnementale, et qui luttent contre toutes les formes de corruption.

Les pays les plus riches par leurs politiques protectionnistes et de subventions empêchent les pays tiers de se développer. C’est vrai des Etats-Unis comme de l’Europe. C’est la raison pour laquelle le PS doit prendre clairement position pour une réforme de la PAC. La PAC est nécessaire pour assurer le développement rural, facteur essentiel d’équilibre de nos sociétés. Mais aujourd’hui les aides liées à la PAC encouragent la surproduction et non la qualité, ce qui entraîne une réduction des prix du marché mondial et déstabilise les productions des pays du Sud. Or dans ces pays, l’agriculture représente une grande partie du PIB et plus de la moitié des emplois. A quoi sert de vouloir augmenter l’aide au développement des pays du Sud quand le montant des subventions accordées par les pays riches à leurs producteurs agricoles est six fois plus important ?

Au-delà des propositions et pour mieux les défendre, il est temps que les socialistes prennent des initiatives ou s’associent à d’autres pour lutter contre la globalisation libérale. Il est temps que notre organisation mène en tant que telle un débat amical et fraternel, mais sans concessions, avec les militants "anti-mondialisation ".

-  La lutte de bon nombre de ces organisations pour un internationalisme humaniste et contre une globalisation libérale est la nôtre ! Cessons d’être timides, rentrons dans la discussion et reprenons la tête du combat pour la paix et l’égalité devant le développement. Mais, parce que depuis longtemps nous avons le sens des responsabilités, faisons déboucher la mobilisation sur des réponses concrètes aux questions posées par la mondialisation actuelle. Il ne suffit pas de traiter les conséquences négatives du monde dans lequel nous vivons, mais il s’agit bien de construire un monde nouveau. Un monde nouveau dans lequel l’Europe doit jouer un rôle majeur, parce qu’elle est porteuse d’un modèle à vocation universelle, bâti autour de l’humanisme et de la capacité des hommes et des femmes à construire leur avenir commun.

-  Les cinq dernières années ont vu l’émergence du mouvement antimondialisation .

Comme tous les mouvements de cette nature, les contours et les objectifs restent flous. Les questions qu’il pose n’en sont pas moins réelles. Il ne faut donc pas construire une opposition factice entre " réformistes " et " radicaux ". Il faut plutôt offrir des débouchés politiques concrets aux objectifs dont ce mouvements est porteur, comme nous avons su le faire en 1981 après les mouvements des années 70.


Contribution 13 - reconstruire la citoyenneté

Jean Glavany, jean Louis Bianco proposent 10 chantiers

La citoyenneté mondiale face à la globalisation libérale

La crise politique est aussi l’expression d’une perte de repères dans un monde menacé et menaçant.

-  La menace du sous-développement : on est sans le savoir toujours, sans le dire, en tout cas, dans la même logique que celle de la guerre. L’accroissement des inégalités mondiales est d’une violence.....guerrière : comment peut-on parler si passionnément, voire obsessionnellement, de l’insécurité dans nos villes et jeter un voile si pudique -honteux ? - sur les centaines de milliers de morts africains victimes, chaque année, du SIDA ?

-  La menace de l’uniformisation. La mondialisation sera un vrai progrès si elle combat l’uniformisation culturelle, celle des modes de consommation et de production, et si elle respecte la diversité, notamment la diversité culturelle. La mondialisation sera une réussite si elle respecte les différences et si elle s’en enrichit. Les socialistes ont le devoir d’être les militants de la diversité du monde.

-  La menace écologique : de l’effet de serre aux mers-poubelles, de la gestion irrationnelle de l’eau à celle des déchets, de la déforestation au pillage du corail, la conduite des pays développés est IRRESPONSABLE au sens propre du terme : elle mène le monde tout droit vers un précipice ! Notre responsabilité de citoyens du monde, c’est de laisser à nos enfants une planète en meilleur état que nous ne l’avons trouvée ...Le combat écologique est, en ce sens, un combat VITAL, un combat dont les socialistes ont eu le grand tort de se débarrasser, de le déléguer aux écologistes. Surtout pour que ceux-ci le dévoient en un combat douteux, presque intégriste, dénonciateur et accusateur, toujours en recherche de boucs émissaires. Les socialistes doivent se réapproprier ce combat mais sous une autre forme : le combat pour une écologie de l’éducation, de la responsabilité, de la citoyenneté. C’est parce que nous sommes citoyens du monde que nous sommes écologistes !

Osons le dire : ces combats-là, ces combats contre les menaces de la guerre, du sous-développement, de l’uniformisation et de la destruction écologique, nous , les socialistes, les avons un peu désertés ces dernières années.

Beaucoup même. Il est temps de les reprendre avec ardeur. Comme il est temps d’affronter sans scrupules ni timidité le débat sur la globalisation libérale. Oui, nous disons bien ... la globalisation libérale.

-  car, comme socialistes, nous sommes tous des militants de la mondialisation , des militants internationalistes

-  mais nous sommes aussi, comme socialistes, des opposants au libéralisme économique et, donc, à la globalisation libérale. Les mots ont un sens. Ce combat-là, il faut en reprendre la tête : l’électorat populaire est en attente de repères sur ce point aussi.

Or, cette globalisation libérale porte atteinte à la citoyenneté dans ses trois principales composantes : l’identification de chacun(e) à un projet commun (l’identité commune) ; la démocratie (par la participation) ; l’égalité (par la redistribution). Parce qu’elle est fondamentalement une dérégulation, la globalisation libérale ne porte rien d’autre que des logiques de marché, à la fois exclusives et hégémoniques.

Quelque chose nous dit, comme à une bonne partie du mouvement altermondialiste, que la mondialisation devrait être nôtre.

Que dans cette vieille course entre les formes d’organisation du capitalisme et celle des forces sociales de progrès, ces dernières ont simplement un temps de retard qu’il faut d’urgence combler, et autrement que par le repli national ou la seule incantation régulatrice. En inventant une citoyenneté à l’heure de la mondialisation .

Cette citoyenneté se vit d’abord dans la réalité nationale, car c’est là qu’elle existe, alors qu’elle n’est qu’en construction dans l’espace européen et embryonnaire au niveau mondial. Il ne faut pas lâcher la proie pour l’ombre. C’est au fur et à mesure de la construction d’une citoyenneté mondiale et européenne qu’il faut sortir du cadre national. Et c’est d’abord dans l’Europe que doivent se vivre un projet commun, la démocratie et la recherche de l’égalité.

Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi à la gauche française penser et organiser les conditions de la citoyenneté mondiale.

Construire un projet à l’échelle du monde : la mondialisation humaniste.

A l’heure du débat sur la " guerre des civilisations ", comment imaginer une identité mondiale dont la poursuite a toujours été, depuis Jean JAURES et Aristide BRIAND, la vocation des socialistes français ? Il faut reconnaître que si cet objectif a toujours été le nôtre, il reste à construire, tant la communauté internationale est plus marquée aujourd’hui par ce qui la divise que par ce qui l’unit.

Sur quoi bâtir cette mondialisation humaniste ?
-  sur la recherche de la paix par le multilatéralisme. Cette approche est plus que jamais d’actualité par ces temps de tentations unilatéralistes et les Nations Unies y sont au coeur. Le Conseil de sécurité doit être réformé pour le rendre plus représentatif de la diversité du monde, à commencer par l’entrée, comme membres permanents, des grands pays en développement. Mais la question de la paix et des équilibres mondiaux se joue d’abord aujourd’hui dans le rapport aux Etats-Unis. Ce qui nous rassemble avec les Américains est sans doute plus fort que ce qui nous sépare. Mais, de notre refus de la peine de mort à celui d’une hyperpuissance qui veut dicter sa loi au monde, beaucoup de choses nous séparent. Au-delà, l’attachement à la paix suppose un refus déterminé du terrorisme et une mobilisation sans faille contre ceux qui le propagent. De ce point de vue, il convient de repenser l’esprit de défense, en France et en Europe, en lien avec le plein exercice de la citoyenneté ;

-  une citoyenneté mondiale fondée sur la diversité et le dialogue des cultures, tant la standardisation alimente les ressentiments. L’identité mondiale ne peut reposer sur une identité unique, mais sur l’organisation de l’ouverture des identités les unes aux autres. Cela suppose en particulier de mettre en place un " droit dur " de la diversité culturelle face à l’homogénéisation que produit le droit de l’OMC. Par ailleurs, l’instrumentalisation des croyances religieuses à des fins politiques doit nous conduire à porter très haut, au niveau mondial, le combat pour la laïcité ;

-  une citoyenneté mondiale fondée aussi sur le développement maîtrisé des flux migratoires, à l’heure où les biens et les capitaux circulent de plus en plus librement mais où les mouvements de personnes sont contraints. Le développement du tourisme et la circulation des étudiants contribuent à l’émergence d’un embryon de conscience mondiale. Mais le défi des flux migratoires en provenance des pays en développement reste immense. Organiser l’ouverture maîtrisée des flux migratoires doit être une contribution majeure à l’affirmation d’une identité mondiale fondée sur l’échange : l’ouverture pour l’échange ; la maîtrise pour éviter les réactions d’intolérance ;

-  une citoyenneté mondiale fondée encore sur la reconnaissance de la créativité, mais dans le même temps des limites de l’économie de marché. Le développement des échanges mondiaux et l’ouverture des marchés contribuent au développement des forces créatrices - de ce point de vue l’objectif des socialistes doit bien être l’alliance des classes populaires, souvent inquiètes des effets de la mondialisation , et de celles qui s’y trouvent plus naturellement à l’aise. Un cadre multilatéral contribuant à cette dynamique de l’économie de marché et permettant de sanctionner l’unilatéralisme commercial, est nécessaire. Ce devrait être la vocation de l’OMC, à la condition qu’elle cesse de porter le libre-échange comme un dOGMe valable pour toutes les Nations et pour tous les secteurs d’activité. Le droit international doit contribuer à la régulation de l’économie de marché.

Mais il doit aussi aller plus loin en protégeant les espaces non marchands, qui doivent échapper à la mondialisation libérale : le corps humain, la culture, l’environnement, le droit des peuples à se nourrir, les services publics,...

-  une citoyenneté mondiale fondée enfin sur une mobilisation mondiale autour des grands équilibres écologiques : être citoyens du monde, c’est être responsables du monde et, en particulier, de celui que nous allons laisser à nos enfants. Les dispositifs ne manquent pas. Les résistances non plus, notamment celles des pays les plus riches, les Etats-Unis en particulier. Le combat prioritaire : une grande campagne mondiale pour imposer à Bush le respect du protocole de Kyoto

Construire la démocratie mondiale.

La démocratie est la principale victime de la mondialisation libérale. Comment organiser la participation démocratique au niveau mondial ?

-  d’abord en clarifiant les responsabilités entre gouvernements des Etats démocratiques et acteurs associatifs. Il faut sortir du conflit qui oppose la légitimité élective et démocratique des gouvernements des Etats démocratiques à la légitimité militante des associations qui contribuent à l’affirmation d’une citoyenneté mondiale. Cette dernière favorise l’émergence de formes mondiales d’organisation, de la mobilisation et du contrôle citoyen. Le mouvement altermondialiste est de ce point de vue un précurseur. Mais c’est aux gouvernements des Etats démocratiques qu’il incombe de décider en dernier ressort de l’évolution du monde, sous l’impulsion et sous le contrôle du vote populaire et de la mobilisation militante. Il revient aux Socialistes de penser, avec le mouvement social, cette articulation nouvelle, indispensable pour forger un nouveau cours à la mondialisation ;

-  en développant les formes de participation citoyenne directe. L’élaboration des positions gouvernementales dans la mondialisation ne peut plus se concevoir sans la consultation et une transparence à l’égard du monde associatif mobilisé. Cela suppose une réforme du dispositif administratif pour rendre les responsabilités plus visibles, et la mise en place d’instances de concertation, comme des Assises nationales de la mondialisation qui se réuniraient régulièrement. Les consommateurs - réalité sociale pratiquement inconnue des socialistes, qui ne saurait résumer toute la citoyenneté mais qui en constitue un versant - doivent disposer de moyens de pression et de contrôle. Le commerce équitable, les labels, tout un travail sur les rapports entre producteurs et consommateurs (par exemple en agriculture) y contribuent. Dans le même ordre d’idée, la publicité des aides publiques accordées pour l’installation des multinationales contribuerait au contrôle citoyen ;

-  en contribuant à la démocratie politique mondiale, par la réforme des institutions politiques internationales. Ceux qui veulent mettre à bas les formes de la coopération politique internationale font le jeu de la mondialisation libérale. Mais il faut réformer ces enceintes pour les rendre plus représentatives de la diversité des Etats et plus transparentes à l’égard du mouvement associatif international. Le G7/G8, véritable provocation à l’égard des pays les plus pauvres, doit être supprimé. Dans l’attente, les socialistes français et européens s’honoreraient d’organiser concomitamment - pourquoi pas dès ce printemps, dans les Alpes - une rencontre des 8 pays les plus pauvres du monde afin de leur offrir une tribune leur permettant de s’adresser directement aux dirigeants des pays les plus riches ...

-  en développant une démocratie économique mondiale, d’abord par la réforme des institutions en charge de la régulation économique internationale : réforme du FMI dont l’orthodoxie monétaire, budgétaire et libérale est parfois, souvent, un crime contre le développement et de la Banque Mondiale, création d’un Conseil de Sécurité Economique des Nations Unies, d’une Organisation Mondiale de l’Environnement, réforme de l’OMC,...

.Mais cette indispensable coopération entre Etats ne suffit pas. Il faut aussi se donner les moyens de peser sur les entreprises, par l’élaboration du droit, par des codes de bonne conduite, par la pression des marchés financiers (fonds " éthiques ", démocratisation des agences de notation) et des consommateurs. Le renforcement des droits des salariés dans l’entreprise est, au niveau national et européen, la première étape de cette construction d’une véritable démocratie économique et sociale à l’heure de la mondialisation .

Construire l’égalité mondiale.

La citoyenneté s’est historiquement construite dans le cadre de la Nation sur l’impôt et les politiques de redistribution. La faiblesse et l’opacité de l’Aide Publique au Développement ne permettent pas de conclure à l’existence de politiques mondiales de redistribution. Comment construire la redistribution mondiale ?

-  par l’impôt mondial, seul moyen de contribuer à des politiques de redistribution et à l’affirmation d’une citoyenneté mondiale. Plusieurs variantes sont envisageables : taxation des mouvements de capitaux - même si la taxe TOBIN , indiscutable dans son principe, pour être opérante face aux 1 500 milliards de dollars qui circulent quotidiennement sera sûrement complexe à mettre au point ...- de la consommation d’eau, ou bien encore des émissions de gaz à effet de serre, qui serait sûrement aussi pertinente quand on sait le caractère vital de cette lutte...Ces formes de prélèvements ont le double avantage de comporter un versant incitateur (ralentissement des mouvements de capitaux, réduction de la consommation d’eau ou du réchauffement climatique) et un aspect de redistribution.

-  ces prélèvements permettraient de financer au niveau mondial les biens publics mondiaux (eau, forêt, climat, santé, lutte contre le SIDA , éducation,...), qui doivent être protégés par le droit international de l’extension constante des rapports marchands. Construire une " citoyenneté mondiale " fondée sur l’affirmation d’un projet commun, la mondialisation humaniste, la démocratie et la lutte contre les inégalités dans le monde est bien notre horizon et notre ligne d’action.

CHANTIER : Le Parti Socialiste doit tenir, dans l’année suivant le Congrès, une Convention Nationale Extraordinaire sur la mondialisation en vue d’élaborer des propositions concrètes sur la réforme des institutions internationales et les outils indispensables à une vraie régulation de l’économie mondiale. Le P.S. doit, pour cette Convention, ouvrir des discussions de fond avec les O.N.G. qui situent leur combat contre la globalisation libérale.


Contribution 14 - rassembler les forces de la reconquete

Marie-Noëlle Lienemann

Défendre un developpement durable de gauche et l’altermondialisation

Dix ans après le sommet de la Terre de Rio, le bilan est accablant : l’état de la planète n’a cessé de se détériorer, les signes d’alerte d’un réchauffement de notre climat se multiplient. Quant au fossé Nord-Sud, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est plus béant que jamais. Chaque fois qu’il s’agit de mettre en place des conventions internationales sur l’environnement ou sur les médicaments, les blocages se sont multipliés.

L’hégémonisme américain a joué à plein, aujourd’hui renforcé par la politique unilatéraliste de Georges W. Bush. Pour sortir de cette spirale infernale, mais aussi pour faire reculer les replis nationalistes, les idéologies xénophobes, fascisantes ou l’obscurantisme, une alter-mondialisation doit restaurer la primauté du politique sur la finance et les marchés et assurer des régulations sociales et environnementales impératives.

Elle doit s’engager par :

l’affirmation de l’universalité des droits fondamentaux comme guide et objectif de toute action publique.

Ces droits doivent maintenant dépasser le strict, mais toujours indispensable, respect des Droits de l’Homme. Ils doivent garantir à tous un logement digne, une éducation de qualité, un environnement préservé, l’accès à la santé mais aussi à l’eau, à l’énergie et aux réseaux. C’est le progrès de ces droits qui donne la mesure et le sens des engagements internationaux, au premier rang desquels la nécessaire augmentation de l’aide au développement. Il impose aussi aux pays du Nord un devoir d’exemplarité ;

la création de fonds mondiaux pour faire vivre ces droits fondamentaux.

Sans argent, et notamment sans des programmes d’investissement massifs, ces droits resteront du domaine du voeu pieux. Il faut donc dégager les moyens nécessaires à leur mise en oeuvre et enclencher ainsi le cercle vertueux du développement durable... Ces fonds, pour être suffisamment abondés et pérennes, doivent s’adosser à une taxation des flux financiers du type taxe Tobin ;

un pilotage politique global de l’ONU.

La création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement (OME) doit s’opérer en lien avec l’OMS, le BIT et l’OMC, au sein de l’ONU. Les nations unies devraient convoquer une conférence spécifique sur la hiérarchie des normes afin des les différends ne se tranchent pas seulement à l’aune des seuls critères commerciaux et que soient reconnues, de façon prioritaire, les normes internationales du travail, des normes environnementales et le principe de précaution. Ensuite, on peut envisager la constitution d’un véritable Conseil du développement durable, chargé de la sécurité économique environnementale et sociale de la planète qui aurait vocation à définir les politiques des organisations internationales, dont le FMI et la Banque mondiale ;

la reconnaissance d’un intérêt collectif supérieur limitant la marchandisation.

Certaines nécessités vitales pour les humains ou pour l’écosystème doivent être satisfaites coûte que coûte. Il est ainsi légitime d’exclure du champ de l’OMC, l’éducation, la santé, la culture ou les services publics. Dans le même sens, s’inscrit le refus de la brevet abilité du vivant.

L’Europe doit reprendre la main pour devenir un acteur majeur et engagé, sur la scène internationale, pour un monde équilibré en proposant aux pays du Sud un pacte et un programme de transition vers le développement durable. Il annulerait la dette du tiers-monde et devrait prévoir une remise en cause de notre modèle productiviste, des engagements de réduction des pollutions au Nord et le soutien à des méthodes diversifiées et bien adaptées au développement.

Le combat ne date pas d’hier et à y regarder de bien près, l’alter-mondialisme est l’héritier naturel de l’anti-impérialisme de naguère ; seuls quelques protagonistes de l’hégémonisme transnational ont disparu et les armes de ceux qui subsistent sont variées. Celles de la guerre demeurent (on le voit en Irak), mais d’autres, toutes aussi redoutables, s’imposent face aux faiblesses des populations.

Au delà des manifestants de Seattle, Gènes ou Porto-Alègre,le prix Nobel d’économie et ancien vice-président de la Banque mondiale, Stigliz déclare : " Aujourd’hui, la mondialisation , ça ne marche pas. Ca ne marche pas pour les pauvres. Ca ne marche pas pour l’environnement. Ca ne marche pas pour la stabilité de l’économie mondiale. ". Et maintenant, se profile en plus un dérèglement majeur du système financier mondial, atteint en son coeur même, les Etats-Unis plongeant les marchés financiers dans une crise de confiance sans précédent. La faille est là.

En différents points de la planète, des peuples se retrouvent pour engager des luttes parallèles contre un ennemi commun : le capitalisme transnational.

Les socialistes doivent prendre leur place dans ce combat, avec la volonté d’offrir des perspectives politiques à cette détermination au changement.

Inventer une autre mondialisation , considérer la révolution écologique comme une chance et soutenir de nouveaux modes de développement est une façon contemporaine de redonner sens à l’intérêt général et de définir un dessein collectif à l’humanité ; c’est cela le socialisme moderne !

Militer pour la création de Fonds mondiaux de soutien au développement durable de la planète, alimenté par une taxation des flux financiers et gérés par un outil international mis en place sur l’initiative de l’O.N.U. ;

Travailler à la mise en place de structures internationales de régulation (Organisation mondiale de l’environnement, Conseil international du développement durable, ...) pour garantir les droits des peuples en développement ;

Proposer la définition d’indicateurs d’ordre social destinés à contrebalancer les seuls indicateurs économiques dans la mise en oeuvre des politiques d’aide au développement des pays les moins avancés.


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