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La guerre à tout prix, presque tout seul...
vendredi 14 février 2003

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Hier, un protestataire solitaire se tenait sur le Woodstock Green avec une pancarte qui portait ces mots du Senateur Byrd (West Virginia) : " L’amérique est dans une transe satanique ". Je suis assez d’accord. La veille, deux manifestants de la paix se tenaient dans le froid avec des panneaux qui disaient " Censurez [Impeach] l’Assassin Texan. " Je suis d’accord avec eux, aussi.

Ces derniers temps, nous avons vu beaucoup de choses de ce genre dans les Catskills. Plus de 2000 habitants de la vallée de l’Hudson se sont rendus à Washington pour la marche de la Paix, le 18 janvier, pendant que des centaines d’autres bravaient des températures polaires dans une douzaine d’autres manifestations dans la région. Dans tout le nord des Etats-Unis, un mouvement de paix de première importance est en train de se lever, témoin les douzaines de résolutions opposées à la Guerre votées par des Conseils Municipaux, jusqu’à l’Assemblée de l’Etat du Maine et le Conseil Municipal de San Francisco. Le Conseil Municipal de Woodstock a fait de même, mais, s’il est un signe du désespoir croissant qui envahit les militants de la paix dans cette région, c’est que nous en sommes venus à submerger l’Ambassade de France à Washington de fax demandant au Président Chirac d’utiliser son droit de veto contre une 2° résolution sur l’Iraq. Ce n’est certainement pas la peine d’inonder la Maison Blanche d’appels à la paix, car c’est un fait que l’opinion, aux Etats-Unis, est maintenant favorable à la guerre.

En deux semaines, George Bush et Colin Powell ont réussi à rassembler le pays, grâce à une campagne médiatique bien orchestrée autour de deux étapes principales : le discours de Bush sur l’Etat de l’Union et l’intervention de Powell devant le Conseil de Sécurité de l’ONU. A mon sens, ils sont parvenus à ce résultat à l’aide d’un tissu de mensonges, et en laissant leurs objectifs politiques pour l’Iraq de l’après-Saddam dans l’obscurité. Par exemple, une majorité d’Américains croient maintenant que des Irakiens ont participé à l’attaque sur le World Trade Center, et que l’Iraq a des armes de destruction massive capables de frapper les Etats-Unis. Des sondages qui étaient également partagés il y a un mois montrent qu’aujourd’hui 66% soutiennent l’action militaire contre l’Iraq, même si 45% croient que le conflit peut durer un an et causer un nombre important de victimes irakiennes et américaines.

Mais les sondages montrent aussi que la majorité souhaite toujours qu’on donne plus de temps aux inspections de l’ONU, et ne souhaite pas que les Etats-Unis se lancent dans la guerre sans soutien international. Le President semble bénéficier d’un soutien très large, mais il se peut que ce soutien soit bien mince.

Depuis le spectacle très efficace de Powell à l’ONU, nous sommes dans la dernière phase de préparation à la guerre. Partout dans les Southlands, les bases militaires se vident, et les transports de troupes quittent leur port d’attache. Environ 250 000 soldats américains et anglais sont en train de gagner leurs positions préparatoires à l’invasion, et doivent être prêts pour mars. Il semble que nous soyons déterminés à déclencher la " Guerre des Mondes ", le rêve le plus cher de Ben Laden. Les tensions avec la " Vieille Europe " vont naturellement croissant et, soudainement, on prend conscience ici du fossé que représente l’Atlantique. Le week-end dernier, la une du " New York Post " [un journal de droite très populiste appartenant à R. Murdoch NDT] affichait " L’axe des faux-jetons [jeu de mots sur " Evil " et " Weasel " NDT] : la France et l’Allemagne se dégonflent sur l’Iraq ". Ce qu’il faut comprendre, c’est que les Anglais et nous sont les seuls " mecs qui en ont " de la planête. Les manifestations d’anti-américanisme à l’étranger font régulièrement les gros titres ici, mais l’anti-européanisme généralisé des médias américains passe inaperçu. Il est clair, par exemple, que la tête de la France est mise à prix. Les scénaristes d’Hollywood ont instruction de donner aux " méchants " de la saison prochaine un air bien français, et Thomas Friedman a écrit dans le New York Times que le temps est venu de " virer la France de l ’île ", ce qui signifie lui retirer son siège au Conseil de Sécurité de l’ ONU pour le donner à un ami plus fiable. Son candidat favori est l’Inde du BJP, avec ses têtes nucléaires.

Ce déferlement d’anti-européanisme a suivi les remarques de Donald Rumsfeld balayant la résistance franco-allemande à l’invasion de l’Irak, comparée au pleurnichage aigri de la " Vielle Europe " que laisse derrière elle la " Nouvelle Europe ". En fait, la " Nouvelle Europe " de Donald n’est pas si nouvelle. Elle est constituée de pays qui n’ont pas beaucoup de points forts en dehors de leur fidélité au " Big Brother " américain. A l’exception de l’ Angleterre de Blair, la " Nouvelle Europe " comprend les orphelins du Pacte de Varsovie, la droite post-franquiste en Espagne, et la droite post-fasciste en Italie. Qu’il s’agisse de du soutien de leur opinion publique ou de leurs capacités militaires réelles, la " coalition des résolus (willing) " de Bush s’avère très limitée. Mais, si mince soit la coalition, ses membres déploient une énergie considérable pour aider l’Administration [américaine NDT] à convaincre le public américain que nous n’entrons pas en guerre tous seuls. Et en prime, l ’Union européenne est maintenant divisée. Ce dernier point est un objectif que la diplomatie américaine partage maintenant avec la " realpolitik " britannique. Mais il me semble que l’inflexible résolution que Bush met à démolir le système international, que nous avons passé la plus grande partie du 20° siècle à construire, est d’une stupidité digne seulement du " Kaiser " Guillaume.

John Mason, Woodstock

8 février 2003 [traduit de l’anglais (US) par W. Dauchy, 10/02/03]


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