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Irak : la bataille des coeurs et des esprits
LETTRE 61
vendredi 11 avril 2003

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Alors que les troupes anglo-americaines ont libéré Bagdad, une nouvelle partie de bras de fer diplomatique s’engage sur la place de l’ONU et des Européens dans la " reconstruction ".

Reste aussi à gagner la bataille ’des cœurs et des esprits". La stratégie "choc et stupeur", les bombardements, les destructions et les victimes collatérales ont laissé des traces.

Après avoir hésité pendant de longs mois, 70% des Américains ont soutenu cette guerre. C’est moins qu’en 1991, quand George Bush Père bénéficiait du soutien de 90% d’entre eux.

L’adhésion de l’opinion américaine pour cette seconde phase, l’occupation-reconstruction, va être soumise à rude épreuve. On n’a toujours pas découvert les stocks d’armes de destruction massive dont il fallait débarrasser l’Irak.

L’opinion américaine, les débats qui la traversent, c’etait un des thèmes abordés, lors de la rencontre organisée par temPS réels et la Fondation Jean Jaurès avec John Mason, le 31 mars.

-  En dépit des attaques des neoconservateurs contre l’ONU et de Donlad Rumsfeld contre la " vieille Europe ", l’opinion américaine a exprimé avec constance, durant l’été, l’automne et l’hiver 2002, qu’elle préférait que les Etats-Unis n’agissent pas seuls... C’est pour répondre à cette attente que l’administration Bush avait mis en avant, avec insistance, l’existence d’une coalition.

-  Cette poussée militariste et impériale est-elle une parenthèse, la prolongation de tendances plus anciennes, ou une mutation du système américain. La réponse viendra probablement du peuple américain lors des présidentielles de 2004.

-  Le parti démocrate s’est placé pratiquement hors-jeu au cours des derniers mois : la majorité des parlementaires se ralliant a George Bush Jr (pour des raisons largement tactiques), alors qu’une minorité s’y opposait. Le succès du mouvement " Cities for Peace " (151 villes ont adopté une résolution contre l’intervention) exprime la rébellion des cadres démocrates locaux contre les calculs de l’état-major démocrate.

Dans les prochains mois, les Européens, et, en premier lieu, la gauche européenne vont devoir s’intéreresser, de plus près, au parti démocrate : les débats qui le traversent, les candidats aux primaires. Les chances des démocrates de l’emporter.

TemPS réels

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Les internautes américains ont passé, avant et surtout pendant la guerre d’Irak, de nombreuses heures en ligne. Au cours de l’hiver, quand l’issue de la guerre etait encore incertaine, on sait que les Américains ont beaucoup débattu en ligne. Un grand nombre d’entre eux se sont forgé une opinion pour ou contre l’intervention américaine à travers les forums et les listes de discussion.

-  Au lendemain du déclenchement des hostilités, ils se sont massivement tournés vers Internet : la fréquentation des grands sites de presse a triplé dans les heures qui ont suivi les premières frappes américaines. Au détriment pour certains du temps passé devant leur téléviseur.

-  A l’occasion des campagnes électorales américaines, du 11 septembre, ou de la guerre en Afghanistan, les enquêtes auprès des internautes avaient tendance à se focaliser sur la question du temps passé en ligne et celle de la place que prend Internet vis-à-vis de la télévision, de la presse ou de la radio. D’autres enquêtes tentaient de cerner le degré de crédibilité d’Internet par rapport à celle des autres médias.

Ces enquêtes sont loin d’être inutiles, mais restent sous tendre par l’idée qu’internet tendrait à prendre la place des autres médias. Une problématique assez vaine quand on sait que les internautes sont aussi ceux qui consacrent le plus de temps a la lecture de la presse. Loin de se détourner de la télévision ou de la presse, les internautes consultent les images de télévision et les articles de presse, mais en ligne, sur les sites des chaînes de télévision et des journaux. Au passage, nombre d’entre eux en profitent pour diversifier leurs sources d’information. On sait, par exemple, que de nombreux internautes américains se sont tournés, en décembre, janvier et février, vers des sites britanniques (Guardian et BBC, en premier lieu).

Il semble bien que les internautes américains passent moins de temps devant la télévision que les autres, mais la question est de savoir ce qu’ils font quand ils sont en ligne.

La dernière enquête du Pew Internet Project apporte des éclairages absolument passionnants sur l’usage que les 116 millions d’internautes américains de plus de 18 ans ont fait de leur connexion au réseau

Cette enquête est d’autant plus intéressante qu’elle permet de comparer les pratiques en ligne des partisans de la guerre (74%) avec ceux des opposants à la guerre (22%).

Au cours de la semaine du 20 au 25 février, 56% ont utilisé le courrier électronique et 55% ont consulté des sites web en relation directe avec la guerre en Irak. Pour s’informer, échanger leur point de vue avec la famille, des amis, pour débattre, diversifier leurs sources d’information. Pour prier, aussi.

S’agissant du courrier électronique,
-  29% des internautes l’ont utilisé pour diffuser ou recevoir des " sentiments et textes patriotiques ", - 18% pour discuter de la guerre avec des amis,
-  17% pour faire suivre des dépêches, des articles et des alertes,
-  14% pour discuter de la guerre avec les membres de la famille.

Indicateur de la puissance du sentiment religieux : 25% des internautes ont pris part à des chaînes de prières,

10% déclarent avoir reçu des courriels d’organisations opposées a la guerre (soit, si on extrapole 11,6 millions d’internautes) et 7% courriels d’organisations favorables a la guerre(soit 8,12 millions). 5% ont adressé un courrier (ou plusieurs) a des élus au sujet de la guerre (soit 5,8 millions). Cela donne une idée de l’intensité des débats qui ont traversé l’opinion américaine.

S’agissant du web
-  44% des internautes l’ont utilisé pour suivre l’actualité de la guerre,
-  23% pour s’informer sur les réactions des marchés financiers,
-  9% pour s’informer sur la manière dont se prépare une attaque terroriste.

A noter que 15% ont essayé de s’informer sur l’Irak et son peuple (soit, si on extrapole, 17,4 millions).

Autres indices de l’intensité du débat : 6% (soit, pres de 7 millions) ont signé une pétition en ligne pour ou contre la guerre, et 5% cherchaient, en ligne, comment s’impliquer politiquement5% (soit 5,8 millions).

Sans surprise, les sites les plus consultés etaient les sites des chaînes de télévision (32%), de presse (29%), du gouvernement américain (15%). Plus intéressant : 10% des internautes ont ressenti le besoin de se rendre sur les sites de journaux et médias étrangers, et 8% sur des sites d’actualité alternatifs. 6% se sont rendu vers les sites de groupes opposés à la guerre (soit pres de 7 millions) et 5% vers les sites de groupes favorables à la guerre. Le phénomène des weblogs n’a pas eu l’importance qui avait été annoncée : leur audience (4%) est cependant loin d’être négligeable.

Cette enquête nous renseigne aussi sur l’usage, assez différencié, qu’ont fait d’internet les opposants et les partisans de la guerre

-  Les opposants à la guerre etaient plus avides d’information : 39% ont consulté des sites de presse, contre 27%.

-  Plus soucieux aussi de diversifier leurs sources d’information : 15 % ont consulté des sites d’actualité alternatifs aux médias (contre 6%). 14 % ont consulté sites de journaux et médias étrangers (contre 10%) 33% ont cherché à s’informer sur l’Irak et son peuple (contre 13%)

-  Les opposants semblaient plus soucieux de débattre, de faire connaître leur point de vue : 22% d’entre eux ont utilisé le courriel pour discuter de la guerre avec des amis (contre 17%), 18% pour discuter de la guerre avec la famille (contre 13%), 9% pour lire-poster des commentaires sur un forum ou un chat (contre 5%).

A contre-courant des médias et de l’opinion majoritaire (surtout après le déclenchement de la campagne), les opposants à la guerre sont aussi les plus " militants " ; 12% d’entre eux ont utilisé Internet pour communiquer avec des élus au sujet de la guerre ( contre 3%), 14% pour signer des pétitions (contre 4%) ; 17% à vouloir s’impliquer politiquement (contre 3%).

17 % opposants à la guerre ont consulté des sites de groupes hostiles à la guerre. En quête d’arguments, de faits. Ou pour se sentir moins seuls... Plus en phase avec l’opinion majoritaire, plus assurés dans leur conviction, seulement 6% des partisans de la guerre ont ressenti le besoin de consulter des sites de groupes favorables à la guerre.

Ce qui frappe, bien sur, c’est cet usage " patriotique " d’Internet  : 29 % des internautes (30 % des partisans de la guerre et 19% des opposants) ont reçu ou diffusé des textes patriotiques. Soit, si on extrapole, 33 millions d’internautes. On aimerait en savoir plus ce phénomène.

On aimerait aussi en savoir plus le phénomène des " prayer requests " : ces chaînes de prières, dans lesquelles une personne (ou une paroisse, une institution) adresse à ses proches (ou à ses membres) des prières, pour qu’ils s’y associent et la relayent plus largement... 25% des internautes (27% des partisans de la guerre, 20% des opposants) ont reçu ou diffusé ce type de messages. Au total 29 millions d’internautes. Ceci est à rapprocher du bourgeonnement de sites qui proposent de prier pour les soldats américains. Voire, de prier pour le Président Bush et son équipe.

The Internet and the Iraq war How online Americans have used the Internet to learn war news, understand events, and promote their views

Débattre, comprendre, s’informer, convaincre, militer, prier ....

Comment pro et les anti-guerre ont utilisé Internet

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