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Vous êtes ici : Accueil > Dossiers et débats > Europe et social-démocraties européennes > L’avenir de la vieille Europe > Europe et Russie : de Norman Spinrad à Emmanuel Todd... (Débat) | ||
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mercredi 19 mars 2003 Imprimer cet article | Cet article au format PDF Selon la fameuse statistique du "monde réduit à 100 personnes" qui circule sur Internet depuis quelques mois, il y aurait 21% d’européens. Tout dépend de ce que l’on appelle un européen. Si l’on se limite aux frontières de l’Union européenne, certes, on est largement sous les 21% ... Par contre, si l’on se réfère aux pays membres du Conseil de l’Europe, qui ont tous, à terme certes parfois lointain, vocation à intégrer l’Union, alors nous ne sommes plus très éloignés des 21% cités. Il y a en effet aux environs de 900 millions de personnes au sein du Conseil de l’Europe. BD De Spinrad à Emmanuel Todd Bernard aborde ici, de maniere bien indirecte, la question des "frontieres de l’Europe". Décodons : l’Europe du Conseil de l’Europe integre (outre la Turquie) la Russie.
La perspective d’une Tres Grande Europe (TGE) , assez largement inscrite dans la géographie, reste, en tout etat de cause, assez lointaine. La crise irakienne vient, en tout cas, de provoquer un rapprochement entre la France, l’Allemagne et la Russie. Ce rapprochement euro-russe est il circonstanciel ? Ou préfigure t il (c’est la thèse d’Emmanuel Todd, toujours deérangeant) l’emergence d’un pôle qui ferait contre-poids a la puissance américaine.
Dans "le printemps russe", Spinrad imagine une confédération européenne économiquement forte qui s’apprête à accueillir en son sein la Russie (en fait l’ex-URSS qui aurait mené à bien sa perestroika). Deux facteurs pesent de maniere decisive dans ce rapprochement euro-russe : • les europeens et les russes decident de mettre en commun leurs moyens et leurs technologies pour relancer l’exploration de l’espace... (Les Etats-Unis y ont renoncé). • Les Etats-Unis ne parviennent pas a se depetrer d’un déficit commercial colossal et sont au bord du gouffre. En quête de leur grandeur perdue, le gouvernement americain cede a une triple tentation unilateraliste, militariste et protectionniste. Il livre son économie à un complexe militaro-industriel va-t-en-guerre, mais qui, faute d’ennemis, manque cruellement de débouchés. C’est pourquoi, à l’heure où l’Union Européenne se lance, avec les russes, dans la conquête spatiale, la NASA mobilise toutes ses forces sur le projet "Etoile d’Amérique", un bouclier défensif orbital horriblement coûteux, d’un intérêt stratégique douteux, mais permettant aux industries de defense de mettre l’économie américaine sous perfusion. C’est dans ce contexte geopolitique que Jerry Reed, jeune ingénieur chez Rockwell, (qui reve d’aller dans l’espace, depuis qu’il a vu en Neil Armstrong marcher sur la Lune) decide de rejoindre l’Agence Spatiale Europenne, ou il va avoir les moyens de developper de nouveaux moyens de lancement.
Jules Verne, Werner Von Braun, Christian Pierret Oui...il y a un certain parallélisme à faire entre les écrivains et les praticiens (le savant-ingénieur, en l’espèce), avec Jules Verne et Werner von Braun : l’un comme l’autre décrivent la conquête de la lune par l’homme, mais l’un la rêve, la voit immédiate, et avec des outils un peu étranges, l’autre la réalise, cela met un siècle de plus, et les moyens mis en oeuvre sont très différents de ceux de la vision initiale. Bizarrement, ils ont besoin l’un de l’autre, car on relit Jules Verne avec délices après avoir vu le résultat de son rêve à la télévision, et sans le rêve Vernien, la "nouvelle frontière" n’aurait pas été une frontière, pas un objet de conquête, et Werner von Braun n’eût pas eu les moyens que la NASA mit à sa disposition. Cela dit, dans la catégorie praticien, on peut relire un discours de Christian Pierret prononcé il y a 13 mois lors de la Table-ronde industrielle Europe-Russie Depuis, le traité de Moscou Russie-EUA en mai a aussi montré, s’il était besoin, que le pétrole russe n’intéressait pas que les européens. Mais les relations de proximité impliquent aussi des dialogues plus étroits, ou, pour dire les choses autrement, la géographie compte. Cela ne veut PAS dire, de très très loin, que nous sommes près d’une intégration économique, et les fulgurances de l’histoire se heurteront encore un bon moment à des réalités pratiques. TGV Faibles, vraiment, les USA ? Dans un article récent, Emmanuel Todd en rajoute une couche sur le thème "les Etats Unis sont à bout de souffle, c’est la dernière fusée avant la chute" Ce qui, pour moi, relève du wishful thinking, ou de la malédiction du prophète qui ce faisant est sûr de se payer un succès de librairie... Mais pour les peuples qui le lisent, si d’aventure ils se mettaient à le croire, avec deux risques :
Et susciter l’appel à la révolte lorsqu’on n’a pas bien mesuré le rapport de forces, c’est éventuellement provoquer des drames que le dialogue et la diplomatie auraient pu épargner. Ce en quoi Todd est utile, c’est que son discours dévalorise symboliquement l’appareil militaire des USA. Mais auprès de qui ? S’il arrive à se faire interviewer par le Washington Post ou le NYT, et surtout à faire reprendre son discours (car un simple article n’est rien, c’est une bête curieuse qu’on montre aux lecteurs, comme au zoo, en précisant " attention, il mord ") il aura fait oeuvre utile.
En principe et symboliquement, oui. Mais cela passe aussi par des outils, des pics et des pioches, et Todd semble ignorer jusqu’à leur existence, ou considérer que c’est de la simple intendance. Pour le moment, ce conflit est simplement en train d’accroître le seigneuriage du $, d’accroître la perception des " petits pays " qu’en dehors du grand frère, point de salut du côté des armes, d’accroître la rente pétrolière à hauteur de l’ordre de 1000 G$ allant vers Exxon, BP, et quelques autres, en leur concédant l’exclusivité de 11% des ressources mondiales connues, en leur donnant les moyens de continuer de ne pas ratifier Kyoto, et de contraindre le ROW hors US/UK/Commonwealth à investir lourdement en " développement durable " faute d’avoir accès à la ressource, (voir aussi à quel point les Australiens se sont roulés aux pieds du DoD pour l’implorer de faire partie des troupes d’assaut, afin d’avoir sa part à la fête...) d’accroître les moyens dévolus au complexe militaro-industriel US. Faibles, vraiment, les USA ? Non. Sur le point de collapser ? Non, et plutôt moins que nous (voir l’article de Martine Orange dans le Monde sur les pertes des groupes Français en 2002,. En Allemagne, c’ est pire). Mais avec des dirigeants dont certains sont cyniques, oui. Dont les vrais ne sont pas toujours ceux qu’on voit sur CNN. Ce pourquoi, l’approche consistant à opposer aux manifestation de surpuissance un frein de principe, en politique extérieure, (avec une composante européenne aussi forte qu’on pourra) et une tâche politique de " containment ", à l’intérieur du système politique US tel qu’il est, (ie en s’appuyant sur les démocrates) me semble plus raisonnable. Après tout, Clinton avait sur sa table, comme Bush, les rapports de Rumsfeld (déjà !) en 97/98 disant qu’il fallait envahir l’Irak ; et il ne l’a pas fait. Encore faut-il que lesdits démocrates aient en face d’eux côté européen de vrais partenaires... Le rapprochement euro-russe est inscrit dans l’histoire depuis Pierre le Grand. La parenthèse communiste et la guerre froide a mis en quarantaine cette constante, au grand profit des américains. Une Europe économiquement intégrée mais barrée à l’Est était idéale. Aujourd’hui, les américains souhaitent que la nouvelle frontière européenne soit la Pologne et c’est une démarche qui est entâmée depuis plus de dix ans - en fait depuis Solidarnosc. De même que leur activisme pour l’intégration de pays de culture non-européenne (comme la Turquie) est la démonstration que l’Europe politique n’est surtout pas souhaitée. Je remarque que, même à l’époque où la France a fait la guerre à la Russie (la stupide campagne de Russie de Napoléon), la volonté politique des russes étaient de maintenir un haut niveau de relation avec la France : l’attitude d’Alexandre 1er avant la guerre (Tilsitt) comme après (Traité de Paris) montre une réelle affection, pas toujours partagée, notamment à cause de la Pologne catholique que la France a toujours voulu défendre contre les Russes. Je crois à la rémanence en histoire : il y a des courants telluriques plus constants que les épiphénomènes de l’actualité. C’est pour cela que Bush a tort, d’ailleurs, par méconnaissance de ces constantes qui évoluent très lentement. La constante c’est justement la proximité franco-allemande (doit-on rappeler que la France a été largement plus longtemps en guerre avec l’Angleterre qu’avec les états allemands ?), proximité culturelle et comportementale, issue de la même mouvance continentale européenne (avec les belges, les hollandais). C’est ce noyau très dur qui est constitutif d’un pôle politique européen indiscutable. L’Europe politique à 25, je ne sais pas qui peut y croire sérieusement. Notez que maintenant, les choses sont claires, c’est repoussé fort loin. Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour les américains car la France et l’Allemagne vont désormais avoir les coudées plus franches pour renforcer leur propre intégration politique. C’est déjà commencé depuis le sommet dernier. Evolution souhaitable mais qui ne peut s’effectuer avec l’ambition d’un contre-poids aux USA : pour les mêmes raisons historiques, l’axe transatlantique est constitutif de l’Europe, il y a communauté de destin, qu’on le veuille ou non. JD)) L’Europe de Brest à Vladivostock n’est pas pour demain Il ne faudrait pas donner l’impression que l’Europe de Brest à Vladivostock est pour demain, ou qu’absorber la Russie n’est pas une plus grosse affaire que les pays de Wisegrad : c’est totalement différent. En outre, cela accréditerait l’idée chez les Américains que nous sommes désormais de nouveau mûrs pour faire partie de l’axe du mal, qu’on diaboliserait en se servant des vieux réflexes et images de l’époque Truman, un peu élargis à l’Europe de l’Ouest...ce qui retomberait dans une optique de choc frontal de blocs, dans laquelle nous avons tout à perdre. [1] Prochain ouvrage de Jean Paul baquiast Editions Automates intelligents "Aujourd’hui, les Européens s’interrogent. Face à la guerre en Irak et à ses suites, déclenchées par la décision de l’administration républicaine au pouvoir outre-atlantique, qu’adviendra-t-il de l’ONU, de l’Otan, de l’Union européenne elle-même ? Ces institutions qui incarnent la volonté de faire prévaloir le multilatéralisme et la négociation résisteront-elles aux efforts que feront certainement les Etats-Unis pour les démanteler ? Les pessimistes prévoient déjà, en ce qui concerne l’Union européenne, un éclatement entre au moins deux blocs irréconciliables, les atlantistes fidèles suiveurs de l’Amérique, et ceux sûrement bien moins nombreux qui défendent l’idée d’une Europe-puissance se donnant les moyens économiques, scientifiques et militaires de l’autonomie. Nous voudrions montrer ici que ce n’est pas en restant sur la défensive que la construction européenne avancera. C’est au contraire en forçant la marche. Si l’Europe des 15, bientôt des 25, est trop faible encore face aux Etats-Unis, c’est parce qu’elle vise trop court. Les Européens ont oublié que l’Europe n’aura de sens qu’en se ralliant les grands Etats voisins, notamment la Russie, et en entretenant une coopération renforcée avec le Maghreb d’abord, avec bien d’autres Etats dans le monde qui attendent de la voir se construire pour s’allier à elle, ensuite. Une Europe paneuropéenne, regroupant sous diverses formules près de 40 nations, est-elle possible ? Pourrait-elle devenir à son tour une hyper-puissance équilibrant l’hyper-puissance américaine ? Quelle serait son rôle ? Ce livre, sous les feux de l’actualité, propose de discuter de ces questions à ceux qui ne refusent pas leur identité de Vieux Européens. " [1] A paraitre : Europe paneuropéenne superpuissance.
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