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Table-ronde industrielle Europe-Russie
mercredi 19 juin 2002

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Table ronde industrielle Europe-Russie -février 2002- Turin Séance de clôture

Christian Pierret, Ministre délégué en charge de l’Industrie, de l’Energie et des Télécommunications, France

Tandis que notre avion survolait la frontière physique d’une Europe maintenant largement unifiée, ce matin, deux noms me sont venus à l’esprit : Montesquieu et Tolstoï. Le premier, dans "l’Esprit des Lois", expose la puissante vertu du commerce entre les pays et les peuples, qui permet de comparer méthodes, lois, habitudes, façons de penser, prenant le meilleur de mondes divers, dans le respect des différences culturelles, et apportant et la prospérité et des mœurs plus douces. Le second, bien avant que le XX ème siècle ait apporté sa part d’horreurs et de larmes au sein d’une Europe divisée et s’entredéchirant, a fait de sa vie un long plaidoyer pour la paix, dont "Voïnâ y Mir" est le témoin. A l’aube du nouveau millénaire, nous sommes aussi au début d’une nouvelle donne internationale. Que peuvent nous apprendre les faits et les idées, pour répondre à l’espoir qu’exprimaient chacun de ces deux sages ?

-  L’investissement privé en Russie a connu des temps difficiles durant la précédente décennie, tandis que le PNB exprimé en monnaies étrangères s’amenuisait à environ 40% du niveau atteint à la fin des années 80. En 2000, il atteint, en stock environ 18 milliards d’euros. L’Union Européenne est le premier investisseur, devant les Etats Unis, ou des investisseurs de Chypre ou les Antilles néerlandaises qui pour l’essentiel réinvestissent des actifs russes. La France, avec près d’un demi milliard d’euros, se place parmi les principaux investisseurs européens, dans un contexte où, à l’échelle mondiale, mon pays a montré son dynamisme en se plaçant second investisseur à l’étranger. L’Union européenne est aussi, prise dans son ensemble, le premier partenaire commercial de la Russie.

(...)

-  Le renforcement de la coopération a déjà commencé dans l’ automobile, (..) impliquant des constructeurs européens, tel Fiat avec ses partenariats avec AvtoVAZ and maintenant GAZ, ou Renault qui est présent à Moscou à la fois en partenariat avec Avtoframos et par sa filiale RVI des poids lourds, ou encore les équipementiers automobile comme Valéo, dont je salue la présence de M Goutard.

-  Dans le domaine de l’énergie, la France a pris l’initiative du premier pas pour une coopération renouvelée entre l’Union et la Russie à l’occasion du sommet de Paris, les 30 et 31 octobre 2000, où le président français, alors président du conseil européen, le commissaire Romano Prodi, et le président Vladimir Poutine ont annoncé leur décision de créer un dialogue bilatéral pérenne sur les sujets énergétiques, visant à un partenariat stratégique en cette matière entre l’Union et la Russie. C’était là peut être le premier pas vers la définition et la mise en œuvre d’une politique étrangère commune à l’Union, concernant la Russie, dont je sais que nombre d’entre vous vous êtes fait utilement les avocats.

-  Cette démarche, qui s’inscrit dans le cadre général de l’Accord de Coopération et de Partenariat (ACP) signé en 1994 entre les deux parties, a conduit à la mise en place de quatre groupes de travail bilatéraux sur les thèmes suivants :
-  stratégies et équilibres énergétiques ;
-  transfert de technologie et infrastructures énergétiques ;
-  investissements ;
-  environnement et efficacité énergétique.

(...)

-  Depuis les choses ont progressé : durant le sommet UE-Russie du 17 mai dernier, Vladimir Poutine et la présidente suédoise de l’UE I.Persson ont exprimé leur satisfaction sur les progrès obtenus depuis le sommet de Paris. Ils ont insisté sur l’efficacité énergétique pour un développement durable à l’échelle mondiale. Les groupes thématiques d’experts ont remis leurs rapports préliminaires début juillet 2001 et le 26 septembre l’Union et la Russie ont formulé un rapport de synthèse, qui marque la fin de la phase exploratoire du dialogue. Les " Directions futures du dialogue énergétique " qui ont été identifiées et présentées à Bruxelles le 3 octobre dernier, requerront encore d’être affinées. Un comité à haut niveau a été installé à cette fin dont nous attendons le rapport au printemps.

-  S’agissant de pétrole et de gaz la Russie a répondu au souhait exprimée par le Commissaire Prodi qu’elle conserve sa part de marché en Europe (aujourd’hui de 16% pour le pétrole et 20% pour le gaz) ce qui, dans l’hypothèse d’un accroissement de la consommation de l’Union de 3 à 4% l’an voudrait dire un doublement en vingt ans. Ceci appelle un partenariat pour l’investissement et la technologie visant, entre autres, au développement des ressources d’hydrocarbures de l’Acctique européen et de la péninsule de Guyda. L’adoption d’accords de production partagée sera de ce fait un pas décisif.

-  Pour l’électricité, Mr Tchoubaïs est fortement engagé dans un travail impressionnant de restructuration, incluant la mise en œuvre d’un marché de gros efficace, dix grands sociétés de production, et un cadre réglementaire et tarifaire approprié. Une grande part des 215 GW de capacité de production et de transport datent des années 70, et doivent être remplacés : une étude du Mintoenergo suggère que 60% de l’infrastructure électrique doit être remplacée avant 2010, ce qui représente environ 70 Mds euros. Un appel a été lancé pour une nouvelle grille "de Vladivostok à Lisbonne" au début de ce mois. Il est clair que les principaux acteurs européens n’y seront pas indifférent, dès que les principaux pré-requis pour investir seront réunis.

Par ailleurs, ne devons nous pas nous rappeler que l’Italie a contracté des liens énergétiques avec la Russie, incluant des partenariats français, qui scellent leur caractère européen ? L’ENI, qui est depuis longtemps un partenaire de Gazprom, a désormais Buygues Offshore comme partenaire pour relever le défi technique d’un gazoduc sous la Mer Noire.

-  Dans le secteur aérospatial, les relations industrielles entre la France et la Russie remontent aux années 70, où les sondes Lunokhod, Mars et Venera accueillaient des équipements français. Aujourd’hui, Starsem, associe Arianespace, EADS, l’Agence spatiale russe et le centre industriel spatial de Samara, et SESat (pour Siberian European Satellite) associe Alcatel Space, le constructeur de satellites NPO-PM et l’opérateur européen Eutelsat. Les lanceurs Rokot et Soyuz ont été accueillis dans le portefeuille d’Arianespace, où ils sont désormais complémentaires du lanceur européen. La plate-forme Ekspres de NPO-PM est le bus des satellites de télécommunications construits par Alcatel Space pour Eutelsat.

L’accord cadre, négocié en 2001 entre EADS et l’Agence spatiale russe, prévoit de contracter à l’industrie russe la production de composants ou sous-systèmes pour l’appareil commercial de grande capacité A380, pour l’appareil de transport tactique A400M, et pour le système de satellites de navigation Galilée. Le marché doit représenter 2.5 milliards d’euros sur dix ans.

Cela dit, l’association de l’industrie et de la technologie russes à des programmes européens pourrait aller plus loin. L’Agence Spatiale Européenne et l’Agence Spatiale Russe travaillent sur des thèmes pouvant impliquer Polyot dans Galileo, et sur la possibilité d’utiliser la base de Kourou pour des lanceurs russes.

Depuis plus de cinquante ans maintenant, nous sommes parvenus au sein de l’Union à éviter tout conflit majeur sur nos territoires, grâce à une coopération vigilante et large. Ceci nous a progressivement permis de reconstruire par proximité les économies de nos voisins immédiats, et telle est la lourde tâche qui nous attend durant la décennie qui vient. Ceci, à son tour, rendra plus aiguë la question de la coopération avec la Russie, appelée à devenir un partenaire plus proche, sur des bases pragmatiques. Nous ne pouvons prévoir toutes les étapes à franchir, mais certaines d’entre elles, parmi celles que j’ai mentionnées, sont déjà clairement perceptibles. (...)

Christian Pierret


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