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LETTRE DE TEMPS RÉELS N°45 samedi 5 janvier 2002 Imprimer cet article | Cet article au format PDF
Le basculement vers l’euro s’est passé pratiquement sans accroc. Ce 1er janvier, l’Europe est devenue un peu plus réelle encore pour plus de 300 millions d’Européens. Nul ne mesure encore toutes les conséquences de ce L’euro, c’est aussi l’aboutissement d’une longue saga politique, dont Jacques Delors fut un des principaux acteurs. L’euro, c’est enfin une nouvelle géographie monétaire mondiale qui se dessine et un nouveau rapport de forces qui va se nouer entre l’euro, le dollar et le yen. Ceci passe par un usage de l’Euro, non seulement au sein de l’euroland, qui va de soi, mais aussi comme monnaie d’échange et de réserve extérieure. L’euro devra trouver sa place dans les échanges numérisés : les portails de B2B ou B2C conçus dans la zone euro proposeront des paiements en euros. Et pourquoi pas au delà de l’Euroland ? Les autres pays ont désormais le choix entre conserver des liens exclusifs avec l’un ou l’autre de trois grandes monnaies majeures, (ce qui peut être source d’instabilités, comme on l’a vu en Asie) ou préférer des ressources plus diversifiées. Cette étape franchie, ou en passe de l’être, c’est l’Europe politique qui se profile. Temps-réels
C’est presque le contraire qui se produit : chacun veut se débarrasser au plus vite de ses derniers francs. Les buralistes ont ainsi noté une baisse de 30% de l’utilisation des cartes bancaires.
Le passage à la monnaie unique a pris des allures de jeu, provoquant des discussions animées dans les commerces et les cafés. Selon la Commission de Bruxelles, les transactions en euros atteignent 50 % en France. Le gouverneur de la Banque de France, Jean-Claude Trichet, estime que "85 % à 90 % des francs seront retirés de la circulation en l’espace de quinze jours". Le président du Crédit Lyonnais, Jean Peyrelevade craint même de voir ’’en dix jours la totalité des francs venir à nos caisses ou aux caisses des commerçants’’.
En moyenne dans la zone euro, 96% des distributeurs automatiques de billets (DAB) étaient d’ores et déjà adaptés à l’euro, dès le 3 janvier, à 13 heures. Ce taux était de 97% en Espagne, 95% en France, 90% au Portugal et en Finlande et 85% en Italie.
Tous sauf... l’arabe du coin. C’est donc lui qui inaugura, non sans peine mais avec bonne humeur, le paiement en Euros. Ce n’est pas sa monnaie, diront certains. Eh oui, mais c’est lui, et ses collègues de France, d’Allemagne ou d’ailleurs, ces émigrés décriés en ces temps de plan vigi-faciès, qui furent aux avant-postes de l’euros. Il est sans doute plus poétique d’acheter des fleurs en euros que des patates ou des tomates. Mais quand les fleuristes sont fermés, quand tous les autres sont fermés, il y a toujours l’arabe du coin qui est ouvert le jour férié. Merci donc aux arabes du coin d’avoir été unanimement la première corporation à sauter le pas de l’Euro. "
• Les transporteurs de fonds figurent bien évidemment au rang des grands bénéficiaires de l’introduction de l’euro fiduciaire, la masse des pièces et des billets en circulation devant être entièrement renouvelée dans les 12 pays concernés en quelques mois. Le suédois Securitas, le premier groupe mondial de services de sécurité, s’attend à une hausse de 30% de ses bénéfices cette année et à une hausse de 20% du chiffre d’affaires de sa division transport de fonds. Le groupe a toutefois dû augmenter de 20% les effectifs dédiés à cette activité et d’un quart sa flotte de véhicules blindés.
Dans le même temps, nous réalisons que l’arrivée de l’euro marque l’achèvement d’un cycle. Le cycle lancé par Jean Monnet au lendemain de la guerre et prolongé par Jacques Delors lorsqu’il était à la tête de la Commission européenne, le cycle consacré par François Mitterrand et Helmut Kohl. Ce cycle a privilégié l’unification par l’économie. C’était légitime. C’était nécessaire. Ce n’est plus suffisant. Quatre défis nous font désormais face :
Extrait du Projet socialiste, en cours d’adoption.
Voir aussi
Projet socialiste, en cours d’adoption :
En 81, j’étais khâgneux à Henri IV, lycée où Senghor avait lui-même fait sa khâgne et une amie avait bien voulu, sur mon insistance, m’organiser une rencontre à son domicile parisien, square de Tocqueville. Durant cette période, j’y suis allé régulièrement, dans ce petit appartement cossu, voir cet homme d’une modestie incroyable et qui accordait à l’étudiant ignare que j’étais (je ne suis plus étudiant, le reste n’a guère changé) une attention imméritée. Il a ainsi entretenu des relations épistolaires et magistrales avec un certains nombre d’étudiants ou de jeunes qui venaient le voir. C’était toujours des entretiens privés, dans son minuscule cabinet de travail, assis un peu raidement sur des fauteuils Louis XVI, avec une tasse de thé ou un jus de fruit sur un guéridon. Aucun goût du luxe, aucune ostentation, un véritable souci d’être véritable avec, sans doute, une forme de contentement de voir des jeunes venir à lui. L’entretien durait un peu plus d’une heure mais jamais bien plus, comme une sorte de cours particulier, et la conversation portait sur n’importe quoi, au gré de l’actualité politique ou litteraire. Il n’avait aucun regret du pouvoir, affirmait qu’on ne devrait retenir de lui que les souffles de sa poésie qu’il voulait partager avec son ami Aimé Césaire... La respiration de Senghor était à l’image de son oeuvre, tantôt hâchée, tantôt longue, et il sortait de sa bouche ronde des mots posés, doux ou violents, également répartis dans une prosodie d’une sérennité qui ne se démentait jamais. Je ne l’ai jamais entendu rire franchement mais ses yeux riaient tout le temps, même pour évoquer des drames. L’Afrique, on le sait, était sa passion et son angoisse. Son inquiétude était d’intégrer la culture africaine dans une mondialisation qu’il pressentait, sans que cette culture y perde sa richesse et son oralité. La langue française était pour lui un vecteur de cette culture et il considérait que le français avait les caractéristiques d’une langue africaine par la neutralité de son accentuation. Il ne séparait pas la culture de la politique et il a sans doute fait bien plus pour la définition moderne de la francophonie, telle qu’elle s’illustre aujourd’hui avec Boutros Ghali, que bien des français, encore convaincus que le français était leur langue. Il parlait donc de politique tout le temps et il voyait dans la culture les moyens de résoudre la quasi-totalité des questions socio-économiques qui se posaient à l’Afrique. La France - et je devrais plutôt dire "l’idée française" - vient de perdre l’un des plus grands esprits de sa cause.
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