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UNE RENCONTRE AVEC JOHN MASON (31 MARS 2003) dimanche 6 avril 2003 Imprimer cet article | Cet article au format PDF Compte rendu rencontre avec John Mason 31 mars, temPS réels-Fondation Jean Jaurès Cette guerre vise explicitement un changement de régime en Irak, et , au delà, des régimes dans la région du Moyen-Orient. (Syrie, l’Iran, l’Arabie Saoudite) mais aussi une modification du système des relations internationales que les Etats-Unis avaient mis en place au lendemain de la seconde guerre mondiale. Elle pourrait conduire à une transformation du régime intérieur aux Etats-Unis. 1) Le sens de cette guerreLa guerre en Irak poursuit plusieurs objectifs
Cette guerre vise aussi à faire prévaloir une nouvelle manière d’agir dans le monde, un changement de culture militaire. La doctrine Powell (dans le prolongement de la culture militaire américaine) préconise un usage rare, sélectif, conditionnel ("exit strategy ") mais massif (overwhelming) de la force militaire Wolfowitz et Rumsfeld, s’appuyant sur la théorie de la "révolution dans les affaires militaires" pensent qu’une armée " ransformée", plus agile, plus légère, qu’un recours massif aux technologies (surveillance, précision, guidage) permettront aux Etats-Unis d’intervenir plus souvent, plus rapidement. Pour l’école Wolfowitz- Rumsfeld, il s’agit de banaliser l’usage de la force comme instrument "disciplinaire" de la politique étrangère. la remise en cause du système de relations internationales et des alliances Les Etats-Unis ont mis en place, au lendemain de la seconde guerre mondiale, un système de relations internationales : (ONU, GATT, FMI) et un système d’alliances (OTAN). Cette architecture est désormais perçue (par les néo-conservateurs) comme un frein au libre emploi delà puissance américaine. Ils souhaitent s’en émanciper. La majorité "libérale-internationaliste" de l’establishment américain reste désormais attachée à ce système. Beaucoup va dépendre de l’issue de la guerre, des succès opérationnels La stratégie de Rumsfeld (adoptée contre l’avis du Département d’état, de l’armée de terre, de la CIA, du DIA) semble avoir échoué. En raison du refus turc, il manque 60 000 hommes. Plus généralement, il manque quelques divisions blindées. La leçon a échoué : ("Sommes-nous en train de faire la guerre de Monsieur Hussein ?") Une guerre longue aurait un impact considérable. On assiste à un début de fronde au sein de l’armée de terre et des Marines contre Rumsfeld. Il y a aussi une fronde des anciens de l’équipe de Bush Père (Brent Scowcroft) contre Rumsfeld. 2) L’opinion américaine et les oppositions à la guerre aux Etats-unisla préparation de la guerre : une mise en scène diplomatique et militaire Cette période (un an) s’est conclue par un échec diplomatique :
La préparation de l’opinion est un demi-succès : Rumsfeld, le garde de corps de mensonge (bodyguard of lies) n’a pas emporté la conviction que d’une moitié des américains. 52% des américains pensent que l’Irak détient des ADM et des capacités de lancement susceptibles d’atteindre les Etats-Unis 42% pensent que des commandos irakiens ont activement participé dans les attentats du 11-09.
Le taux d’approbation du Président Bush atteint 72% mais • il est moins élevé que lors des autres interventions militaires (Guerre du Golfe, Kosovo, Afghanistan). • Les 2/3 des américains souhaitent que l’ONU soit associée à la reconstruction de l’Irak Le débat émergent sur la question de l’Empire Le débat ne se limite pas a un débat pour ou contre la guerre.
A noter le déplacement dans les mots d’ordre pacifistes : de "no blood for oil" à "no blood for empire".
La direction démocrate face à la guerre La direction démocrate et les parlementaires n’ont pas pris le risque de se démarquer vis-à-vis de la guerre en Irak, craignant de ne pas apparaître "patriotes ". La direction démocrate l’a fait, largement par calcul. Elle se souvient que les parlementaires démocrates qui avaient voté en 1990-91 contre la guerre en Irak ont été battus lors des législatives de 1992 et 1994. Elle a sous-estimé les difficultés que rencontrerait l’administration Bush : elle a pensé que la guerre en Irak aboutirait à un succès rapide. Et préféré porter sa critique sur la politique économique et la politique sociale de George Bush Jr. Ce faisant, elle se trouve en décalage vis à vis de ses électeurs, de ses militants et de ses cadres locaux. Les électeurs démocrates La base électorale du parti démocrate n’a pas accepté la guerre, même si une partie d’entre elle se rassemble autour du drapeau..(rally around the flag). Le taux d’approbation est de 70% : 93 % chez les électeurs républicains et les électeurs indépendants. 50% chez les électeurs démocrates Il n’est que de 35% chez les noirs. A la différence des conflits passés (Guerre du Golfe, Afghanistan), on assiste à une polarisation partisane (comme vers la fin de la guerre du Vietnam). L’AFL-CIO s’est prononcée contre la guerre (c’est un autre signe de la mutation du syndicalisme américain : anticommuniste tout au long de la guerre froide, pro-guerre lors de la guerre du Vietnam....) Les grandes villes et la rébellion des cadres démocrates Il y a un fort scepticisme chez les habitants des grandes villes. Pas seulement a New York. " on dépense beaucoup d’argent pour la guerre, mais on ne fait pas assez pour améliorer la sécurité intérieure" , notamment dans les grandes villes, cibles potentielles d’éventuels nouveaux attentats terroristes. Les urbains sont sensibles au risque d’attentats en représailles de la guerre en Irak. Près de 150 conseils municipaux ont voté une résolution (Cities for Peace) contre la guerre : en fait, la plupart des grandes villes des deux cotes et du Nord-est (New York, Los Angeles, Boston, San Francisco, Chicago). Et même Atlanta. Le succès de " Cities for peace " exprime le décalage entre les urbains (souvent démocrates) et l’Amérique profonde. Il exprime aussi une rébellion des cadres démocrates locaux contre la " démission " de la direction démocrate nationale. le mouvement anti-guerre
Le mouvement anti-guerre repose sur plusieurs coordinations : International Answer, United for Peace, Win Without War et Moveon.org, True Majority, Institute for Independent Political Action... International Answer a été le plus précoce dès la guerre en Afghanistan : lié à l’International Action Center, à Ramsey Clark (un ancien procureur général "douteux") et à un groupe trotskiste sectaire, The Workers’World Party. Il associe à la cause anti-guerre d’autres causes (la cause des palestiniens, de Mumia et celle des noirs). United for Peace est une coalition plus large, avec comme souci de s’adresser à la majorité du peuple américain.
Le mot d’ordre aujourd’hui est celui du retour des troupes : "support our troops ... bring them home" . Souvent avec des panneaux de publicité aux couleurs du drapeau américain.
Move On (cf www.moveon.org) illustre ce phénomène des " smart mobs ". MoveOn comptait près de 450 000 abonnés à sa liste de discussion l’an dernier. Ils sont passés à 1,3 millions cet automne, puis a 2 millions en février. (dont 750 000 hors Etats-Unis). La marche virtuelle de février 2003 a bloqué les standards téléphoniques du Sénat et de la Chambre. Sa pétition en ligne en mars (destinée aux états membres du conseil de sécurité de l’ONU) pour la poursuite des inspections a recueilli en quelques jours un million de signatures. 3) Perspectives pour 2004Quel candidat démocrate pour 2004 ? Le parti démocrate est entré dans la phase des pré-primaires. Il y a aujourd’hui 8 candidats
Parmi ces derniers, deux sont noirs (Braun et Sharpton). Tous deux associent une critique de la politique intérieure à la critique de la guerre.
Le camp républicain
4) Questions
John Mason : Il y a une vraie crise de confiance, au sein des élites américaines, vis-à-vis de l’équipe Bush. Les chefs d’entreprise étaient très critiques, à Davos, face à la perspective de l’intervention en Irak. Les démocrates parviendront-ils à transmettre ce sentiment de défiance (the axis of incompetence) auprès d’un public plus large. Lors des primaires, la pression de la base démocrate pour stylicien des candidats qui ont pris parti contre la guerre pourrait être énorme. C’est un scénario dont le conseiller politique de George Bush Jr, Karl Rove (un stratège politique hors-pair) saura tirer parti pour pousser les démocrates dans une impasse politique.
John Mason : C’est Ramsey Clark encore qui a lancé l’idée. Et une fois de plus, de manière précipitée, a contretemps.
John Mason : Sans souscrire à la thèse du complot (cf. Thierry Meyssan), il est vrai que, plusieurs mois avant le 11 septembre, sous la présidence Clinton, les services de renseignement travaillaient sérieusement sur l’hypothèse d’attentats terroristes sur le sol américain. Bill Clinton avait pris ces menaces au sérieux et avait lancé des opérations ponctuelles contre Al Quaeda en Afghanistan. Sans succés. L’équipe Bush n’a pas prêté la même attention à ces menaces. Elle veillait, dans ce domaine, comme dans les autres, à se démarquer de Clinton (" tout sauf Clinton "). Quand le 11 septembre est arrivé, les neo-conservateurs étaient prêts à s’en saisir pour faire avancer leur propre agenda (la guerre en Irak). Ils n’attendaient que ça, "l’événement catalyseur" qui permettrait de sauter les barrages de l’opinion publique toujours hantée par le "syndrome Vietnam "et le conservatisme institutionnel des armées pour avancer un programme radical de " restructurations. ".
John Mason : Difficile de répondre.
Mais il convient de se rappeler que Clinton avait commencé par baisser les budgets militaires. Sous la pression des militaires (qui lui étaient hostiles) et d’une majorité républicaine au Congrès (à partir de 1994), il a accordé aux militaires pratiquement tout ce qu’ils demandaient. Lors de l’affaire Lewinski, affaibli, il a concédé une nouvelle augmentation des budgets de défense.
Les dépenses militaires croissent alors que le budget du département d’état recule. Actuellement ils sont supérieurs aux dépenses combinées des 25 puissances militaires les plus importantes du monde. L’année prochaine, ils dépasseraient les dépenses militaires de tous les autres états membres de l’ONU mis ensemble. Les Commandants régionaux disposent désormais de moyens et d’une autonomie qui en font de véritables pro-consuls. Ils négocient directement avec les états, court-circuitant les diplomates du Département d’état. Andrew Bacevitch, l’analyste conservateur, souligne que cette "militarisation de la politique étrangère" a été amorcée sous Clinton.
La civilisation américaine accorde une large place à une forme de religion civique : une religion civique qui se réfère à un dieu assez flou, compatible avec la diversité des églises et des cultes présents aux Etats-Unis. Ce qui est nouveau, c’est le caractère ostentatoire des gestes religieux protestants du style folklore-sudiste de George W. Bush Jr : langage codé dans les discours présidentiels, réunions de groupe d’études bibliques à la Maison Blanche et au Département de Justice, prière avant les réunions du conseil de sécurité nationale . Autant de clins d’œil aux chrétiens fondamentalistes, influents au sein du parti républicain. Cet affichage systématique de la religion constitue peut être un élément de mutation du système politique américain où la bénédiction du Saint Esprit pour un leader dit " providentiel" est censée compenser une légitimité électorale contestée par la base démocrate et dans les médias populaires. Les églises importantes s’interrogent désormais sur l’exploitation des symboles religieux par la Présidence. Le débat anti-guerre traverse l’ensemble des religions et des églises.
Le Patriot Act et plusieurs lois en préparation rappellent le Maccarthysme. Avec une différence. Cette fois, McCarthy est installé à la Maison Blanche et au Département de la Justice.
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