Aux Etats-Unis, les chaines de television se sont largement alignées, par patriotisme, sur la Maison Blanche. Les chaines d’information continue soutiennent la guerre : de maniere quasi-militante, dans le cas de Fox News. La presse americaine a assez largement renoncé a exercer son rôle de contre-pouvoir. On trouve des points de vue dissonants dans les pages opinion (ed-op) des quotidiens, mais dans l’ensemble, elle prend peu de distance par rapport aux va t en guerre de Washington.
Il est assez tentant de penser qu’une partie des américains hostiles à la guerre cherchent (et trouvent) sur Internet (forums, listes de discussion, sites, weblogs) les informations, les points de vue, les raisonnements qui leur permettent de se forger une opinion.
Une enquete recente montre que pour 61% des internautes américains, le Net est devenu le média le plus important, devant le livre (60,3 %), les journaux (57,8 %) et... la télévision (50,2%).
la frequentation des sites de news a augmenté en janvier, mais cette augmentation est largement imputable a l’explosion de la navette spatiale.
La frequentation des tres nombreux sites pacifistes et alternatifs a explosé depuis quelques mois ... mais ce n’est probablement pas vers eux que les citoyens de base se tournent...
Les weblogs ?
Le phenomene des weblogs commence a prendre aux Etats-unis des proportions massives... Il y a des weblogs pro-guerre (notamment les plus reputés) et des weblogs anti-guerre.
Pas mal d’auteurs semblent penser que les " weblogs sont de droite "...
Bloggers of the Left, Unite !
Why the Blogosphere is Conservative
Nielsen Netratings signale une certaine désaffection des américains pour leurs médias habituels. Selon les chiffres de Nielsen Netratings , les américains sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à aller chercher l’information au-delà de leurs frontières, et évidemment sur Internet.
Les premiers bénéficiaires de cette soif de différence, les sites anglais du très respecté quotidien The Guardian , et celui de la BBC qui recueillent des américains à la recherche d’un peu plus de recul.
Quand on observe le niveau des chaînes américaines ces dernières semaines, on comprend que les internautes américains puissent être tentés d’aller du bout de la souris trouver d’autres sources d’info pour s’aérer l’esprit...
Il semble, enfin, que les americains qui s’interrogent, ou qui veulent avoir un point de vue independant se tournent vers le site de la BBC ... ceux qui veulent avoir un point de vue " europeen " , mais en langue anglaise, se tourneraient vers le site du Guardian. Le site de la BBC a enregistré une augmentation des flux en provenance des Etats-Unis.
Les médias ne font pas l’opinion..
L’opinion britannique resiste assez bien, malgré le matraquage de la presse Murdoch.
Lire a ce propos ce papier assez dur du Guardian sur la presse britannique.
For a paper’s view on Iraq, just ask the owner
A travers l’internet, ils retrouvent un contact avec le monde qu’ils n’ont jamais eu ailleurs, ni à l’école ni dans les média traditionnels.
Une énorme part de la population est cablée ou satellitée pour la télé et que le haut débit à gagné sur le câble.
Les " grandes " chaines ne sont qu’une petite partie de l’offre et ne sont pas nécessairement les plus regardées. BBC international, relayée par PBS (qui n’est pas vraiment pro intervention en Iraq et tente de maintenir l’esprit critique) est beaucoup plus regardé qu’on l’imagine, et pas seulement dans les milieux favorisés ou intello.
Les églises ont un rôle important dans la popularisation des réseaux alternatifs.
Beaucoup d’américains " normaux " se branchent sur l’internet qui est devenu un média de masse avec le développement du haut débit (via le cable essentiellement) Toutes les propagandes y sont possibles, mais les internautes deviennent actifs dans la production et la diffusion de l’information
Cela donne tous ces sites de mouvements et coalitions de nombreuses organisations sociales et politiques (internationalanswer.org (Act Now to Stop War & End Racism), VoteNoWar.org, Moveon.org, notinourname, unitedforpeace.org) qui se relaient, renvoient aux sites de l’Independant et du Guardian qui deviennent des journaux très lus sur internet là encore.
Les vétérans contre la guerre font un travail énorme de propagande contre l’intervention. Les syndicats sont présents sur ce front et bien sûr tous les mouvements de la gauche marxiste à qui internet a donné un nouveau souffle (un site parmi d’autres : socialistworker.org)
L’intéressant est que les " grands " média et le pouvoir sont dans une sphère coupée de la réalité des gens. Il semble y avoir de moins en moins de points de contacts entre la société et le monde politico-médiatique qui vit sa vie propre.
- Ce grand chambardement a démarré après l’élection contestée de Bush où les électeurs floués ont commencé à rechercher des infos ailleurs que sur les télé, en particulier Fox qui est au mains de la famille Bush.
Tout un mouvement grass root plutôt qu’ underground, ce qui signifie porté par des habitants plutôt que par des mouvements alternatifs s’est mis en branle.
L’épiphénomène Michael Moore, avec le succès de " Stupid White Man " et de " Bowling for Columbine " en est la pointe visible. Le conflit Iraq a mis en évidence la force de ces mouvements. Cette foisonnance est extraordinaire et permet des échanges intra et inter continentaux à une échelle inconnue jusqu’à aujourd’hui.
Dès que l’on creuse, on voit apparaître les américains, avec leurs drapeaux et leur grosses voitures, qui refusent la situation qui leur est faite, qui ne croient plus l’équipe en place, qui rigolent quand on leur dit de scotcher leurs fenêtre, qui ne voient pas pourquoi il faudrait faire la guerre pour se débarrasser de Saddam Hussein. A travers l’internet, ils retrouvent un contact avec le monde qu’ils n’ont jamais eu ailleurs, ni à l’école où l’histoire et la géographie planétaire ne sont pas une priorité, ni dans les média traditionnels qui ont toujours présenté une vision réduite des questions internationales Ils veulent comprendre le 11 septembre, ils essayent de lutter contre l’angoisse que les média TV installent heure après heure, jour après jour.
C’est cette diffusion large, dans des populations nouvelles qui est le phénomène le plus porteur d’espoir. Même si la guerre a lieu, cela rend optimiste sur la force de la nature humaine, sur l’illusion de la manipulation médiatique et sur les sursauts possibles, individuels qui peuvent se réunir pour devenir action collective.
Le web ? On peut toujours se rassurer ...
Les médias américains sont à 99% contrôlés par des groupes d’intérêts qui les ont transformés, en 15 ans, en instruments d’une propagande populiste-réactionnaire aujourd’hui alignée à 100% sur
l’administration Bush.
Il me semble que dans ces conditions on ne peut pas parler d’exercice normal
de la démocratie. A ce niveau de lavage de cerveau, peu importe la
proportion de la population qui refuse d’être manipulée : elle ne changera
pas le cours des élections. Vous ne me croyez pas ? Poursuivez.
Commençons par les radios (sous la domination absolue de Clear Channel, qui
possède plus de 1200 chaines) : la "talk radio", les émissions du matin,
très écoutées, sont essentiellement des harangues délirantes animées par
Rush Limbaugh et ses imitateurs, à côté desquels Le Pen est une majorette.
Voix libérales (au sens américain), démocrates, centre gauche, ou même
centre : 0.
Puis il y a le câble, dominé par Fox News Channel, la sympathique chaîne de
Murdoch. Les talk-shows de Sean Hannity (www.hannity.com) ou Bill O’Reilly,
qui ne laissent pas la réalité se mettre en travers de leurs convictions,
qui feraient rougir Jörg Haider. Vous préférez Bob Novak, William Bennett,
Fred Barnes, Charles Krauthammer ou Oliver North ? C’est vrai qu’à côté
d’eux, les vieux tribuns Pat Buchanan ou Bill Kristol font figure de modérés
respectables. Présence "libérale" : Carville et Begala ("Crossfire") sur
CNN, point.
Connaissez-vous Michael Savage (www.michaelsavage.com), le délicat
commentateur qui ne mentionne jamais le "Third World" (Tiers Monde) mais le
"Turd (=étron) World" (concert de rires enregistrés), et qui réclame
aujourd’hui l’emprisonnement des pacifistes ? Ou Ann Coulter
(www.anncoulter.org), qui appelait jadis à l’assassinat de Clinton et qui
fait maintenant campagne pour la conversion forcée des musulmans au
Christianisme ? Leurs derniers livres sont en tête des ventes depuis des
mois, et ils ont leurs talk-shows aussi.
Des talk-shows libéraux ? il en existait un, celui de Phil Donahue sur MSNBC
; il a été remercié la semaine dernière. Pendant ce temps, sur cette même
chaine, l’animateur de "Meet the Press" (Tim Russert) demande à Laura Bush,
sans rire, si c’est sur intervention divine que son mari est devenu
Président.
Préférez-vous la presse ? Au-delà du Wall Street Journal, on citera : le New
York Post (Murdoch), le Washington Times, le Weekly Standard, National
Review, American Spectator, Human Events... Aucun des ces journaux ne
pourrait paraître en France, tant ils dégoulinent de haine partisane,
d’appels plus ou moins ouverts à la violence, de racisme affiché. Présence
"libérale" : le NY Times ? Et encore.
Vous parlez du web ?
On peut toujours se rassurer avec les blogs des mouvements anti-guerre, mais quels sont les sites qui ont réellement du trafic ? le Drudge Reporthttp:// ou Andrew Sullivan, le gentil garçon à qui nous devons de savoir,
enfin, pourquoi les musulmans, les pauvres, les terroristes - ce sont les
mêmes - détestent les USA : ils sont jaloux de leur liberté).
Je vous invite simplement, si vous parlez correctement anglais, à vous immerger une
semaine dans le paysage audio-visuel américain. Vous n’en croirez pas vos
yeux, ni vos oreilles. Quand vous aurez l’impression que votre raison
bascule, souvenez-vous simplement que 1/ le 1er amendement protège tous les
débordements ou presque, et que 2/ la recherche de l’objectivité n’est pas
une valeur fondamentale du journalisme américain, traditionnellement plus
tourné vers le militantisme.
Pour vous remonter le moral, vous irez lire Al Franken, Joe Conason, Molly Ivins, Michael Kinsley,
Arianna Huffington, Ted Rall et plein d’autres,
des éditorialistes de qualité qui, malheureusement, partagent les
inquiétudes ci-dessus exprimées.
Pour plus d’infos sur l’état des médias américains, je vous invite à
parcourir :
"What Liberal Media ? : The Truth about Bias and the News", Eric Alterman, Basic Books WD