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La gauche américaine en quête d’un candidat
lundi 8 septembre 2003

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En 2000, la gauche américaine s’était divisée : une partie ayant soutenu Nader et une autre Al Gore (qui avait le soutien des syndicats ).

Cette fois : elle fera tout pour écarter ecarter Bush et soutiendra le candidat démocrate. Quel qu’il soit ...

Pour donner une idée de l’état d’esprit à gauche : Ronnie Dugger, qui avait été un des principaux appuis de Ralph Nader en 2000 a ecrit un article dans le (tres a gauche) The Nation : Ralph, Don’t Run


L’hypothèque Nader étant levée, reste à choisir le bon candidat

Une partie de la gauche democrate s’est ralliée à Howard Dean. Elle s’y est ralliée par conviction : c’est l’un des rares dirigeants démocrates a s’etre exprimé contre la guerre en Irak. Il a cristallisé, derriere lui, une partie du mouvement antiguerre de l’hiver dernier.

Comme deja signalé ici, il mene une campagne extremement dynamique, avec un usage massif (et surtout judicieux) d’internet.

-  Une partie des democrates et de la gauche s’interroge sur le chances de Howard Dean.

Fera t il le poids face George Bush ? Est il electable, comme disent les chroniqueurs politiques americains ? Sa position claire sur la guerre en irak est elle un avantage ( il avait vu clair avant tout le monde) ou le rend il vulnerable ? A part Dean : aucun des 8 autres candidats declarés ne sort nettement du lot.

-  Reste l’hypothese Wesley Clark.

Il ne s’est pas déclaré, mais une campagne est en cours (sur Internet, evidemment, pour qu’il se presente. draftwesleyclark.com

Voila un candidat electable... Il est inattaquable sur les questions de sécurité nationale : cela compte dans l’Amerique post-11 septembre Il a été general, Commandant suprême des forces alliées en Europe. A ce titre, il a conduit les operations militaires contre le regime Milosevic. (Il etait d’ailleurs favorable a une operation terrestre, et pas seulement aerienne). Il a émis des reserves (comme pas mal de ses collegues hauts-gradés, dont Schwarzkopf) a propos de l’expédition irakienne.

Auutre option : un ticket Dean-Clark


Howard Dean

Howard Dean fait campagne (pour le moment) à gauche, mais son action comme gouverneur du Vermont le classe plutôt, socialement et économiquement, au centre droit. Comme Clinton en 92, il tente de gagner la nomination à gauche, tout en sachant que l’élection se joue au centre. Attendons-nous à un grand recentrage s’il devait emporter la nomination démocrate.

Outsider total il y a encore 6 mois, Howard Dean est aujourd’hui en position favorable. Tout ceci grâce
-  à son style énergique qui n’a pas peur d’en découdre avec Bush et sa clique, ce qui revigore les démocrates démoralisés par la timidité et le suivisme des leaders traditionnels du parti,
-  à sa position pionnière contre la guerre en Irak
-  et à sa campagne originale.

Aujourd’hui Dean pourrait l’emporter dans les 2 premières primaires (Iowa, New Hampshire) et il n’est pas impossible qu’il remporte la nomination. Mais le taux l’abstention reste la variable la plus importante, et aucun pronostic ne peut être fait à cette date.

Dean n’est pas le favori. Curieusement, c’est J. Lieberman (ex-colistier d’Al Gore) qui est le plus souvent cité, car pour le moment son nom est le plus connu. Sa position est carrément à la droite d’un parti qui a beaucoup glissé à droite dans les 25 dernières années : " faucon " sur la guerre en Irak, favorable aux baisses d’impôts " pour les riches ", ce juif orthodoxe ne cache pas son soutien à la politique de Sharon. Sans charisme particulier, sans base populaire, il est très improbable qu’il remporte la nomination.

Mieux placé : Dick Gephardt, leader démocrate de la Chambre depuis 14 ans, est un " insider " expérimenté. Gephardt a déjà fait campagne en 88 ; son cheval de bataille, c’est la protection du travailleur américain, si nécessaire à coups de barrières douanières. D’où le soutien des grands syndicats, dont l’AFL-CIO et les Teamsters. Opposant historique au traité NAFTA, il préfère le " fair trade " au " free trade " et prône la régulation des entreprises.

Autre candidat " sérieux ", John Kerry est le seul a avoir une expérience militaire active. Revenu du Vietnam, il s’opposa vigoureusement à la poursuite de la guerre. Devenu sénateur, il a eu un rôle important dans la découverte et le démontage du scandale à tiroirs Iran/Contra. Kerry se bat pour les énergies renouvelables, l’extension de la couverture sociale ; en politique extérieure, il est multilatéraliste. Malgré ses atouts et l’exploitation de son passé militaire, sa campagne donne l’impression de patiner.

Les autres candidats n’ont pas, sauf miracle, de réelle chance. Au début, John Edwards semblait très prometteur : jeune (50 ans), très à l’aise et télégénique, son centrisme bon ton évoquait le Clinton de 92, mais sa campagne semble capoter.

Paradoxalement, Dean a un allié objectif de taille : Bush et son équipe souhaitent en effet que la nomination démocratique aille à un outsider gauchisant, plus facile à battre dans l’élection générale. Les démocrates sont toujours traumatisés par le précédent MacGovern (qui remporta la nomination démocratique en 72 sur une plateforme de gauche) et fut laminé par Nixon six mois plus tard. Michael Dukakis en 88 vient également à l’esprit. C’est pour cela que le très centriste DLC (Democratic Leadership Council) ne rate pas une occasion de savonner la planche d’Howard Dean.

Mais, jusqu’en juin, Bush semblait imbattable, et la nomination démocrate était une question somme toute assez académique. L’enlisement en Irak et la situation économique rendent pour la première fois Bush vulnérable et son élection ne semble plus assurée. Ce qui change complètement la donne, car des " poids lourds " pourrait être tentés d’entrer dans la course. En effet, l’élection présidentielle américaine est un peu vue comme un " jugement de Dieu " (ne riez pas) et un candidat battu ne se représente en général pas (il y a des contre-exemples : Nixon en 68).

Donc, il faut bien choisir son moment. Depuis quelques semaines, on parle de Wesley Clark et d’Hillary Clinton : cette dernière serait aujourd’hui capable de mobiliser plus d’1/3 du vote démocrate, alors que les autres candidats atteignent rarement 20%.

De nombreux commentateurs soulignent qu’un " ticket " Howard Dean-Wesley Clark pourrait créer une dynamique aboutissant à la Maison-Blanche. Notez que les candidats éventuels ont jusqu’à la fin 2003 pour se déclarer. Tout ne fait que commencer.

On Dean’s Campaign

On liberal’s view

WD


Howard Dean : un politicien atypique...

On ne peut pas lire la politique américaine avec seulement nos lunettes européennes. Le Vermont est un état " libéral " et la politique de Dean a permis à cet état, dans un contexte général américain bushite père et fils de rester ouvert socialement. Ce qui n’est pas rien quand on écoute les démocrates...

De plus, la façon dont Haward Dean est arrivé à la politique, sa carrière et son profil atypique parmi les politiciens américains est un gage d’ouverture et d’acceptation de l’autre.

Enfin, le début de sa campagne, appuyée par des milliers de gens à travers l’internet, sans soutien des médias au début (merci MoveOn pour l’aide logistique du début) en fait une campagne exemplaire.

Le débat d’hier au New Mexique montre que les concurrents démocrates sont un peu dépassés par Dean. L’appui des milliers de gens qui le soutiennent aujourd’hui lui donne cet aisance.

Ne faisons pas la fine bouche

Dans le Vermont de Howard Dean, les initiatives socialement libérales (dont le mariage homosexuel) sont venues de la Chambre et de la Cour Supreme de l’Etat. Howard Dean, lui, défend la peine de mort, s’oppose au contrôle des armes à feu, et entretient des relations étroites avec bon nombre d’intérêts économiques. Aux USA aucun commentateur sérieux ne le prend pour un " vrai " libéral, à la Paul Wellstone ou D. P. Moynihan.

Ceci étant rappelé, il est clair que ce type est intelligent, habile, et combatif. Il a du flair et du bon sens, ne semble pas avoir trop de cadavres dans ses placards, et c’est le seul qui peut battre Bush. On ne va faire la fine bouche :) ni lui jeter la pierre s’il a choisi de faire campagne à gauche pour les primaires ...

Sur le plan tactique, c’était la seule campagne possible pour un outsider. Les candidats soutenus par la machine de guerre démocrate (Kerry, Gephardt, Edwards, Lieberman) ne laissent aucune place au centre. La seule façon de créer un mouvement porteur (en termes de financement puis de votes aux primaires) est de mobiliser les activistes et les libéraux que la dérive à droite du Parti Démocrate a laissé sur le sable. C’est ce que fait Dean, et tant mieux.

A ce stade, la situation en Irak compte beaucoup : les 4 rivaux de Dean ont voté les pleins pouvoirs à Bush pour la guerre (avec Gephardt et Lieberman en rajoutant dans le registre " faucons "), et aujourd’hui cela décrédibilise leurs attaques contre l’Administration Bush. Mais si la situation en Irak venait à s’améliorer, avec ou sans l’ONU, le rapport de forces pourrait bien s’inverser, et les chances de Dean seraient sévèrement compromises. Les chances démocrates aussi. Ce qui me parait une raison de plus, même si ça peut sembler un peu cynique, pour ne pas engager l’ONU en Irak avant le 4 Novembre 2004.


Le vrai challenge pour Dean

Je relisais hier le papier de Norman Mailer dans l’Obs qui attribue la volonté de faire la guerre en Irak au dernier sursaut d’aggressivité de la (maintenant) minorité d’hommes blancs qui peuplent les Etats-Unis. Trop facile et trop évident comme bouc émissaire. Les autres communautés et l’autre sexe ne sont pas moins aggressifs. Chomsky et Blum l’ont souligné depuis longtemps.

Le vrai challenge pour Dean sera de détourner l’aggressivité de ses compatriotes vers les ennemis intérieurs : patrons voyoux, industries polluantes, infrastructures hors d’âge, lobby agro-alimentaire, NRA, déficit budgétaire, etc.

Et de faire tout cela sans trop changer la règle du jeu afin de ne pas effrayer ceux qui viennent nourrir la machine US ou qui l’alimentent depuis l’étranger.

On peut d’ailleurs se poser légitimement la question de l’intérêt de soutenir un candidat face à Bush. Ce dernier est en train de détruire son pays. Et il le fait par IDEOLOGIE, la sienne et celle de son entourage, ce qui interdit tout questionnement. Au terme de son second mandat, vers 2008 donc, l’Europe aura le champ libre pour faire valoir ses propres vues. MB

http://www.isn.ethz.ch/infoservice/secwatch/index.cfm ?parent=5days&menu=2

L’article de Norman Mailer

L’évolution de l’opinion publique US

http://www.whatthenationthinks.com/UK/results.asp ?PollID=2702


On peut d’ailleurs se poser légitimement la question de l’intérêt de soutenir un candidat face à Bush. Ce dernier est en train de détruire son pays. Et il le fait par IDEOLOGIE, la sienne et celle de son entourage, ce qui interdit tout questionnement. Au terme de son second mandat, vers 2008 donc, l’Europe aura le champ libre pour faire valoir ses propres vues.

Au secours, Kissinger est de retour

Sur le papier, on peut espérer tirer quelque profit de l’affaiblissement de la machine de domination américaine, mais c’est faire peu de cas des victimes, passées et futures, de la politique de M. Bush et consorts : victimes militaires, civiles, économiques (chômage, pauvreté, tiers monde), morales (Nations Unies, coopération internationale, TPI, etc..) M. Bush et sa clique sont en train d’effacer systématiquement tous les acquis des 50 dernières années, et à cette vitesse là nous serons de retour à l’age de pierre bien avant 2008 :) Ca ne vaut pas le coup, et c’est moralement indéfendable.

Quant aux "vues" européennes, quelles sont-elles ? La Constitution Européenne comme arme de domination mondiale ? Même Giscard n’en attend pas autant... Et puis sérieusement, j’ai à peine plus envie de vivre dans un monde "dominé" par les "vues" de M. Lamy et de Mme Fontaine que dans celui de MM. Bush, Cheney, et Rumsfeld.

Pour une alternative moins déprimante, je me permets de vous recommander : "The Age Of Consent, a manifesto for a new world order" par George Monbiot, chez Flamingo. [Une bonne review dans le Guardian DW


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