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Sauvons la recherche
lundi 19 janvier 2004

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"Simple pétition" au départ, la protestation des chercheurs devant la politique de saccage de la recherche en France s’est transformée, en quelques jours, en une vaste fronde.

Sur Internet, leur pétition a obtenu 31.000 signatures en 15 jours.


Vous n’appartenez pas au secteur professionnel de la recherche, vous n’êtes pas enseignant des Universités mais vous comprenez que nous luttons pour préserver la recherche fondamentale publique, garante de la vitalité intellectuelle de notre pays et de sa place dans le monde de demain. Vous avez pris connaissance de la lettre "Sauvons la recherche", vous reconnaissez l’analyse de la situation qui y figure et soutenez l’action des signataires.

Adresse de la pétition


Sauvons la recherche Lettre ouverte au gouvernement Le mercredi 7 janvier 2004.

(...) Croire que l’on peut limiter la recherche à quelques axes prioritaires pour la société, c’est entrer dans une logique de sous-développement. Les retombées utiles et rentables viennent et viendront de la recherche appliquée. Mais celle-ci ne peut exister qu’en utilisant les nouveaux outils et les concepts inventés par la recherche fondamentale. (...)

En France, nous assistons à un abandon de la recherche fondamentale par l’Etat. Cette politique entraînera irrémédiablement à sa suite un effondrement de toute recherche appliquée. Nous en avons déjà des exemples avec la fermeture de centres de recherche privée (Aventis, Pfizer), qui préfèrent exercer cette activité là où le lien entre recherche fondamentale et appliquée est soutenu : aux USA. Car il faut le redire : l’industrie privée américaine est massivement dépendante du secteur public. (...)

En dépit du discours officiel affirmant que la recherche est une priorité nationale, le gouvernement français est bel et bien en train de fermer le secteur de la recherche publique, sans même se rendre compte qu’il n’y a rien pour la remplacer. Il asphyxie financièrement les organismes de recherche publique. Les baisses de crédits ajoutées aux annulations de crédits et au non paiement des crédits votés par le Parlement (début décembre 2003, 50% des crédits de fonctionnements 2002 du CNRS ne lui avaient toujours pas été versés !) mettent plusieurs EPST (Etablissements Publics à caractère Scientifique et Technique, comme le CNRS, l’INSERM ou l’INRA) et les EPIC (Etablissement Public Industriel et Commercial, dont le CEA) au bord de la faillite. Alors que la recherche, qui est une activité sur le long terme, a besoin de perspectives claires, le gouvernement décide une réduction brutale du nombre de recrutements de jeunes chercheurs (un exemple, pour les recrutements de chargés de recherche à l’INSERM : 95 recrutements en 2002, 30 prévus en 2004). Coïncidant avec un départ massif des cadres de la recherche française à la retraite, cet abandon fera que l’écart avec les autres pays équivalents atteindra rapidement un point de non retour, d’autant plus rapidement que les jeunes scientifiques s’expatrieront, un mouvement déjà largement amorcé. (...)

Lettre ouverte des chercheurs


Un bel exemple de mobilisation en ligne

La pétition des chercheurs recueille près de 31 000 signatures

Deux semaines après son lancement sur Internet, la pétition intitulée "Sauvons la recherche !" a recueilli 31 000 signatures de chercheurs, d’universitaires et de doctorants. Les pétitionnaires réclament le versement "immédiat" des sommes dues par l’Etat aux organismes, une augmentation "significative" des recrutements de jeunes, ainsi que des "assises nationales de la recherche".

Tout a commencé au début du mois de décembre 2003... Le budget 2004 de la recherche venait d’être voté. "Devant la situation dramatique des laboratoires, notamment en biologie, nous nous sommes dit, avec un collègue de Pasteur, que les chercheurs ne pouvaient pas continuer plus longtemps à se taire, à courber l’échine alors qu’on les conduisait à l’abattoir." A deux, ils rédigent un premier texte, qu’ils intitulent "Le silence des agneaux".

Lire la suite : Fronde des chercheurs : la pétition recueille 31 000 signatures en deux semaines


Parti socialiste : "La Recherche est en danger et c’est un enjeu national, pour le présent comme pour l’avenir de notre société."

Le Parti socialiste apporte son plein soutien aux mouvements et manifestations des chercheurs. La Recherche est en danger et c’est un enjeu national, pour le présent comme pour l’avenir de notre société.

Aussi le Parti Socialiste souhaite le rétablissement immédiat des nombreux crédits annulés depuis 20 mois par le gouvernement RAFFARIN. De ce point de vue, l’audit annoncé par la ministre de la Recherche n’est ni justifié ni légitime d’autant que les organismes de recherche ont d’ores et déjà fait l’objet, il y a un an à peine, d’un examen approfondi de la part de la Cour des Comptes.

Il demande qu’un engagement clair et précis soit pris, afin que tout départ en retraite soit systématiquement et intégralement compensé. Parallèlement une discussion approfondie doit s’amorcer au plus vite entre le gouvernement, les universités et les organismes de recherche pour retrouver la dynamique de recherche et d’innovation, brisée par la politique de déclin actuellement suivie.

Enfin, le Parti socialiste approuve la perspective et l’idée de grandes assises de la recherche comme le réclament, à juste titre, des dizaines de milliers de chercheurs, plus de 32.000 aujourd’hui mobilisés, déjà rejoints par plus de 15.000 citoyens.

Communiqué d’Alain CLAEYS, secrétaire national à la Santé et à la Recherche


Un travail de démolition savamment orchestré par l’Élysée qui contraste singulièrement avec les efforts consentis par le gouvernement Jospin, cinq années durant. Malgré les savants habillages de la ministre et les dénégations offusquées de M. Raffarin, les faits sont têtus.

(...) Une tradition de sacrifice de la recherche publique

Le gouvernement Chirac-Raffarin n’a pas été long à retrouver les vieux démons qui caractérisent la droite française. Si Jacques Chirac prétendait, dans son programme présidentiel, « redonner la priorité à la recherche », il cherchait d’abord à faire oublier un lourd passé. 1975 : Chirac Premier ministre promet une France plus moderne. 1976 : c’est la douche froide : des milliers de scientifiques lancent un appel « la recherche : de l’austérité à la récession » . 1986 : Jacques Chirac, Premier ministre à nouveau, met le feu à l’université. Il dissout le Comité national de la recherche, l’instance scientifique du CNRS, et bloque le recrutement de quelque 535 jeunes chercheurs.

Mais ce passé n’était rien, en comparaison des coupes budgétaires opérées depuis 2002 : 35 % de diminution de nos budgets de fonctionnement de recherche conjugué au blocage du recrutement des jeunes chercheurs les plus brillants !

Malgré les savants habillages de la ministre et les dénégations offusquées de M. Raffarin, les faits sont têtus. Exemple, le CNRS : budget voté pour 2002 de 411,9 millions d’euros, dont 30 millions sont annulés en décembre 2002, puis budget 2003 de 340,6 millions d’euros dont 38,1 sont annulés dès le 14 mars suivant, à quoi il faut ajouter 209,2 millions de retard de crédits 2002 non versés à ce jour, mais promis pour...2004 et 2005 et comptés à ce titre comme des augmentations de crédits par les mystificateurs qui nous gouvernent aujourd’hui. Ceci vaut pour tous les établissements de recherche.

Pis encore, le recrutement des jeunes chercheurs : 105 postes au concours de l’Inserm, en 2001, contre 30 postes, en 2004.

La recherche emploie 1 % des agents de l’État et contribue pour 10 % aux suppressions de postes de fonctionnaires en 2004 ! Quel contraste avec les 13 600 emplois créés par la gauche dans l’enseignement supérieur et la recherche entre 1997 et 2001 pour répondre à des besoins essentiels, et 17 000 postes de chercheurs et d’enseignants-chercheurs qui auraient dû être ouverts aux concours de 2002 à 2005. Sans compter les postes de techniciens, sur les bases des plans pluriannuels mis en place par Roger-Gérard Schwartzenberg et Jack Lang. (...)

Point de vue d’Hervé Chneiweiss, chercheur et délégué national pour les sciences de la vie.


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