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Vous êtes ici : Accueil > Observatoire des usages politiques et militants de l’internet > Mobilisations en ligne .... > Comment Internet et le SMS ont contribué à la chute du gouvernement Aznar | |
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vendredi 16 avril 2004 Imprimer cet article | Cet article au format PDF
"Tu vas bien ?" "Pas vraiment, avec ce qui s’est passé à Madrid ?" "Que s’est-il passé, au fait ?", "Il y a eu plusieurs bombes et il y a plus de 100 morts"). Voilà, il était 10h 30 et au café les gens ne parlaient que de ça. Premier point important : à ce moment là on pensait tous que c’était l’ETA. Toute l’histoire récente de ce mouvement fasciste laissait croire qu’un tel attentat était dans les cordes morales de l’ETA. Début mars, la garde civile (la gendarmerie espagnole) avait arrêté une voiture conduite par deux jeunes terroristes portant 500 kilos d’explosifs destinés à exploser dans des gares et des aéroports. D’autres arrestations avaient eu lieu les jours précédant le 11 mars. Etc. Même le président du gouvernement basque, le nationaliste Juan José Ibarretxe, avait fait à 9h 30 une déclaration disant qu’avec cet attentat l’ETA signait sa disparition politique. Et il l’a dit sans avoir été influencé en rien par le gouvernement central de Madrid.
A la manifestation de Madrid les gens crient : "C’était qui ?". Et conspuent Aznar et ses ministres, qui pourtant avaient convoqué eux-mêmes la manif, à tel point qu’ils doivent partir sous protection policière. A Barcelone, les représentants du PP (Partido Popular) ne peuvent même pas intégrer la manifestation. Les gens établissaient un lien clair entre le fait d’avoir été visés par un attentat d’Al Qaida et la présence espagnole en Irak ("C’est votre guerre, ce sont nos morts"). J’avais déjà reçu plusieurs e-mails dans le genre "Pssttt, faites passer" dénonçant la manoeuvre à laquelle se livrait le PP. Mais ce fut surtout samedi, la veille des élections, que la mobilisation à cristallisé. Ce jour là c’était devenu clair que le gouvernement Aznar mentait sciemment pour cacher aux espagnols que l’attentat était l’oeuvre des islamistes. Les e-mails (j’en ai reçu pas mal) et surtout les SMS, faisaient le tour du pays. Les gens se battaient comme ils pouvaient contre le mensonge d’Etat et, parmi les moyens qu’ils avaient à leur disposition, il y avait les technologies de la communication. Deuxième point important : on a vu là en grandeur nature, comme dans un gigantesque labo social, les technologies dont nous nous occupons contribuer à sensibiliser et mobiliser les gens en un temps record pour faire tomber un gouvernement devenu inique.
Qu’est-ce qui a fait perdre le PP ? On a dit que, frappés par le terrorisme islamiste, les espagnols avaient voté Munich 1938. Qu’ils ont élu un Chamberlain plutôt qu’un Churchill. Je pense que c’est faux. Même si j’observe pas mal de tendances munichoises dans la société espagnole, et surtout dans la société catalane. Les espagnols ont sorti le PP parce que celui-ci leur a menti, n’a pas assumé ses erreurs, et a voulu se défausser sur les 200 morts de l’attentat. C’était insupportable !!! Et je voudrais ajouter que le PP n’a montré aucun savoir-faire dans sa manipulation. C’était complètement stupide que de prétendre que dans une société démocratique, pleine d’outils de télécommunications, ouverte sur le monde, la vérité pouvait être cachée. Je pense sincèrement (et je ne suis pas le seul) que si Aznar avait reconnu dès le départ que c’était les islamistes, avait appelé à l’unité nationale contre le terrorisme et pour la défense de la démocratie, le PP gagnait les élections. Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ? Je n’ai qu’une explication : chassez le naturel, il revient au galop. En temps de crise, les fils des anciens dignitaires franquistes ne savent pas jouer la transparence démocratique, ils ne l’ont jamais fait, ils ne pensent même pas à le faire. Pour eux, ce n’est pas une possibilité. Je compare leur attitude par rapport à leur opinion publique sur la guerre en Irak (refus de tout débat, y compris au parlement espagnol), avec celle de Tony Blair qui, quoi que l’on pense par ailleurs, a passé son temps à débattre de la chose au parlement britannique ainsi que dans toutes les réunions possibles et imaginables. Sergio Vasquez Bronfman
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