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Niger : des radios solaires au profit d’une communauté
vendredi 30 avril 2004

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Un programme "léger" et autogéré dans des communautés nigériennes.

Le lundi 15 mars 2004 s’est déroulée à l’Assemblée Nationale l’audition de M. Djilali Benamrane par le groupe « Produire et gérer les savoirs » des « Temps Nouveaux » et temPS réels.

Djilali Benamrane, économiste de formation, a beaucoup travaillé dans les pays d’Afrique de l’Ouest, dans le cadre du PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement). L’article qui suit reflète (pas au mot près, il s’agit d’un texte rédigé à partir des notes d’auditeurs) son propos lors de sa rencontre avec Temps Nouveaux et temPS réels :

En 1998, une sécheresse a inquiété des associations d’aide et des bailleurs de fonds, qui nous ont indiqué des régions du Niger où il y avait un risque de famine ; nous étions trois représentants de programmes d’aide, un économiste, un agronome et un météorologiste, qui nous sommes rendus à Bankilaré. Ce village de 2.000 personnes se trouve à 240 km de la capitale Niamey. C’est une région où les villages sont tous sans électricité.

L’habitude des promesses non tenues

Là, nous avons rencontré le chef du village et discuté avec des femmes. Elles ont manifesté - par un fou rire général dont le sens nous échappait jusqu’à ce que l’interprète, réticent, finisse par nous traduire leurs propos - leur scepticisme : trois fois par an, disaient-elles, on voyait arriver au village des gens qui comptent tout, enfants, équipements, animaux, qui font des promesses d’assistance puis repartent, et plus de nouvelles.

Nous leur avons fait envoyer par la suite un camion de riz, mais lors de notre discussion sur place, nous avions demandé quelles étaient leurs autres doléances, en plus du manque de nourriture. Le problème de l’accès à l’information a été mentionné comme particulièrement important : il n’y avait qu’un ou deux postes radio pour tout le village, les habitants n’avaient pas d’argent pour en acheter ou en faire fonctionner.

De plus, le village se trouvait « enclavé » quant à la langue, n’ayant pas d’informations dans sa langue sur ce qui se passait localement ou nationalement dans la plupart des émissions captées.

Le lendemain, nous sommes allés voir le chef de l’ORTN, le service public local de la télévision, qui nous a expliqué que le village, comme des dizaines d’autres, se trouve dans une zone d’ombre empêchant la réception des émissions. Le coût d’un réémetteur était de 500.000 francs (75.000 euros), et la zone, étant peu peuplée, n’était pas du tout prioritaire.

Une prise en charge par les villageois

Nous sommes revenus deux ou trois fois à Bankilaré, et avons conclu un accord avec le village : il fallait qu’il s’engage, si on lui fournissait le matériel nécessaire, à trouver cinq jeunes gens à former et à prendre en charge le fonctionnement ensuite. Nous (PNUD) avons fourni un matériel radio se présentant dans une valise de 5-6 kg, fonctionnant avec un panneau solaire, d’un coût d’environ 10.000 euros avec émetteur et antenne satellite.

Ce matériel a été installé dans un local, un bâtiment d’architecture sahélienne. Il comprenait une radio WorldSpace, avec laquelle l’animateur peut recevoir, stocker et réémettre des émissions. La distance de diffusion a été fixée arbitrairement à 15 km pour établir une vraie proximité. Un deuxième bâtiment accueille une télévision solaire, la seule du village, avec une antenne satellite et une vidéo.

WorldSpace est une entreprise commerciale, qui a de grandes radios et des banques parmi ses clients ; elle propose des canaux radio et de données. Son président est un Américain d’origine éthiopienne, il a créé une fondation qui a offert deux canaux gratuits, un anglophone, Africa Learning Channel, et un francophone.

Un an plus tard, nous avons équipé un deuxième village, à 1500 km de Niamey, et un autre à la frontière avec le Tchad. Il y en a à présent 70 en tout. L’ensemble couvre deux millions d’habitants sur les dix millions de Nigériens - sachant que nous couvrons en priorité des endroits reculés, des zones peu densément peuplées.

Le coût du panneau solaire est de 10.000 francs (1500 euros) ; on nous avait prédit qu’ils seraient volés, en fait un seul a été volé en quatre ans pour 70 sites équipés, dans Niamey même. La valise radio coûte 5.000 euros. Si elle tombe en panne, elle est ramenée au chef-lieu et échangée, puis celle en panne est envoyée à la capitale pour y être réparée. Notre choix a été de former des gestionnaires et des animateurs, pas des techniciens. La parité homme/femme est instaurée partout.

Ils sont rémunérés 45 euros par mois (par personne), avec une dizaine d’animateurs en moyenne pour chaque radio, à multiplier donc par 70 dans tout le Niger. Il n(est pas rare que ces jeunes gens soient ensuite embauchés par les entreprises de radio ou de télévision.

Programmes diffusés dans plusieurs langues

Leurs émissions se sont diversifiés avec des services payants : dédier un disque, passer une annonce (mariage, naissance, deuil...). La gestion et le fonctionnement sont entièrement gérés par les villages, et c’est pour ça que ça marche bien.

Cette expérience, aux antipodes des programmes « lourds » et créant des dépendances - techniciens occidentaux nécessaires, avec les charges que représentent les salaires d’expatriés - s’est avérée une réussite alors que la plupart des « institutionnels » nous prédisaient l’échec.

Elle suscite beaucoup d’intérêt, des visiteurs sont venus du Mali, du Burkina-Faso, du Bénin, du Togo et du Sénégal pour voir comment ça se passe. La radio des jeunes de Gondel par exemple réalise des traductions dans 10 langues nationales, en tire des cassettes audio et des CD et les rediffuse dans tout le réseau. Chaque programme représente une dizaine d’heures.

A lire également
A Lyon, bientôt une agence internationale pour la solidarité numérique

LIENS

Ruranet, réseau des radios rurales au Niger
http://membres.lycos.fr/nigeradio/

Programme des Nations-Unies pour le développement, au Niger
http://www.intnet.ne/pnud_fr.html

Programme des Nations-Unies pour le développement
http://www.undp.org/french/


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