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Vous êtes ici : Accueil > Dossiers et débats > Chroniques > Voir loin agir proche. La chronique de Christian Sautter > Une dynastie de pirates | |
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VOIR LOIN, AGIR PROCHE jeudi 27 mai 2004 Imprimer cet article | Cet article au format PDF Je n’ai pas vu le film de Michael Moore sur Bush, qui a obtenu la palme d’or au Festival de Cannes. Mais j’ai lu un livre bien instructif, offert par Pierre Sudreau et consacré à la famille Bush : Kevin Phillips, "An American dynasty" ( Allan Lane, 2004). C’est un livre foisonnant, très bien documenté, qui développe une thèse me laissant perplexe : les Etats-Unis sont menacés de devenir une république dynastique, dans laquelle le pouvoir se transmet de père en fils, de Bush senior à Bush junior. Beaucoup plus intéressante est la description du complexe militaro-industriel assez particulier qui soutient la famille Bush dans sa conquête du pouvoir, depuis ... la première guerre mondiale. En exergue est citée une phrase du président Eisenhower, au moment où celui-ci quitte le pouvoir en 1961 : " Dans les organes du gouvernement , nous devons veiller à ce que le complexe militaro-industriel n’exerce pas une influence trop importante, volontairement ou involontairement". Dans la famille Bush, nous connaissons le fils, nous nous souvenons du père et nous allons découvrir un grand-père et un arrière-grand père. Le premier s’appelait Prescott Bush et fit une longue carrière financière assez curieuse avant de devenir sénateur du Massachusetts en 1952. Les grandes banques américaines fondées par les Rockefeller, Carnegie, Mellon avant la première guerre mondiale occupaient des positions si dominantes que les jeunes ambitieux ont dû trouver de nouveaux champs pour déployer leurs talents financiers. Prescott Bush fut un élément de la bande de pirates qui ont financé la nouvelle Union soviétique (déjà le pétrole, à Baku) et l’Allemagne nazie (jusqu’en 1941 !!). Cette équipe comprenait du beau monde, Averell Harriman, John Foster Dulles et son frère Allen Dulles, qui jouèrent des rôles de premier plan pendant et après la deuxième guerre mondiale. L’arrière-grand-père se nommait Georges Herbert Walker. Rappelons que Bush père s’appelle Georges Herbert Walker Bush et que le président actuel se nomme Georges Walker Bush. C’est dire le respect qui entoure ce fondateur de la fortune familiale. C’était un sidérurgiste qui connaissait toute l’élite de la finance et de l’industrie américaine, grâce à ses études à Yale et plus particulièrement à son appartenance à la confrérie "Skull and bones" (crâne et os, le drapeau des pirates), qui rassemblait l’élite au sein de l’élite. Les deux présidents des Etats-Unis sont passés par cette même confrérie, qui leur confère une estampille de pirates de bonne famille ! La finance est donc le cœur de métier de cette "dynastie" et plus particulièrement le financement de la recherche, de l’exploitation et de la commercialisation du pétrole. Bush père comme Bush fils ont exercé des responsabilités directes en ces domaines, lorsqu’ils n’étaient pas dans des postes de responsabilités politiques (patron de la CIA, ambassadeur en Chine, vice-président de Reagan, président pour le père, gouverneur du Texas et président pour le fils). La plus grande partie de leur proche entourage vient de ce milieu, à commencer par le vice-président Cheney et même Condoleezza Rice, qui a un temps travaillé pour la société pétrolière Chevron. L’autre cercle de familiers est celui de la CIA, que Bush père a dirigé en 1976 et dont le fondateur a été Allen Dulles, qui était très proche du grand-père Prescott Bush. D’où, une tendance à jouer des coups tordus et à prendre des aises avec la vérité. Il en est ainsi des tractations menées à l’automne 1980 par un ami de la CIA, en pleine campagne présidentielle pour convaincre les Iraniens de ne pas relâcher les otages américains et affaiblir ainsi la candidature du président sortant Jimmy Carter, défié par Reagan et Bush. Le livre démontre de façon convaincante que la famille Bush a été proche des responsables de quelques jolis scandales financiers : l’affaire Enron, une gigantesque cavalerie de spéculation pétrolière, comme la faillite moins connue de la banque luxembourgeoise BCCI, établissement glauque où coexistaient des intérêts saoudiens et la CIA. Les liens avec les grandes familles princières du Golfe sont avérés (y compris la famille Bin Laden, dont on ne sait si elle a rejeté ou soutient toujours le rejeton Osama). Ajoutons deux dimensions originales de ce nouveau complexe militaro-industriel, quelque peu inquiétant. Le premier est l’innovation due en bonne partie au vice-prédisent Cheney, avec la firme Halliburton qu’il a présidée : c’est la privatisation d’activités militaires, soit de soutien aux combattants, soit de substitution de mercenaires à des combattants, pour protéger des officiels ou des sites sensibles. Comme on l’a vu dans une lettre précédente, ces mercenaires sont très nombreux en Irak et l’on s’y interroge sur l’origine des civils qui, semble-t-il, jouaient un rôle dans les tortures infligées aux prisonniers irakiens. La deuxième nouveauté, c’est la dimension religieuse introduite par Bush fils, qui a su avec un talent certain, dissimuler ses origines de grand-bourgeois libéral de la côte est pour devenir le porte-étendard des intégristes religieux du sud. Ces baptistes, petits-blancs, votent massivement, ce qui est exceptionnel aux Etats-Unis, et ils ont voté à 84% pour Bush junior en 2000. Cette "droite religieuse", qui refuse l’avortement, l’homosexualité, et attend la fin du monde rédemptrice (55% croient à Armageddon), qui rappelle que Bagdad est la Babylone satanique de la Bible, qui sympathise massivement avec Sharon, donne froid dans le dos. Que conclure de cette analyse d’un réseau complexe qui imbrique les intérêts pétroliers et financiers, les missions civiles et militaires, les préoccupations familiales et l’intérêt général, qui préfère les opérations occultes au contrôle du Congrès, qui prétend répandre la démocratie et la Bible et s’appuie sur les potentats arabes les plus obscurantistes ?
Christian Sautter
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