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Vous êtes ici : Accueil > Dossiers et débats > Libertés, vie privée, surveillance > Du fichage abusif au licenciement : la loi Sarkozy fait des siennes | |
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mercredi 25 août 2004 Imprimer cet article | Cet article au format PDF Quatre salariés d’un sous-traitant de la centrale nucléaire de Flamanville ont perdu leur emploi après consultation du fichier Stic par la préfecture, qui a reconnu une « erreur d’appréciation ». Un dérapage pas exceptionnel. La loi Sarkozy sur la sécurité intérieure a été utilisée par un sous-traitant d’EDF pour licencier quatre salariés. C’est l’affaire qu’a rapportée L’Humanité du 10 août 2004 : employés de SPGO, entreprise privée de gardiennage travaillant pour la centrale nucléaire de Flamanville (Manche), un salarié en CDD successifs depuis 2000 et trois autres en CDI ont été licenciés, pour « refus d’agrément de la préfecture ». Les entreprises privées de sécurité sont soumises à une procédure d’agrément à la préfecture, pour l’entreprise mais aussi pour chacun de leurs employés. La préfecture peut refuser l’agrément d’un employé lorsque figurent sur son casier judiciaire des condamnations pour crimes et délits. Mais, précise L’Humanité, la loi Sarkozy a prévu une consultation des fichiers de police pour juger de la « moralité » de l’intéressé. Cela alors que le Stic (Système de traitement des infractions constatées) agrège comme « mises en cause » toutes les personnes fichées par la police, comme auteur, suspect, témoin ou victime. Les quatre salariés dont le quotidien a raconté les difficultés ont appris, en contestant la décision de la préfecture, le motif de ce refus d’agrément :
La CGT a organisé des protestations, indique Éric Hugelmann, secrétaire de la CGT d’EDF-Flamanville, à L’Humanité, d’autant que les 21 autres salariés de SPGO en attente d’agréments s’inquiètent pour leur emploi. « La préfecture recule rapidement. Le 8 juillet, elle revient sur trois des quatre décisions, le cas de l’insulte au gendarme étant toujours à l’étude. » Les 21 autres salariés obtiennent tous leur agrément. Mais les licenciés - remplacés par des salariés en CDD - n’ont pas obtenu de réintégration, et portent l’affaire devant les prud’hommes. De leur côté, indique le quotidien, « les cégétistes pointent la contradiction entre ces dispositions sécuritaires qui pèsent sur les salariés et la réduction par EDF, dangereuse mais non contrôlée, des moyens mis à la surveillance des sites. " EDF affirme tout miser sur la sécurité des sites, mais elle choisit toujours le moins cher des sous-traitants en gardiennage, et le pousse à réduire les coûts, notamment en personnel, explique Éric Hugelmann. Par exemple, SPGO a fait passer les rondes de nuit de trois à deux salariés. SPGO a aussi sanctionné deux salariés qui refusaient d’effectuer un travail délicat pour lequel ils n’avaient pas été formés. " » La loi Sarkozy sur la sécurité intérieure, votée au Parlement par la majorité de droite, a été promulguée le 18 mars 2003. Un texte critiqué par la gaucheLors de la discussion à l’Assemblée nationale sur le projet de loi Sarkozy, le 15 janvier 2003, le député communiste Patrick Braouezec avait souligné : « Le fichage policier est élargi avec la consultation du fichier STIC - le système de traitement des infractions constatées - qui englobe les coupables mais aussi les suspects, les témoins et les victimes, mineurs ou majeurs, soit 5 millions de personnes, pour l’accès à certains emplois ou à la naturalisation. Les fouilles et les palpations par les vigiles privés deviennent légales. La majorité parlementaire propose d’étendre la consultation des fichiers aux policiers municipaux. La protection des libertés individuelles exige pourtant de limiter strictement l’utilisation de tels fichiers, en lecture et en écriture, aux seules fins de police ou de sécurité.
Lors de la même discussion, le député socialiste Arnaud Montebourg rappelait que l’appel de juges européens (l’Appel de Genève) en 1996 soulignait que « des circuits occultes empruntés par des organisations délinquantes et criminelles se développent en même temps qu’explosent les échanges financiers internationaux pour recycler l’argent de la drogue, du terrorisme, des sectes, de la corruption et des activités mafieuses. Certaines personnalités et certains partis politiques eux-mêmes ont à diverses occasions profité de ces circuits. Par ailleurs, les autorités politiques, tous pays confondus, se révèlent incapables de s’attaquer clairement et efficacement à cette Europe de l’ombre. ». Or, observait le député socialiste, « De ces questions, monsieur le ministre, votre texte ne dit mot. Cette nécessité d’améliorer la répression transnationale de réseaux qui collectent, recyclent cet argent sale ou criminel et en jouissent, votre texte ne l’aborde pas. Il accroît la répression contre certaines catégories sociales : les prostituées, les gens du voyage, les occupants occasionnels de halls d’immeuble, et même les mendiants au point de faire sursauter l’abbé Pierre lui-même. Mais que prévoit-il à l’encontre de la grande délinquance d’affaires internationale, utilisant les caisses noires ? Qu’organise-t-il contre la corruption du monde économique ou, malheureusement, politique ? » Des dérapages répétésL’affaire de Flamanville n’a rien d’exceptionnel, a signalé Libération le 13 août 2004 (« Stic, le fichier qui colle au passé des salariés » : « ‘Ce type d’affaire se multiplie’, s’inquiète Clémentine Voisard, chef du service des plaintes à la Cnil. ‘De plus en plus de requérants nous saisissent à la suite d’un licenciement, d’un non-renouvellement d’une autorisation de port d’arme, notamment pour les agents de sécurité employés par la RATP, ou d’un refus d’embauche dans une société de sécurité. Et bien souvent, ils sont effectivement fichés à tort.’ »
Or, souligne le quotidien, depuis la loi Sarkozy « les fichiers se remplissent à vive allure. Le Stic (pour la police) et Judex (l’équivalent pour la gendarmerie), constitués « aux fins de recherches criminelles », enregistrent la moindre information nominative recueillie par les forces de l’ordre au cours de leurs enquêtes, qu’elles aient été ouvertes pour crimes, délits ou pour certaines contraventions. A la différence du casier judiciaire, ces fichiers ne recèlent pas seulement les condamnations, mais l’ensemble des personnes mises en cause. Suspects, témoins, victimes, tous y passent, au risque d’être confondus allégrement ¬ plus de un Français sur dix y figure déjà. La loi interdit pourtant le fichage des simples témoins. Mais, régulièrement, on décèle leur présence ici ou là. » Après la médiatisation de l’affaire de Flamanville, le nouveau président de la Cnil, Alex Türk, a publié un communiqué pour le moins mesuré, concluant : « C’est pourquoi, le Président de la CNIL insiste sur la nécessité, pour les autorités responsables des fichiers de police concernés, de faire preuve de la plus grande vigilance dans l’enregistrement des données et de la plus grande célérité dans leur mise à jour. » Le cabinet du préfet de la Manche a quant à lui expliqué au webzine ZDNet : « Il s’agit d’une erreur d’appréciation au regard de mentions peu claires inscrites dans ce fichier », et reconnu au passage « nous devons garder à l’esprit que les informations du Stic sont incomplètes. » L’Humanité, 10 août 2004 : « Quand les fichiers permettent de licencier » http://www.humanite.presse.fr/journal/2004-08-10/2004-08-10-398578 Loi Sarkozy sur la sécurité intérieure http://www.interieur.gouv.fr/rubriques/c/c3_police_nationale/c31_actualites/2003_01_14_SI_AN Assemblée nationale, discussion générale sur le projet de loi Sarkozy, le 15 janvier 2003 http://www.assemblee-nationale.fr/12/cri/2002-2003/20030116.asp#PG16 Consultation du STIC dans le cadre d’enquêtes administratives
Le fichier Stic montre à nouveau ses effets pervers
Fédération Informatique et libertés
La nouvelle loi "informatique et libertés" dénie ce pour quoi elle avait initialement été adoptée. Créée pour protéger les citoyens face à la toute-puissance des fichiers d’Etat, elle opère un profond renversement de perspectives, libéralise le fichage administratif généralisé, et couvre les dérives "hors-la-loi" des fichiers policiers. Ce que Jacques Chirac avait tenté de mettre en place en 1974, et que la loi "informatique et libertés" avait alors encadré, se retrouve aujourd’hui, sous la présidence du même Jacques Chirac, sanctuarisé.
Vague de protestations contre les nouvelles lois de l’Internet
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