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G.W. Bush, Président de Guerre - Chapitre deux
jeudi 30 septembre 2004

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Idées en Mouvement

Dr John G. Mason, Professeur de Sciences Politiques à l’Université de William Paterson de l’Etat du New Jersey

En ce moment, la majorité des sondages récents indiquent que George W. Bush va emporter la victoire en novembre, et tous les autres suggèrent une compétition très serrée. Le dernier sondage de Gallup donne la victoire à Bush par une marge suffisamment importante - 52% à 44% parmi les électeurs inscrits - pour lui permettre à maintenir le contrôle des deux Chambres au Congrès. Le dernier sondage de John Zogby montre que M. Bush va perdre les grandes villes de l’Amérique « métro », mais que ce désavantage est largement compensé par son niveau de soutien parmi les électeurs ruraux de l’Amérique « rétro. » Les banlieues, par contre, restent pour le moment divisées à égalité.

Ces jours sont donc difficiles à vivre dans « l’Amérique bleue », c’est à dire l’autre Amérique progressiste des deux côtes, qui se trouve soudainement face à la perspective d’une défaite cuisante au profit des républicains en novembre. C’est une défaite que la gauche démocrate aurait cru peu pensable étant donnée le bilan catastrophique de l’administration Bush dans sa gestion de nos finances, la création de l’emploi, la conduite de la guerre en Irak ou la direction de nos alliances. Mais nous voilà quand même, car M. Bush garde la confiance de ces électeurs, hommes et femmes, qui croient que nous sommes partis en guerre en permanence contre un « ennemi terroriste » abstrait qui nous menace de partout.

Pour les électeurs patriotes, cette élection est une occasion pour donner leur approbation à George W. Bush en tant que « Président de Guerre » dont le leadership est indispensable à la sécurité de la nation. C’était la le thème principal énoncé à la Convention Républicaine à New York ou nous avons assisté à un défile des républicains modérés des deux côtes, tels que Giulani et Pataki de New York, et Schwarzenegger de Californie, qui ont cautionné des "mensonges d’Etat" de l’Administration concernant les prétendus liens entre Al Qaida et le régime bassiste dans l’attaque terroriste du 11/09/01. Ils nous ont présenté une espèce d’amalgame des terrorismes où ils ont gommé toute distinction entre Ousama et Saddam, et justifié la conquête d’Irak comme riposte légitime pour la chute des deux tours jumelles à Manhattan. Dans ce congrès qui fait penser un peu à ceux de la Corée du Nord, George W. Bush est montré comme leader décisif qui non simplement nous a protégé des menaces extérieures, mais aussi qui donne des emplois aux chômeurs, fait le nécessaire pour que nos écoliers apprennent à lire, et transforme nos retraités en propriétaires de leurs « comptes de santé » et leurs pensions de retraite. En bref, « la liberté est en marche » et quiconque va bien aux Etats-Unis le doit au courage et à la vision de notre grand timonier. Il s’agit donc d’un discours quasi totalitaire qui se détache des réalités économiques et stratégiques pour planer au niveau métaphysique des valeurs religieuses.

Pour les électeurs démocrates « métros », par contre, les questions principales de cette élection restent toujours la gestion lamentable de l’administration des deux guerres actuellement en cours en Irak et en Afghanistan, et l’effondrement de nos industries et les déficits des nos divers Etats. Chez les démocrates, la question de la guerre d’Irak est « découplée » dans leurs têtes de la campagne générale contre Al Qaida. Et là, ils estiment que la gestion de l’administration Bush est non simplement incompétente mais parfois criminelle - cautionnant à la fois des mensonges d’Etat, la réintroduction de la torture des détenus comme pratique courante, et d’autres violations du droit international dans nos prisons secrètes en Afghanistan, à Cuba et en Irak.

Les dossiers d’accusation que présentent les divers ONG et mouvements sociaux démocrates dans leurs campagnes de publicité contre l’administration Bush sont longs et doivent peser lourd. Depuis l’arrivée au pouvoir du Président Bush en janvier 2001, ils constatent que nous avons vécu une offensive conservatrice "tous azimuts" qui nous a imposé le refus du protocole de Kyoto, et des changements dans les dispositions fédérales qui concernent l’exploitation par les grandes sociétés pétrolières des zones écologiques vulnérables de l’Alaska. D’autres projets de loi de l’Administration ont subventionné au moyen des fonds publics les bonnes œuvres des groupes chrétiens intégristes ; ont réduit les impôts des 5% de la population les plus privilégiés ; ont réformé les procédures de faillite en faveur des grandes banques ; et ont empêché l’action politique syndicale. Dans l’ensemble, le programme culturel et la réforme fiscale défendus par les conservateurs visent la suppression de la plupart des droits civiques et sociaux conquis par des mouvements populaires du XXe siècle. On pourrait en dire autant des décisions qu’ils ont déjà prises de supprimer les contrôles antipollution et les réglementations fédérales de protection des zones d’environnements fragiles, de protections des forêts fédérales et d’exploitation par des compagnies de pétrole et de mines. En bref, le tout représente un programme de contre-révolution nationale qui vise l’ensemble de l’action sociale de l’Etat fédéral. C’est pourquoi l’étiquette utilisée dans la presse américaine de "conservateurs américains" est à maints égards inappropriée. Notre mouvement conservateur promeut un projet politique radical et révisionniste. Les ONG américaines se sont ralliées autour de la candidature de John Kerry dans l’espoir d’imposer au moins une pause dans la réalisation de ce projet-là.

Mais hélas, depuis la convention démocrate à Boston de juillet, M. Kerry s’est montré trop "nuancé" dans ses postions politiques pour se faire comprendre facilement par les électeurs des « swing states », les Etats au centre qui fait la balance dans une Amérique polarisé entre Etats rouges et bleus. En plus, il a été la cible d’une campagne très efficace de diffamation montée par les anciens combattants du Vietnam (Swiftboat Veterans for Truth) alliés au Parti Républicain. En visant le service militaire de Kerry au Vietnam et en ternissant sa réputation de héros de guerre, cette opération a fini par mettre la campagne de Kerry sur la défensive - un résultat étonnant compte tenu du fait que M. Bush a évité la guerre en se planquant dans un escadron "champagne" de la Texas National Guard. Mais suivant de près la formule d’attaque "sale" dont son maître Lee Atwater a été le pionnier en 1988 contre M. Dukakis, Karl Rove, le conseiller politique de Bush, a réussi en quelques semaines à transformer l’élection présidentielle des Etats-Unis en une sorte de référendum sur le caractère moral du challenger plutôt que sur le bilan politique du président sortant. Par conséquent, depuis Boston l’attention des grands médias se trouve fixée sur la géographie du delta Mékong de 1969, et bien loin de celle de la guerre de nos jours qui se passe, elle, à Bagdad, à Nadjaf ou à Fallujah. Reste à savoir, si le challenger est capable de retourner l’attention du grand public sur les véritables questions d’actualité.

-   Dans le nouveau système mondial, "l’hégémonie libérale" des Etats Unis d’après guerre - où ils ne sont que le leader principal d’une alliance des Etats qui restent souverains et à titre formel égaux - sera remplacée par une hiérarchie internationale où les Etats Unis seront au sommet entourés par des clients dépendants sur leur protection militaire bienveillante. [1] En dehors du cercle privilégié des quelques alliés militaires proches tels que le Royaume-Uni, Israël et l’Australie, la nouvelle hiérarchie comprendra des clients fidèles mais subalternes tels que l’Espagne et la Pologne ; des anciens alliés insoumis tels que la France et l’Allemagne, et des Etats voyous désignés comme ennemis déclarés du pouvoir américain tels la Corée du Nord, l’Iran ou la Syrie. Donc les relations actuelles d’influence internationales ne se mesurent plus en termes d’indépendance nationale mais plutôt en relations de proximité et de distance vis-à-vis du nouveau centre impérial - lui-même centré momentanément sur le ranch de la famille Bush à Crawford (le site de ces fastes très présidentiels, les fameux barbecues texans [2]). L’Amérique qui est séduite par la tentation impériale est bien entendue aussi une Amérique "il-libérale " parce qu’elle veut sortir de l’ordre international que les hommes d’Etat américains ont créés pendant la période d’après-guerre. L’ironie, c’est que cette Amérique patriote et souverainiste est aussi l’ennemi de la "mondialisation" géo-économique de Clinton.

-   En effet, ce qui est caché sous la révolution diplomatique opérée par l’administration Bush est une contre-révolution intérieure.

-   Cette constatation vaut aussi pour beaucoup d’autres initiatives politiques prises par la coalition républicaine en matière de politique nationale, environnementaliste et étrangère. Elle cherche à renverser l’ordre national et international créé par les progressistes américains et les sociaux-démocrates européens juste après la fin de la Seconde Guerre mondiale, et on ne peut pas sous-estimer son zèle extrémiste.

-   La guerre contre le terrorisme justifie le renforcement du pouvoir fédéral dans les domaines de justice criminelle (alias l’Etat pénal) et de défense au nom de la sécurité nationale. Par exemple la lutte contre le terrorisme a rendu possible une véritable révolution dans les affaires juridiques et l’abolition du plus ancien des droits dans la tradition commune, celui d’Habeus Corpus - selon lequel tout détenu doit être présenté devant un juge avant d’être condamné. D’abord, dans l’après-coup du 9/11, une politique de restriction des droits civiques a été mise en œuvre à la suite de l’adoption du fameux US Patriot Act. Ce dernier sanctionne un véritable « état d’exception » qui autorise par exemple l’État à considérer un immigré en situation régulière comme un « combattant ennemi » et, littéralement, à le faire disparaître (aucun rapport avec sa famille, ni avec un avocat). Il autorise la surveillance clandestine de toutes formes de communications personnelles (par téléphone, courrier électronique ou normal) et des perquisitions secrètes des maisons des particuliers.

-   Une nouvelle version de cette loi est en préparation, qu’on a surnommée « le fils du Patriot Act » ; elle autorise l’arrestation secrète de citoyens américains présumés d’association terroriste, la suppression de leur nationalité américaine, et leur déportation à l’étranger ou leur détention secrète pour une période indéterminée. La francophobie de l’administration actuelle ne l’empêche pas de réinventer les "lettres du cachet" de l’ancien régime quand il le faut. [3]

Et au moment même où nos informations personnelles deviennent plus transparentes aux agences gouvernementales, les prises de décision deviennent plus obscures. Les informations fiables nous manquent parce que les décisions officielles sont couvertes sous un manteau de secret d’Etat, et les informations disponibles sont souvent manipulées au point où elles représentent plus de la désinformation qu’autre chose. [4] Les exemples les plus évidents de la production de ce que l’ancien vice-président Gore a discrètement appelé « les impressions erronées » [5] concernant notre décision d’envahir l’Iraq avec l’appui des Anglais et personne d’autre. Au-delà des armes de destruction massive inexistantes qui ont fourni l’alibi officiel de cette guerre, on constate qu’un pourcentage important du public américain est persuadé des "faits" qui sont évidemment faux... Une majorité des Américains (52%) par exemple pensent que l’Irak détient des ADM et a eu des capacités de lancement susceptibles d’atteindre les Etats-Unis. Et 42% pensent que l’Irak est co-responsable des attentats du 11-09 avec Al Qaida et que des Irakiens ont directement participé au commando qui a détruit les tours jumelles. Au-delà de l’intérêt de l’administration de vendre notre invasion de l’Irak comme une simple contre-attaque justifiée par les victimes du 11-09, la démonisation de la tyrannie de Saddam a servi à détourner l’attention du public du rôle clé qu’ont joué des Saoudiens dans la préparation et la réalisation de l’attaque, et ainsi elle a protégé le rapport privilégié qu’ont le gouvernement américain et la famille Bush avec le royaume pétrolier. [6] Mais le problème est plus général que la manipulation des services de renseignements - où par exemple la fraction néo-conservatrice au Pentagone a crée son propre service de renseignements politiques afin de contester et décrédibiliser les rapports des services officiels comme la CIA. [7] Il concerne aussi la manipulation politique des informations budgétaires du Trésor [8] ou la censure des rapports scientifiques des agences fédéraux responsables de la santé publique ou de la protection de l’environnement. [9] Depuis le 11-09 nous sommes entrés dans l’ère de la propagande officielle, qui est plus amplifiée par les grands médias "patriotes" plutôt que contestée par eux.

-   La réduction des impôts fédéraux dépassera quelques quatre mille milliards de dollars dans les dix prochaines années - ce qui représentera une réduction de 17% sur les revenus du 1% des foyers les plus favorisés et de 5% sur les revenus de tous les autres. La différence s’explique en partie par la suppression totale d’imposition sur les patrimoines - une loi qui ne concerne que 2% des foyers américains. Cette politique fiscale menace le financement futur des pensions retraites publiques (The Social Security Trust Fund) au moment même où la génération du papy boom prépare sa retraite. Apparemment la perspective d’une crise fiscale éventuelle ne gêne pas le pouvoir actuel car il cherche à tout prix à imposer une "réforme"du système de Social Security qui remplacera des pensions fédérales par des comptes particuliers investis dans les fonds de pension privés. Il s’agit en fait de créer un déficit public tellement important qu’il justifie la liquidation de ce qui reste de l’Etat Providence - des "réformes" qui restent très impopulaires mais qui pourraient passer comme mesures d’urgence. [10]

-   En même temps, cette politique fiscale osée implique la révision profonde de la division du travail actuelle entre l’Etat fédéral et les divers Etats. Depuis Roosevelt, l’Etat fédéral a dédié une partie de son budget pour subventionner la production des services publics par des autorités étatiques ou locales. L’administration Bush fait le contraire. Les bénéfices des diminutions d’impôts nationaux sur les revenus sont largement neutralisés par les augmentations d’impôts locaux ou par des réductions sauvages des services essentiels.

-   Actuellement 42 des 50 Etats sont en péril de faire faillite avec des déficits cumulés de plus de 100 milliards de dollars. La pression des déficits crée une situation d’urgence qui imposera la liquidation de l’Etat providence même dans les grands Etats comme la Californie où les démocrates sont toujours au gouvernement mais où le déficit actuel dépasse 38 milliards de dollars. [11] Grover Norquist, un des conseillers principaux de la Maison-Blanche, a déclaré récemment qu’il espère bien que un des grands Etats tomberait en faillite pour mieux encourager les autres a prendre "les décisions sérieuses et nécessaires".

-   Nos conservateurs ont compris que les déficits fédéraux et étatiques sont une arme formidable dans leur lutte pour moins d’Etat, et que comme nous sommes en train de voir en Californie, la colère des contribuables visera plutôt les élus locaux (qui sont souvent des démocrates) que les responsables nationaux. Donc tout s’arrangera pour le mieux. dans ce scénario.

-   Les réductions d’impôts qui ne doivent pas se comprendre seulement dans la lignée classique d’une politique économique libérale et individualiste - même si cet intérêt idéologique est toujours valable pour l’aile libertaire du parti républicain. En réduisant le rôle de l’État fédéral dans les politiques sociales, on espère ainsi rendre aux Etats la plénitude de ces politiques et, à terme, entériner la dévolution du social aux églises via la substitution de la charité au politique - l’ensemble de ces mesures relève des " initiatives basées sur la foi " dont G. W. Bush reprend lui-même la rhétorique constamment dans ses discours publics.

-   Ces politiques irresponsables servent les intérêts des éléments clés de la coalition républicaine. Les réductions d’impôts gardent tout leur intérêt idéologique comme moyen d’affamer l’Etat social, mais permettent en même temps de récompenser les classe aisées pour leur investissement dans les trésors de campagne des candidats républicains - en commencent par le Président Bush lui-même qui va accumuler un quart de milliard de dollars cette année pour financer sa campagne présidentielle. De même, le remplacement des agences sociales publics par les agences caritives religieuses promet des subventions étatiques énormes pour les églises de la coalition chrétienne - d’ou viennent les électeurs le plus dévoués à la candidature de M. George Bush - "le président providentiel."

La principale leçon du scrutin de 2000 est que l’électorat américain semble se diviser selon des lignes régionales, aussi bien que selon des lignes de classe. Les républicains s’enracinent actuellement surtout dans les États du Sud et des montagnes Rocheuses, les démocrates étant dominants sur les deux côtes et dans les anciens fiefs républicains du Middle West et du Nord-Est. La dernière fois que cette répartition existait de la sorte, c’était à la fin du XIXe siècle. A cette époque, le Parti républicain l’emportait sur le Parti démocrate, minoritaire à l’échelle nationale. Il s’agissait en fait d’un système de parti unique dans les régions. Le Parti démocrate dominait complètement le Sud, le Parti républicain le Nord-Est, le Centre et la côte Pacifique. Aujourd’hui nous sommes retombés dans le même genre de système « à parti unique régional » (sectional), mais à l’inverse de celui de la fin du XIXe siècle. Ainsi les « guerres politico-culturelles » des deux dernières décennies ont amené les deux partis à échanger leurs bases géographiques traditionnelles du Nord et du Sud. La domination du Sud (à l’exception peut-être de la Floride) et des montagnes Rocheuses par les républicains leur a valu une très forte assise dans le collège électoral, mais les prive d’une majorité démographique nationale. [12] Les démocrates, quant à eux, ont réalisé leurs meilleurs scores dans les 660 circonscriptions des États du Nord-Est, à New York, en Californie, autour des Grands Lacs et dans le Nord-Ouest, là où se trouvent les plus grandes concentrations de la population américaine, aussi bien que les foyers les plus importants de l’immigration nouvelle venue du tiers-monde. On y trouve des densités de population comparables à celles de l’Europe, et les habitants très urbanisés y sont plus dépendants qu’ailleurs des services publics. On est là dans une Amérique « néo-social-démocrate ». [13] En face d’elle, une autre Amérique, celle des quelque 2400 circonscriptions rurales où l’on entretient une très profonde défiance vis-à-vis de l’État fédéral : c’est le cas du Sud, pour des raisons historiques qui remontent jusqu’à la guerre de Sécession, mais aussi du grand Ouest où le gouvernement fédéral est souvent le plus grand propriétaire. Quand on examine les États où Bush a fait ses meilleurs scores, on remarque qu’à l’exception du Texas et peut-être de la Floride, ce sont les États les moins peuplés : Nevada, Utah, Wyoming, Montana. Démographiquement, c’est « le quart vide » des États-Unis qu’on a appelé autrefois avec raison « le grand désert américain » et qui n’a pas cessé de perdre de la population au cours du dernier demi-siècle. Mais il s’agit aussi de l’Amérique qui résiste farouchement à l’État fédéral, et elle a voté massivement pour Bush. [14]

L’alignement régional n’a pas donné de parti vraiment majoritaire et a intensifié le combat partisan. La répartition régionale des votes tend ainsi à renforcer la cohésion culturelle et idéologique de chaque parti, une évolution qui contribue à la polarisation actuelle à l’échelle nationale où chaque parti a des niveaux de soutien très élevés dans ses bastions régionaux, et très faibles ailleurs. L’opposition des perspectives culturelles est tellement forte que les électeurs des différentes régions finissent par ne plus se reconnaître les uns les autres. Donc non seulement le programme, mais aussi l’imaginaire culturel des candidats du « parti opposé », leur semblent « étrangers », et ils ont une forte tendance à se méfier d’eux. Ce sont ces différences d’orientations religieuses et morales - l’axe qui sépare laïcistes ou « libertaires » des religieux autoritaires orthodoxes - qui sont devenues les indicateurs les plus fiables quant aux intentions de vote. [15]



[1] Voir l’article de Stephen Peter Rosen, "An Empire, if you can keep it, " The National Interest, No 71, printemps 2003

[2] Voir Justin Vaisee sur l’aspect Louis XIV du systeme actuel, « From Transatlanticism to post Atlanticism »,The National Interest, le 3 juillet 2003. Brookings Center on The United States and France, www.brookings.edu

[3] Le texte de ce projet de loi est disponible sur le site web du grand reporter de PBS, Bill Moyers, au www.pbs.org/now/politics/lewis.htm

[4] Voir par exemple la controverse concernant les renseignements concernant des attaques possibles disponibles avant le 11-09, Marie Cocco,"U.S. Clamps Secrecy on Warnings Before 9/11", Newsday, 7 août 2003

[5] Voir la transcription du discours de Al Gore à NYU, le 7 août, sur le site web de www.MoveOn.org

[6] Voir l’article de Jeffrey Sachs, "The real target of the war in Iraq was Saudi Arabia", The Financial Times, 13 août 2003

[7] Voir Jim Lobe, "Pentagon Office Home to Neo-Con Network," Inter-press Service New Agency, 7 août 2003

[8] Voir Noam Scheiber, "Buried Treasury", The New Republic, 11 août 2003, pp 19-21

[9] Voir le rapport du Sénateur Waxman de Californie, Rick Weiss, "Bush misuses Science, Report Says", Washington Post, 8 août 2003, page A15, et Manuel Granjean, "Comment la Maison-Blanche cache le réchauffement du climat", La Liberté, Monde, 11 août 2003

[10] Voir Paul Krugman, "A Fiscal Train Wreck", The New York Times, Op-Ed, 11 mars 2003

[11] Voir Robert Kuttner, "State Starvation", American Prospect, 1er mai 2003

[12] Jonathan Trove, « The New Map of American Politics », The American Prospect, mars-avril 1999, p. 34-42

[13] Voir Jim Chapin, le correspondant national de United Press International, dans ses articles « The New Sectionalism » et « Two and ½ Americas », 8 et 9 novembre 2000, UPI

[14] Ibid.

[15] Voir Thomas Edsall, « Voter Values Determine Political Affiliation », Washington Post, 26 mars 2001

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