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Vous êtes ici : Accueil > Dossiers et débats > Propriété intellectuelle > "Du bon usage de la piraterie", par Florent Latrive | |
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jeudi 4 novembre 2004 Imprimer cet article | Cet article au format PDF "A lire absolument", conseille Hervé Le Crosnier dans cet article dont nous partageons l’enthousiasme pour ce livre salutaire : il dessine l’affrontement de "la privatisation intégrale de la connaissance" contre "la construction d’un domaine public élargi, visant au partage et à la coopération de la culture et de l’invention". Bonjour, Je voudrais vous faire partager mon enthousiasme pour le livre de Florent Latrive qui vient de paraître aux édition Exils : Du bon usage de la piraterie. Il s’agit du premier livre en français qui fasse le
tour de la question de la "propriété intellectuelle",
et qui souligne à la fois :
Copier, utiliser, reproduire, faire circuler la culture et la connaissance est au cœur même de l’activité de création et d’invention. Les droits de "propriété intellectuelle" sont alors par nature des droits particuliers, truffés d’exceptions, partant d’un équilibre entre le soutien à l’activité créatrice et le bénéfice global de la société (les "droits des lecteurs"). Ce n’est qu’une tendance très récente qui vise à déformer cet équilibre pour considérer les droits de propriété intellectuelle sur le même régime que les droits patrimoniaux. Au mépris des besoins de l’ensemble de la société (par exemple des malades du sida qui ne peuvent acheter les médicaments dont l’industrie pharmaceutique veut interdire la copie). Et au mépris de ce qui reste dans chaque activité intellectuelle des autres créations (du passé, mais aussi du travail de co-construction des lecteurs, auditeurs, spectateurs, et même des testeurs des industries innovantes). Le livre de Florent Latrive est écrit avec la plume allègre d’un journaliste, truffé d’exemples, de portraits, de situations concrètes. Il est aussi celui d’un penseur qui refuse le modèle dominant pour interroger la cohérence des diverses orientations qui prônent la "marchandisation" de la propriété intellectuelle. Et dès lors, sous sa plume, c’est un tour d’horizon de la construction des nouvelles barrières qui s’installent sur la connaissance (les "new enclosures" en référence aux guerres liées à la privatisation des terrains communaux au 17ème siècle). C’est aussi un recensement des ouvertures, des brêches portées dans ces nouvelles barrières par les acteurs mêmes de la création et de l’innovation. C’est un monde en couleur, d’où émergent des figures actives, joyeuses et déterminées, comme celle de Larry Lessig (qui écrit la préface) ou de Richard Stallman. C’est un livre court et précis où sont mis à rude épreuve les tenants des DRM, ces contrats automatiques limitant les possibilité d’écoute ou d’usage des fichiers numériques ; les partisans de la manière forte qui consiste à traiter tout un chacun de "pirate de salon" et à convier au tribunal des gamines de 12 ans ; les avocats de la politique inhumaine des trusts pharmaceutiques ; ou les stratégies des semenciers contre la nature elle même, cette grande copieuse qui fait de chaque graine une plante portant des graines. En quelques heures de lecture vivante et éclairée, se dessine le paysage d’un combat majeur du 21ème siècle : celui de la privatisation intégrale de la connaissance auquel s’oppose la construction d’un domaine public élargi, visant au partage et à la coopération de la culture et de l’invention. Car ce n’est pas un des moindres mérites du livre de Florent Latrive que de dessiner des réelles perspectives. En s’appuyant pour cela sur les expériences concrètes de créateurs qui choisissent une autre voie. L’axe central des perspectives qu’il trace porte sur la notion de "domaine public". Et de constater qu’au-delà du domaine public historique (le patrimoine constitué par les oeuvres du passé) divers mouvements veulent ajouter des créations récentes pour construire un "domaine public consenti" : le mouvement des logiciels libres a ouvert la voie avec l’invention de la GPL (General Public Licence). Suivi par les "Creative commons", la diffusion des musiques en MP3 par leurs propres auteurs (par exemple Gilberto Gil, par ailleurs ministre de la culture du Brésil), les paysans qui défendent les semences fermières... En filigrane se dessine aussi une véritable "politique de l’immatériel". On est loin des pseudo-évidences et des discours simplistes des intégristes des droits de propriété intellectuelle. Florent Latrive évalue l’impact de la numérisation (qui crée de l’abondance dans le domaine de la culture et de la connaissance) et des conséquences que cela peut avoir pour l’organisation coopérative du monde. Combien de rêves de partage peuvent ainsi de mettre en place ? Et dès lors comment trouver les modèles économiques adaptés à cette évolution technique, modèles qui permettent l’existence d’un secteur immatériel (rétribution des créateurs et des intermédiaires qui participent à la création) sans oblitérer les perspectives ouvertes par le numérique. Des descriptions, des critiques, des propositions : réussir à mener tout cela de front dans 150 pages à l’écriture limpide. Bravo Florent Latrive. Hervé Le Crosnier *
(autrement dit : précision obligatoire de l’auteur du texte, pas d’usage commercial, pas de modification) Le livre Du bon usage de la piraterie par Florent Latrive est publié aux Editions Exils. Une version numérique pour le partage est diffusée en Creative commons by-nc-sa sur le site :
* Hervé Le Crosnier est, entre autres, l’auteur de "Cent petits papiers", des textes publiés avant le Sommet mondial de la société de l’information (SMSI) :
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