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Christian Sautter : "Quatre raisons de voter Oui"
jeudi 31 mars 2005

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On ne peut faire l’Europe dans un seul pays.

Certains veulent rejeter ce texte parce qu’il serait trop libéral, c’est-à-dire qu’il ferait la part trop belle au marché, à la libre circulation des marchandises, des personnes, des capitaux et qu’il serait un relais des pressions mondiales du capitalisme financier anglo-saxon. D’autres estiment qu’il est trop fédéral, en ce sens qu’il restreint les marges de liberté indispensables pour mettre en œuvre une politique sociale originale dans notre pays. En réalité, je ne vois pas comment les socialistes français oseraient rejeter un texte qui a été approuvé par le Parti socialiste européen et par la Confédération européenne des syndicats.

Il faut être bien prétentieux pour se dresser contre les 24 autres partenaires de la gauche européenne et bien léger pour croire que l’on pourra élaborer avec eux un meilleur texte que ce compromis laborieux.

Ce projet renferme des avancées

Y est sertie une Charte des droits fondamentaux, d’inspiration plus sociale que libérale. Les pouvoirs du Parlement européen sont considérablement renforcés. Il est même fait allusion aux "services d’intérêt général", en partie pour faire plaisir aux Français qui s’arc-boutent sur la préservation de leurs "services publics".

Ce n’est pas la Constitution qui fait la politique, c’est la majorité issue des élections qui agit dans ce cadre juridique de répartition des pouvoirs entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire. La preuve en est que la Constitution de la Vème République n’a en rien gêné l’alternance de Giscard à Mitterrand et de Mitterrand à Chirac.

La gauche devra de toute façon voter pour un texte approuvé par Chirac

Et mieux vaut choisir le moins mauvais. Il est vrai que ce fut rude de voter en 2002 pour Chirac afin de faire barrage au leader d’extrême-droite, Le Pen, qui avait dépassé Jospin au premier tour de l’élection présidentielle. Il est vrai aussi que tout référendum a un côté plébiscitaire pour le président au pouvoir. Mais le choix qui sera proposé sera entre deux traités "made by Chirac" : le traité constitutionnel si les "Oui" l’emportent ; le retour au traité de Nice, si les "Non" triomphent. Or, chacun s’accorde à penser que le traité de Nice rend l’Europe ingouvernable, tant les règles de décision y sont alambiquées et inopérantes. Je voterai donc le traité "Chirac 2" pour écarter le traité "Chirac 1" !

Ne consolidons pas l’hégémonie de l’Amérique de Bush

Le traité constitutionnel est un pas en avant, certes timide, vers une Europe-puissance, qui pourrait parler franchement avec les États-Unis, travailler avec eux à la lutte contre le terrorisme, et les convaincre que la guerre n’est pas la réponse appropriée contre ce nouveau fléau. Si ce que Rumsfeld qualifie avec mépris de "Vieille Europe" rejette le traité, ce serait dangereux pour l’humanité. Une Europe divisée renforcerait l’hégémonie américaine. Les altermondialistes et les altersocialistes devraient y songer.

Christian Sautter
dimanche 19 septembre 2004

Voir loin, agir proche


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