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Les impacts économiques de la révolution numérique
mardi 16 mai 2006

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1 Les impacts économiques de la révolution numérique

Nous ne sommes qu’au début de la révolution numérique permise par la généralisation des ordinateurs et des télécommunications, et dont le logiciel constitue l’élément le plus actif. Cette révolution agit sur l’économie dans deux directions :

-  la création de nouveaux marchés, dont nous ne percevons aujourd’hui que le début, et qui promettent de se développer principalement dans les services ;

-  la transformation de marchés existants, en permettant à l’offre de se structurer en réseaux et d’automatiser les tâches du tertiaire, ainsi qu’en donnant à la demande de nouveaux instruments de concertation via le net.

L’informatique est maintenant visible dans les statistiques de la productivité.

2 L’enjeu des biens publics

Comme tous les marchés, ces nouveaux marchés vont progressivement se structurer par la concentration, le droit, les rapports de forces, et le ralentissement de l’innovation. Après une phase d’exploration tout azimuts des nouvelles possibilités ouvertes dans laquelle nous sommes en plein.

A contre courant du mouvement actuel d’appropriation des biens informationnels par des intérêts privés, qui dépasse le domaine de l’informatique avec par exemple les brevets sur le vivant, il est important que cette structuration progressive préserve et même renforce le caractère public de ces biens quand ils constituent l’infrastructure de la société de l’information. C’est indispensable pour que la mise en réseau des connaissances produise tout son potentiel de croissance. La création d’un espace public des biens informationnels d’infrastructure suffisamment vaste est pour cela indispensable. C’est là que les logiciels libres ont tout leur intérêt. Les principaux équipements de communication et de traitement de l’information, ainsi que les fonctions sur lesquelles repose la société de l’information - comme la définition des normes, et l’allocation de l’identité des personnes, des machines et des services en ligne - doivent être placés en position de concourir à l’intérêt général. Ce qui n’impose pas une gestion publique directe, mais ne peut se satisfaire des seules lois du marché. 3 Les gagnants de l’économie de l’information

Ceux qui tireront leur épingle du jeux auront su :

-  occuper une place centrale dans ces nouveaux marchés ;

-  contrôler à leur profit les mécanismes structurant l’économie de l’information.

Pour cela, une population bien formée, capable d’adapter en continu ses connaissances, et une recherche dynamique sont des atouts de premier plan.

Mais il faut aussi disposer :

-  de grandes entreprises publiques et des coopérations internationales à même d’occuper des positions stratégiques, comme cela a permis de le faire dans le nucléaire, les transport ou l’aéronautique ;

-  d’une organisation utilisant la dépense publique et capable de financer la prise de risque, pour permettre aux PME et même aux individus d’innover ;

-  de grandes entreprises en mesure de relayer l’innovation sur les marchés mondiaux ;

-  d’une administration performante pour dégager des marges de manoeuvre à l’action collective.

4 La faiblesse de la Fance et de l’Europe

Pour l’essentiel, nous ne participons pas à l’exploration des nouveaux marchés en constitution, et rien n’indique que nous pourrons nous y imposer plus tard.

Nous sommes aussi absent des mécanismes de contrôle, qui existent ou qui se mettent en place outre-atlantique et probablement demain en Asie.

Pourquoi ?

Nous sommes peut être trop habitués à agir sur des marchés à maturité, où les alliances entre grandes structures et les rapports de forces prévalent, pour savoir encore comment nous positionner dans un foisonnement de nouveaux marchés émergeant où les petites structures et les initiatives individuelles sont privilégiées. La culture de l’économie de l’information, inhabituelle car l’effet multiplicateur de la mise en commun des informations s’y révèle plus profitable que le secret, ne semble pas avoir gagnée nos cercles dirigeants. La position en faveur des brevets logiciels, et les réticences envers les logiciels libres, du ministère de l’industrie et de nos grandes entreprises s’expliquerait ainsi.

Par ailleurs, l’Europe politique est trop faible et noyautée par des lobbys pour pourvoir peser sur les mécanismes structurant qui se mettent en place.

5 Que pouvons nous faire pour améliorer notre position ?

-  Nous appuyer sur le dynamisme des PME et des communautés du logiciel libre pour être présent sur ces nouveaux marchés, en encadrant la démarche par une organisation qui reste à définir mais qui pour favoriser l’innovation semble devoir s’appuyer sur la dépense publique et sur un financement plus adapté à la prise de risques.

-  Aller vers une Europe politique indépendante capable de peser sur les mécanismes de contrôle de l’économie de l’information et de permettre à chacun de s’inscrire dans un projet d’avenir, ce qui sera long. Dès maintenant passer des accords avec nos principaux partenaires européens pour prendre place dans ces mécanismes de contrôle.

-  Refuser l’appropriation par des intérêts privés des biens d’infrastructure informationnels en favorisant l’émergence d’un espace public permettant leur développement. Les logiciels libres, les formats ouverts et le versement dans le domaine public des biens informationnels financés par des fonds publics sont pour cela des instruments incontournables.

-  Donner à chacun de nouvelles possibilités de se former à son initiative, en évitant la rigidité des dispositifs actuels. La création d’une université en ligne, libre et gratuite, et une rénovation du droit individuel à la formation iraient dans ce sens.

L’économie de l’information ne peut pas être abandonnée aux techniciens de l’économie ou de l’informatique. Il appartient à l’action politique d’organiser son développement et sa régulation en favorisant les changements culturels qui la permettent, sans ignorer les contraintes techniques.


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