Temps Réels Nous contacter Qui sommes-nous ? Observatoire des usages politiques et militants de l'internet
Nous rejoindre Lettre de Temps Réels
Dossiers et débats Liens
Positions et propositions Plan du site
   
# Vous êtes ici : Accueil > Dossiers et débats > Propriété intellectuelle > Industries culturelles : DRM ou P2P ? > Pragmatisme en Suisse et au Canada
 
 
# DANS LA MEME RUBRIQUE :
# Didier Mathus : la France est isolée dans cette vision archaïque du droit d’auteur
# Le Canada débat d’une forme de licence globale
# En Suisse, les sociétés d’auteurs assimilent le téléchargement à de la "copie privée"
# Warner envisage la mise en place d’une licence collective
# L’Alliance public-artistes se dote d’une charte
# Tribune : et si le droit d’auteur allait trop loin, sur internet et ailleurs ?
Pragmatisme en Suisse et au Canada
jeudi 6 décembre 2007 , par RM

Imprimer cet article | Cet article au format PDF

“Partout, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et ailleurs, les professionnels et les gouvernements essaient depuis des années, non sans mal, de trouver le "graal" permettant de résoudre le problème de la piraterie. Nous sommes les premiers, en France, à réussir aujourd’hui à constituer une grande alliance nationale autour de propositions précises et opérationnelles.Grâce à vous et à cet accord, la France va retrouver une position de pays "leader" dans la campagne de "civilisation" des nouveaux réseaux.”

Nicolas Sarkozy lors de la signature de l’accord sur le "développement et la protection des oeuvres culturelles dans les nouveaux réseaux de communication" le 23 novembre 2007 à l’Elysee

La France aux avants-postes de la “civilisation” va t elle une nouvelle fois éclairer le monde ?

C’est loin d’être acquis. A l’étranger, on regarde les choses avec peut être plus de pragmatisme.

En Suisse, les deux sociétés d’auteur suissimag (pour l’audiovisuel) et la SUISA pour la musique distinguent le téléchargement de la mise à disposition : elles assimilent le téléchargement à l’exercice de la copie privée.

La doctrine de Suissimage est la suivante : « Bien que l’on entende souvent parler de « téléchargement illégal », il est permis de télécharger de la musique ou un film depuis Internet pour son usage privé. Le téléchargement est illégal uniquement si l’on propose au public (gratuitement ou contre paiement) les films ainsi téléchargés ou si l’on veut, d’une manière ou d’une autre, en faire commerce. Qu’il s’agisse donc de téléchargement à partir d’Internet ou de copie de CD ou de DVD, la situation est la même : de telles copies pour l’usage privé sont autorisées (art. 19 al. 1 let. a LDA). »

Tournons nous vers le Canada. La Commission canadienne du droit d’auteur avait opté, dés 2003, pour une doctrine assez proche ... Après avoir rappelé que l’exception dite de « copie privée s’applique uniquement lorsqu’une personne fait une copie d’une œuvre pour son usage privatif, excluant ainsi la vente, la location, la communication au public par télécommunication ou toute exécution publique de la copie, elle précisait que le régime de la copie privée « ne traite pas de la source du matériel copié ». Le téléchargement sera considéré comme bénéficiant de l’exception de copie privée dès lors qu’il est réservé à l’usage privé du copiste et fixé sur un support audio, peu importe qu’une redevance soit perçue ou non sur celui-ci (cas de la fixation sur un disque dur par exemple). Il est vrai que cette doctrine est contestée par la CRIA qui représente les intérêts de l’industrie du disque. (Fearing Legalized P2P Downloading, CRIA Declares War on Private Copying Levy).

Les Pouvoirs publics se tiennent en retrait dans cette querelle. Observateurs impartiaux, ils font réaliser des études pour nourrir le débat public et informer les décisions de politique publique.

La derniére, consacrée à l’incidence du téléchargement de musique et du partage de fichiers poste à poste sur les ventes de musique, commandée par le ministère canadien de l’Industrie et réalisée par deux chercheurs de l’Université de Londres, établit que les liens entre le piratage et la baisses des ventes de CD sont loin d’être aussi nets que l’affirme l’industrie du disque.

«  Dans l’ensemble, nous ne pouvons mettre au jour de relation directe entre le partage de fichiers poste-à-poste et les ventes de CD au Canada. L’analyse de toute la population du Canada ne révèle aucune relation, positive ou négative, entre le nombre de fichiers téléchargés à partir de réseaux poste-à-poste et le nombre de CD vendus. Autrement dit, nous ne trouvons aucun élément probant qui laisse croire que l’effet net du partage de fichiers poste-à-poste sur les ventes de CD est soit positif, soit négatif, pour l’ensemble du Canada.

Cependant, notre analyse de la sous-population des Canadiens pratiquant le partage de fichiers poste-à-poste donne à penser qu’il existe une forte relation positive entre le partage de fichiers poste-à-poste et l’achat de CD. De fait, parmi les Canadiens qui s’y adonnent, le partage de fichiers poste-à-poste stimule l’achat de CD. Nous estimons que le téléchargement poste-à-poste d’un fichier par mois augmente les ventes de musique de 0,44 disque par année. De plus, nous constatons que le coefficient positif de la variable « offert nulle part ailleurs » représente un élément indirect de l’effet de « création de marché » du partage de fichiers poste à poste. »

La SAC (Songwriters Association of Canada), l’homologue canadien de la SACEM, vient de publier une proposition pour un modèle de monétisation des partages de fichiers musicaux numériques

De quoi s’agit il ? Rien de moins que d’instaurer un systéme de rémunération forfaitaire en contrepartie d’une reconnaissance des échanges non-commerciaux des fichiers musicaux.

« La plupart des canadiens sont au courant que les réseaux internet et téléphone cellulaire sont devenus une source importante d’accès à la musique. Par contre, ils ne sont pas nécessairement au courant que les artistes ne reçoivent aucune rémunération lorsque leur musique est partagée où téléchargée illégalement.

A cause de la popularité grandissante du téléchargement en ligne de la création des artistes, nous croyons qu’il est temps de mettre en place un système de rémunération simple et raisonnable pour les créateurs de musique.

Le plan que nous proposons n’est pas de changer ou d’interférer dans la manière dont les canadiens se procure leur musique. Personne ne se retrouvera en cours de justice pour avoir partagé en ligne des chansons. Au contraire, le partage en ligne entre deux usagers ou plus et l’utilisation de technologies semblables pour le partage de la musique deviendraient complètement légal. De plus, les éditeurs et les compagnies de disques seraient rémunérés correctement pour le rôle crucial qu’ils jouent en supportant les créateurs de musique. ».

La SAC propose « qu’un amendement à la Loi du droit d’auteur introduise un nouveau droit : le Droit à rémunération pour l’échange de fichiers musicaux ». Elle recommande « que ce forfait mensuel soit fixé à $5.00 par mois et par abonnement. Le règlement de ce forfait mensuel par le consommateur lèverait le sceau de l’illégalité entourant les échanges de fichiers musicaux entre usagers. Ce forfait légal ajouterait une valeur importante aux abonnements Internet et téléphoniques en ouvrant l’accès aux consommateurs aux répertoires musicaux mondiaux. Le montant que nous ciblons est considérablement moindre que celui actuellement exigé par l’abonnement aux services commerciaux ».


Imprimer cet article | Cet article au format PDF

 

* *

[Retour à la page d'accueil]