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Sarkozy et la barbarie numérique
samedi 10 mai 2008 , par RM

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Le 21 février 2008, François Fillon faisait valoir que « la nouvelle équipe qui sert la France appartient à la génération du numérique. A mon sens, c’est la première fois que le président de la République, le Premier ministre et la totalité des ministres vivent au quotidien avec les technologies de l’information et de la communication. »

François Fillon (dont la pratique personnelle des technologies de l’information ne fait aucun doute) savait pertinemment qu’il énonçait un contre-vérité en associant Nicolas Sarkozy à cette « génération du numérique ».

-  Dans un accès de sincérité, Nicolas Sarkozy l’avait admis, en décembre 2007 : « Je ne suis pas un grand familier du monde de l’Internet. Je ne passe pas ma vie à surfer sur la toile ou à écrire sur la blogosphère ».

Comme Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy se tient à distance de l’ordinateur. Il ne prend même pas la peine, Place Beauvau, à Bercy ou à l’Elysée, d’en exhiber un dans son bureau pour les photographes de Paris Match et les caméras de télévision. S’il « rompt » avec son prédecesseur, c’est par un usage addictif du SMS (même en présence du Pape).


Plus problématique est le rapport de méfiance instinctive que le Chef de l’Etat entretient avec Internet et qui affleure dans certains de ses propos publics.

Pendant la campagne présidentielle, dans les (rares) discours ou tribunes destinés aux internautes et aux professionnels du numérique, Nicolas Sarkozy s’en tenait à des propos convenus sur l’ambivalence de l’Internet.

-  Ainsi, le 12 décembre 2007, lors de la Conférence Web3, le candidat Sarkozy avait exalté « les immenses potentialités, dont ni vous, ni moi encore moins, sommes vraiment capables de dessiner toutes les facettes et tous les contours » , avant de conclure que ce continent internet « peut être la loi de la jungle ou un continent de la civilisation. Sachons faire ensemble du continent Internet, le continent de nouvelles libertés, mais pas celui de la destruction des anciennes. Sachons faire du continent Internet, le continent de la transmission des savoirs, mais pas celui de la diffusion du mensonge. Sachons faire du continent Internet, le continent du partage des cultures, mais pas celui du nivellement des valeurs ».

-  Une fois élu, et dés qu’il s’éloigne un peu du texte préparé par ses collaborateurs, c’est une sourde hostilité qui transparaît dans ses propos.

-  Ainsi au CEBIT, le 3 mars 2008, s’adressant aux industriels : « Ce n’est pas parce qu’avec votre savoir-faire, vous mettez des possibilités considérables aux services des consommateurs et des citoyens, que nous, on doit pouvoir laisser construire une société où il n’y aurait plus d’éthique, plus de règles, où l’on pourrait dire et où l’on pourrait faire n’importe quoi. »

-  Le 23 novembre 2007, à l’occasion de la signature des accords Olivennes, Nicolas Sarkozy ne trouva pas de mots assez durs pour stigmatiser des pratiques « moyen-âgeuses » et « hors la loi ».

“Nous n’avons été aussi proches d’un "trou noir", capable d’engloutir et d’assécher cette richesse et ce foisonnement créatif. Le clonage et la dissémination de fichiers à l’infini ont entraîné depuis cinq ans la ruine progressive de l’économie musicale, en déconnectant les œuvres de leur coût de fabrication, et en donnant cette impression fausse que tout se vaut, que tout est gratuit. (...) C’est à une véritable destruction de la culture que nous risquons d’assister. (... ) Internet, c’est une "nouvelle frontière", un territoire à conquérir. Mais Internet ne doit pas être un "Far Ouest" high-tech, une zone de non droit où des "hors-la-loi" peuvent piller sans réserve les créations, voire pire, en faire commerce sur le dos des artistes. D’un côté, des réseaux flambant neuf, des équipements ultra-perfectionnés, et de l’autre des comportements moyenâgeux, où, sous prétexte que c’est du numérique, chacun pourrait librement pratiquer le vol à l’étalage.(...) La France va retrouver une position de pays « leader » dans la campagne de « civilisation » des nouveaux réseaux ".


Pillage, destruction... Nicolas Sarkozy ne se contente pas de « réguler » les nouveaux réseaux. Il se donne l’ambition de les « civiliser ». Comme on le ferait de « barbares ».


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