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Vous êtes ici : Accueil > Dossiers et débats > La laborieuse transformation du système éducatif > Soutien scolaire : le nouvel horizon du système éducatif ? | |
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samedi 17 mai 2008 , par Raphael Anglade Imprimer cet article | Cet article au format PDF Le travail personnel, l’implication des familles, le petit cours, le stage de remise à niveau... sont devenus des réalités quotidiennes des Français. Aujourd’hui, l’éducation des jeunes Français ne fonctionne que grâce à cet effort quotidien des familles et du corps social. Effort discret et généralement sous-estimé par l’Education nationale. Etat des lieux Un effort financier considérable de la France et des français
L’implication des familles dans la réussite de l’éducation de leurs enfants est considérable. Le seul travail de soutien scolaire délivré par les familles dépasse les 200 millions d’heures par an en France. Leur effort dinancier, pour sa part, dépasse les deux milliards d’euros. La gratuité de l’éducation, en France, ne concerne que la scolarisation, pour ceux qui choisissent le service public.
Une grande diversité d’approches et de pratiques Si le « soutien scolaire » désigne l’effort des familles pour favoriser la réussite de l’élève, il recouvre un vaste ensemble de pratiques et donc d’efforts et de dépenses. - 1. Le soutien des familles. En premier lieu, l’implication des familles. Selon des sondages récents, elles consacrent 1/2 heures / jour et par enfant au primaire. Ce chiffre à lui seul marque l’engagement de la société pour maintenir le niveau d’éducation. 2. Le ludo éducatif A cet effort, on doit ajouter les quelques dizaines de millions d’euros consacrées à l’acquisition de ressources ludo-éducatives (livres, CD-ROM, sites Internet), à mettre en relation avec le budget de manuel scolaire de l’Education nationale (320 millions d’euros) et le budget numérique (5 à 10 millions d’euros + quelques millions d’aides : moins de 2 euros / élève / an).
4. Le coaching. Une activité nouvelle se développe, difficile à quantifier, mais indicielle : c’est le service de coaching, qui prétend transmettre à l’enfant non pas des connaissances, mais des compétences et des méthodes. 5. Le « cours particulier ». Le cœur du soutien scolaire est, bien entendu, le « cours particulier » à domicile. Le « petit cours » représente une activité considérable, encore largement clandestine (au moins 80 %). La seule approche possible pour la quantifier est donc le sondage anonyme demandant aux parents dans quelle mesure ils utilisent ces services. Ces sondages existent, et leurs résultats sont éloquent. Près d’un tiers des lycéens, et près de 20 % des collégiens y recourent. Ceci représente plus d’1,5 millions d’élèves, plus de 50 millions d’heures et un "marché" de près de 2 milliards d’euros. L’intensité du recours à ce soutien n’est que faiblement corrélée au niveau d’étude des parents, pas plus qu’à leur salaire, excepté pour les milieux en réelle difficulté. Ce sont en revanche les formes de soutien qui varient. Ce marché est encore largement clandestin (au moins 80 %), mais tous les indicateurs montrent une croissance de près de 10 % par an. Les politiques de soutien aux services à la personne (chèque emploi service universel - CESU-, soutien aux enseignes de service à la personne (Serena), plate-formes de réussite éducative, etc.
Une telle extension a naturellement suscité un début d’industrialisation du soutien scolaire. Outre le célèbre Acadomia, outre les différentes enseignes de services à la personne, on constate un mouvement intéressant avec l’implication croissante du monde de l’économie sociale. Filiale de la Mutualité française, de la MACIF, de la MATMUT et du groupe Chèque Déjeuner, la société Domicours propose une offre de qualité, et progresse dans une relation étroite avec des acteurs comme la Ligue de l’enseignement, les réseaux d’éducation populaire, etc. On peut déplorer, concernant ce secteur industriel, la faiblesse pédagogique de ces services, la qualité très hétérogène des étudiants employés, l’absence d’évaluation de ces services. Et ce d’autant plus que leurs services sont financés pour moitié par l’Etat (sous la forme d’économies d’impôts), et que certaines montages juridiques et financiers (liés au statut de mandataire du service) sont franchement contraires à l’esprit, voire à la lettre, du droit du travail.
Outre l’approche connue, et visible, du « petit cours », il faut prendre en compte l’existence de cours collectifs, qu’il s’agisse de sessions de travail hebdomadaire ou de stages intensifs de remise à niveau. Cette pratique, quoi que moins médiatisée, concerne environ 1/3 des enfants qui recourent au soutien scolaire. Elle peut avoir lieu dans les établissements scolaires, grâce au bénévolat ou aux « heures sup’ », dans des officines privées (il n’existe pas de grand acteur national du fait de la nécessité de disposer de locaux qui ne peuvent être employés à cette fin que durant les vacances scolaires), mais aussi dans un ensemble d’offres de centres aérés, colonies de vacances, notamment aux catalogues des comités d’entreprises (il est à noter que sous l’effet du CESU et de la demande croissante des parents, les Comités d’entreprise tendent aujourd’hui à reconquérir un rôle social qu’ils avaient un peu abandonné. On estime aujourd’hui le marché du soutien scolaire collectif à 300 millions d’euros.
Au-delà du soutien scolaire au sens strict, on observe aussi l’explosion de démarches d’accompagnement à la scolarité, mêlant soutien scolaire, éducation civique, activités sportives et culturelles. Il n’est pas aujourd’hui de collectivité importante qui n’ait pas mis en place de telles démarches, soit directement, soit en soutenant des associations engagées dans cette démarche. Il est difficile de quantifier cet effort national, mais il dépasse nettement le milliard d’euros, sans même valoriser le considérable travail bénévole consenti par les français.
Le cas des écoles primaires est particulier. D’une part, en effet, de nombreux acteurs sont tentés de traiter l’échec scolaire à la source, et le fait que l’actuel Ministre de l’Education soit Maire d’une importante commune renforce cette tendance. D’autre part, il n’est pas certain que les difficultés des enfants de cette âge soient fondamentalement scolaire : les démarches d’accompagnement social semblent plus indiquée. Les parents, on l’a souligné, sont en outre plus investis tandis que le marché est plus morcelé et moins financé. Mais surtout, les parents des enfants des écoles primaires sont tellement préoccupés par les problèmes de garde d’enfant après la fermeture de l’école qu’il est difficile de séparer nettement la garde, l’accompagnement social et le soutien. On suppose que 10 % des enfants environ reçoivent une aide à la scolarité. Un mouvement mondial et durable Il faut souligner que le mouvement de recours au soutien scolaire individualisé est un mouvement mondial, durable et légitime.
Tous les pays développés rencontrent aujourd’hui la même difficulté. Après avoir généralisé l’offre d’enseignement, les modèles de massification (généralement taylorisés) rencontrent aujourd’hui leurs limites, tandis que l’augmentation du nombre de diplômés accroît la compétition entre ces diplômés. Suivant les cultures nationales, les réponses varient. En Asie, les enfants rejoignent, après l’école, des jukus, écoles privées de travail intensif qui jouent le rôle autrefois dévolu aux répétiteurs et maîtres assistants. Aux Etats-Unis, le programme No Child Left Behind, qui a beaucoup contribué à la réélection de Georges Bush, consiste à offrir un chèque éducation aux familles sitôt que les difficultés de l’enfant sont repérées. L’inconvénient de est que les fondamentalistes, sectes et offres farfelues pullulent sur ces crédits. Les pays latins mêlent les acteurs privés, associatifs et communaux, selon des logiques assez marchandes (en Grèce, 35 % de la dépense d’éducation est privée), tandis que les pays nordiques ont inséré dans les cursus scolaires des temps de remédiation et de travail personnel pour lesquels il existe des corps spécifiques de répétiteurs.
Ajoutons enfin que ce « consumérisme », comme le qualifient généralement les enseignants, n’est pas sans légitimité. Quoi de plus légitime que le souci de se mêler de l’éducation de ses enfants ? D’autant plus que les parents d’aujourd’hui, enfants de la réforme Haby, ont tous un niveau de scolarisation minimum, ce qui modifie en profondeur leur relation à l’institution. Une nouvelle source d’inégalités En l’état actuel, le laisser-faire et une certaine dose d’hypocrisie transforment le soutien scolaire en une source d’inégalités et d’injustices supplémentaires :
La distribution du recours au soutien scolaire n’est pas aléatoire. En moyenne, ce ne sont pas les élèves les plus en difficulté qui y recourent, mais au contraire, les plus motivés, les plus entourés et généralement les plus riches. Quant aux enfants des quartiers en difficultés, lorsqu’ils sont aidés, ils bénéficient de services d’accompagnement à la scolarité collectifs (et de traitement social de l’échec scolaire) qui, s’ils apportent une aide indéniable, risquent bien souvent de devenir à leur tour de nouveaux stigmates de la pauvreté et de l’échec scolaire et social.
La pauvreté n’empêche pas seulement le financement du soutien (certaines familles sont prêtes à se démener pour la réussite de leurs enfants). Elle entraîne avec elle d’autres difficultés. Comment accueillir un professeur particulier à domicile quand on vit à 6 dans un F3 ? Comment travailler calmement ? Et quels sont les professeurs qui accepteront, sans crainte, de se rendre dans des quartiers difficiles et éloignés de leur domicile.
Ne pas oublier non plus le cas des zones rurales, pour lesquelles la distance aux centres d’enseignement et la durée du transport pour les tuteurs introduisent des difficultés spécifiques.
Enfin, la capacité de repérer une difficulté scolaire, d’identifier un besoin de soutien et de décider de le solliciter va diminuant au fur et à mesure que les difficultés sociales et économiques augmentent. Tout le monde ne songera pas à appeler le bureau des élèves de l’Ecole centrale, tout le monde ne contactera pas les cours Legendre, tout le monde n’identifiera pas les besoins spécifiques de son enfant, tout le monde ne saura pas mesurer si des progrès réels sont constatés. De manière extrême, on a même constaté, dans certains pays musulmans, mais aussi aux Etats-Unis, que l’offre de soutien scolaire pouvait servir de support à des démarches de propagation des idées intégristes. Un besoin de puissance publique Pour toutes ces raisons, l’intervention de l’Etat est aujourd’hui impérieuse. Elle doit au minimum garantir trois choses : - la protection des familles et des enfants face aux risques de pratiques frauduleuses (tuteurs incompétents, démarches de recrutements fondamentalistes) ; - l’évaluation et la certification des offres ; - le rétablissement de l’égalité des chances, au niveau du diagnostic des difficultés, de l’orientation vers le soutien et surtout du financement du soutien. Publié initialement sur Betapolitique
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