![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
||
|
|
Vous êtes ici : Accueil > Dossiers et débats > La laborieuse transformation du système éducatif > Soutien scolaire : comment agir ? | |
|
|
||
|
samedi 17 mai 2008 , par Raphael Anglade Imprimer cet article | Cet article au format PDF Dans un précédent article, nous avons pu dresser un panorama de l’offre de soutien scolaire en France et montrer l’ampleur du phénomène, sa diffusion mondiale, la variété des formes qu’il emprunte, l’intensité de la mobilisation du corps social et son ancrage dans des phénomènes durables. Comment penser, et comment agir sur un tel phénomène ? Avant même d’engager une réflexion sur des mesures, nous voudrions prendre ici le temps d’examiner les principes à partir desquels pourra être engagée la réflexion sur ces mesures. Nous proposons huit réflexions :
Dans un contexte de peur des familles, de massification de l’éducation nationale et de stratégies de différenciation des parents, aucune offre publique ne pourra interrompre cette compétition entre parents et entre élèves, ni même supprimer les inégalités face aux services de soutien. A supposer même que l’Etat finance à chacun un tuteur particulier, les parents à fort capital économique et culturel mettraient en place des stratégies de captation des meilleurs enseignants. L’objectif sera donc de supprimer les injustices les plus criantes et de restaurer un maximum d’égalité sans prétendre supprimer le problème de la "course aux armements".
Ségolène Royal est la candidate qui est allée le plus loin, en annonçant un effort pour atteindre la gratuité du soutien scolaire. Cependant, les sommes en jeu montrent qu’il serait irréaliste de vouloir financer sans limite la demande des familles. Le système connaîtrait l’évolution du système de santé. Par ailleurs, la France dispose déjà d’un remarquable système éducatif et on ne voit pas l’intérêt de le dédoubler par un système parascolaire partiellement privé. En premier lieu, il semble préférable de proclamer un droit au soutien plutôt que de mettre en place un service universel. Ce qui nous intéresse, ce sont les gens qui ne savent pas ou ne peuvent pas se payer un service personnalisé. Un abondement de l’effort des familles, indexé sur le quotient familial semble à tous égards plus judicieux qu’un droit universel. En second lieu, il faut souligner que le niveau économique des parents ne suffirait pas, à lui seul, à justifier l’intervention de l’Etat. Le niveau scolaire doit, bien naturellement, être pris en compte. Enfin, il est légitime de s’interroger sur l’opportunité de prendre en compte d’autres considérants. Le lieu d’habitation, le niveau de l’établissement de rattachement pourraient par exemple être pris en compte. Le « mérite », la motivation des élèves, leur désir de progresser pourraient également très légitimement être pris en compte.
Ayant souligné le nombre des acteurs, privés et publics, marchands et bénévoles, leur diversité et les financements importants consacrés par l’ensemble du corps social à cet effort d’accompagnement à la scolarité il semble important, pour toute politique ambitieuse en la matière, de prendre appui sur cet existant. L’action proposée cherchera à prendre appui sur cet existant, à utiliser au maximum les forces et les financements consacrés au soutien. Créer une politique parallèle, concurrente et séparée de ces engagements n’aboutirait qu’à complexifier le dispositif tout en instaurant un soutien à plusieurs vitesses.
La diversités des approches existantes aujourd’hui correspond à une diversité des pratiques, des besoins et des acteurs. C’est une richesse de notre pays et cela correspond très probablement à l’un de ses besoins. La solution utile et efficace passera très certainement par une action mobilisant et mettant en relation ces différentes approches. Il n’y a pas de solution univoque et monolithique. Il nous faut concevoir un policy mix adapté aux enjeux. L’Etat n’a en effet pas à financer sur ses budgets ce qui existe aujourd’hui. En revanche, son rôle est d’intervenir pour développer le service là où il n’existe pas : quartiers difficiles, familles non solvables, enfants en très grandes difficultés, etc. C’est sur ce dernier point que le service civique semble un apport considérable.
Tout en préservant la diversité des approches et la liberté de choix des parents, il semble qu’une offre de soutien de gauche se doive de mettre l’accent sur les approches de cours collectifs, pour plusieurs raisons essentielles :
Le développement et la professionnalisation croissants du soutien scolaire définissent un nouveau métier. L’accompagnement et le soutien ne sont pas simplement de l’enseignement au rabais, mais de réelles pratiques, qui ont eu toute leur dignité dans le système éducatif jusqu’à ce que la troisième République supprime les maître-assistants. Qu’il s’agisse d’étudiants en service civil, d’étudiants travaillant pour payer leurs études ou de tuteurs professionnels, il est important que cette compétence soit transmise, et qu’elle soit reconnue. L’idée d’une reconnaissance, sous la forme de validation d’UV pour les étudiants, ou sous la forme d’un diplôme non professionnel similaire au Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur de centre de vacances (BAFA) serait un apport important et un progrès très apprécié des étudiants et de leurs syndicats.
Les nouvelles technologies seront immanquablement au cœur de ces nouvelles pratiques, pour plusieurs raisons essentielles :
Avant même d’envisager le développement d’une offre publique de soutien scolaire, il faut noter que l’intervention de l’Etat, à faible coût peut assainir et rationaliser ce marché, tout en en augmentant la justice et l’efficacité. Trois mesures sont, en particulier, nécessaires : a. Evaluation et labellisation des offres Dans la vaste jungle des « services de soutien scolaire », avec toute leur diversité, l’Etat doit jouer un rôle d’évaluation, c’est-à-dire : D’une part éliminer les acteurs réellement inacceptables : totalement incompétents, ou totalement sectaires ; D’autre part évaluer les offres existantes, afin de donner aux familles des critères objectifs et comparables de choix. b. Evaluation et orientation des élèves La difficulté à évaluer les offres n’est pas la seule difficulté des familles. Diagnostiquer les difficultés et identifier le type de soutien nécessaire leur est tout aussi difficile. En cette matière, l’Etat peut apporter un soutien en accompagnant l’évaluation des élèves et de leurs difficultés. Dans de nombreux pays, cette démarche de « testing » est très répandue, et des éditeurs mondiaux comme Pearson en ont fait toute une activité. Ce « testing » ne recoupe pas complètement les évaluations de l’Education nationale, qui visent généralement à qualifier un niveau général et mêlent le plus souvent évaluation et jugement (sur le mérite, la motivation, etc.). Une exception notable cependant, les évaluations nationales d’entrée en sixième et d’entrée en troisième, qui soumettent chaque élève à une batterie de tests en français et mathématiques et ne débouchent sur aucune application concrète pour l’élève. Les données sont saisies, agrégées, et servent en fin d’année scolaire à l’établissement de statistiques. Il est nécessaire d’examiner la possibilité d’utiliser ces données pour délivrer à chaque élève une photographie de ses points forts et de ses points faibles personnels et l’orienter, le cas échéant, vers un soutien ciblé. c. Reconnaissance des qualifications des tuteurs Le statut des tuteurs mérite la plus grande attention. D’une part, en effet, on peut légitimement douter de la compétence de certains des tuteurs dont les services sont pourtant vendus par certains agences de service à la personne. D’autre part, parce que l’on constate que plus de 30 % des étudiants sont contraints de travailler pour financer leurs études, et que nombre d’entre eux travaillent précisément en rendant un service de soutien scolaire. Il est nécessaire de s’intéresser au statut de ces étudiants. Dans la logique d’enseignement collectif outillé, par exemple, la responsabilité d’un groupe d’élèves, l’utilisation d’outils informatiques modernes et sophistiqués, et la transmission d’un savoir scolaire représentent une compétence réelle, valorisable dans la future recherche d’emploi. La définition d’un diplôme non professionnel d’Etat, du même type que le BAFA, permettrait de concrétiser cette compétence, d’évaluer, même sommairement, ces étudiants, et peut-être de valoriser cette expérience dans les concours de recrutement de l’Education nationale. Les syndicats étudiants sont très demandeurs d’une telle mesure. Article publié initialment sur Betapolitique
|
||
|
|
||