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Première publication : 15 juillet 2001, mise en ligne: dimanche 15 juillet 2001 Imprimer cet article | Cet article au format PDF
Autour des restructurations en général et chez Danone, en particulier Ce débat, amorcé par un appel au boycott (1er mars), relancé, le 5 avril , par un message sur l’avenir du travail, a donné lieu a une controverse assez vive. MONSIEUR DANONE, PUISQUE VOUS NE VOULEZ PAS DE VOS OUVRIERS, NOUS NE VOULONS PLUS DE VOS PRODUITS. 1 er avril 2001 DOIT ON PLEURER LA DISPARITION DE CES EMPLOIS DIGNE DE CHARLOT DANS LES TEMPS MODERNES ? 5 avril L’objectif d’une entreprise est le même, les richesses créées ce sont les bénéfices bruts (la répartition de ces bénéfices entre les salaires, les impôts et les dividendes relève d’un autre débat).. Le travail c’est celui fourni par l’ensemble des employés de l’entreprise. Les " trentes glorieuses " étaient caractérisées par le fait que la quantité de richesse semblait pouvoir augmenter sans fin, il y avait toujours des clients. Aujourd’hui, sur le marché de vente de biscuits, nous avons atteint le plafond de consommation du produit, et puisque produire plus ne peut plus être un objectif, seul minimiser le travail est cohérent. Imaginez une usine, un peu comme celle des dessin animés où les bœufs entraient d’un coté et le boites de corned- beef sortaient de l’autre, imaginez, d’un coté arrive le lait, la farine, le sucre etc.. et de l’autre sortent des cartons remplis de boites de biscuits, à l’intérieur tout est robotisé, l’ ordinateur de l’usine reçoit les commandes des centrales d’achats, il fixe et fait varier la production, plus de gaufrettes, moins de sablés, etc. et transmet ses commandes de fournitures en conséquence. Refuseriez vous d’acheter les biscuits ainsi produits s’ils étaient vendus aux mêmes prix que les autres ? Si cette usine que nous serions capable de construire n’existe pas, c’est parce que l’amortissement du coût de sa mise en oeuvre est supérieur aux salaires (grosses charges comprises) des personnes qui font ces travaux à la place de machines. La mécanisation ce fait petit à petit, le robot remplace l’ouvrier quand le travail est dangereux, les geste trop répétitifs provoquent des tendinites, l’activité est sans autre intérêt que le salaire et il n’y a pas de candidat à un coût moindre que la robotisation. Doit on pleurer la disparition de ces emplois digne de Charlot dans les Temps Modernes (le film dénonçait plus la taylorisation sans mécanisation qu’autre chose), des mineurs de fond assurés de la silicose après trente ans d’un travail pénible .... Comment en est on arrivé là ? On met communément dans le même sac, d’un coté les employés qui ne retirent de leurs activités qu’un salaire leurs permettant parfois juste de survivre, c’est à eux qu’ " Arlette " adresse son " travailleurs, travailleuses ", le travail dans ce cas rejoignant la définition étymologique du mot ; à l’autre bout il y a des " activités ludiques ", si ce n’était la nécessité de pourvoir parfois à leurs besoins (le train de vie auquel ces personnes sont habituées est souvent important), ces travailleurs seraient volontiers bénévoles ... De la gondolière à temps partiel dans une petite surface de vente, au directeur de recherche d’un gros laboratoire, il y a un même statut de travailleur salarié qui mène à la confusion. Il en va tout autrement de Marks and Spencer, l’entreprise n’a aucune image à maintenir, dans la compétition entre grands distributeurs elle a décidé de se retirer car elle ne gagnait pas, il n’y aura pas de reclassement dans Il y une entreprise qui se modernise, réduit le travail à fournir pour une production équivalente et réduit ses immobilisations. L’autre entreprise n’a pas réussi à produire suffisamment de richesse dans un secteur,elle arrête la production et sauve les meubles en vendant toutes les immobilisations du secteur. Il y a une entreprise qui réussit et une qui a échoué. Je suis atterrée de voir des élus, dont certains que je connais bien,encourager des " grèves d’achats " des produits Danone-Lu, cette attitude est irresponsable vis à vis de tous le salariés de cette entreprise,et démagogique vis à vis des salariés des sites condamnés. Leur rôle d’"élite " devrait être d’aider ces personnes à faire leurs" deuils " de ces usines et se battre pour qu’elles obtiennent les meilleurs reclassements possible et non d’entretenir l’illusion que ces actions renverser la situation. JH DEUX QUESTIONS La contribution de JH, fort intéressante, traite à mon avis (au moins) deux questions : o une désinformation éventuelle sur le contenu du plan de Danone (le terme de "chômage" relèverait de "l’intoxication"), Sur le second point, je remarquerai que, si la direction est libre de fermer ses usines, le consommateur est quant à lui libre de changer de fournisseur.. Le jeu du marché ne peut être sain que si les deux parties, offres et demandes, sont libres de leurs décisions et de leurs critères de décision. Cela étant, le jeu du marché demande aussi que les deux parties soient bien informées. Il serait regrettable que l’on change de fournisseur si, dans la réalité, les salariés de Danone Ris-Orangis ne sont pas menacés dans leur emploi. Tout comme l’actionnaire a besoin d’une information sincère et véridique sur les perspectives financières de l’entreprise, le consommateur citoyen a besoin d’une information sincère et véridique sur les perspectives sociales et environnementales de l’entreprise.FLN DANONE, MARKS & SPENCER, BOYCOTT, REGULATION CITOYENNE ET COUP DE BARRE A GAUCHE Je viens de lire que Jean Paul Huchon, président de la région Ile-de-France, a décidé de geler les aides destinées à l’implantation d’un centre de recherche Danone à Palaiseau (4 MF d’amenagements) . En réponse, Danone a décidé de suspendre les travaux d’implantation du centre . Celui ci doit employer plus de 600 chercheurs. 1) Un coup de barre a gauche brutal et ostentatoire Je trouve excessive et suspecte cette mobilisation de la gauche institutionnelle contre Danone. IL y a, dans cet emballement, plusieurs choses qui me choquent : o l’assimilation Danone/Marks & Spencer Seul le calendrier (l’annonce, le même jour, de la restructuration de la o C’est bien le calendrier qui est au centre de cette affaire. Au lendemain d’une election ou l’on a vu une partie de l’electorat ouvrier bouder la gauche plurielle, les responsables socialistes se demandaient quels signaux emettre en direction des milieux populaires. S’il est important de renouer des liens, de reconquerir l’electorat populaire, cela ne se fera pas a coup de postures et de gestes symboliques.. 2) A propos du boycott Personnellement, je suis partisan, depuis longtemps, du boycott comme moyen d’action de la societe civile.... (C’est d’ailleurs un moyen d’action qui trouve dans internet un puissant prolongement ...) Je suis même favorable à ce qu’on legalise le boycott citoyen" en France. Il existe une jurisprudence, anterieure a l’article 225-2. Elle condamne le boycott quand ses motifs sont etrangers a la defense des consommateurs.... En d’autres termes, le boycott consumeriste semble admis : on peut boycotter une compagnie petroliere si l’essence est est frelatée ... mais on ne peut pas la boycotter au motif qu’elle viole les droits de l’homme (cas de Total en Birmanie ou de Shell au Nigeria) ou qu’elle est est responsable d’une pollution massive. Selon Jean Blanchard dans son ouvrage "droit de la distribution et de la consommation" (page 256), le boycott est licite, mais il ne saurait être exercé sans contrôle ni limite. "Ce sont les motifs de l’appel au boycott, nécessairement collectif, qui constituent l’instrument de ce contrôle et peuvent engager la responsabilité de l’organisation de consommateurs (chaque consommateur isolé étant à l’évidence libre de ne pas acheter tel produit). La jurisprudence a toujours condamné l’appel au boycott, lorsqu’il était fait pour des mobiles étrangers à la défense des consommateurs, notamment pour des raisons politiques ou lorsqu’il était excessif ou peu objectif." Puisque le Parlement est saisi d’un projet de loi sur les regulations economiques, il pourrait s’inspirer des conclusions du rapport de la deputée verte Marie Christine Aubert " sur le rôle des compagnies pétrolières dans la politique internationale et son impact social et environnemental" (13 octobre 1999). En tout etat de cause, le boycott est une arme dangereuse. Les ONG sont divisées sur son emploi. Amnesty s’y refuse. Le boycott peut fragiliser une entreprise, et menacer l’emploi. C’est une arme qu’il convient de manier avec precaution. Il est legitime d’utiliser le boycott pour faire pression sur les entreprises qui violent les droits de l’homme. C’etait le sens de la campagne "ethique sur etiquette", dirigée contre les entreprises (jouet, articles de sport) qui font travailler les enfants dans les pays du Sud. Je trouve discutable qu’on utilise le boycott comme moyen de lutte syndicale alors que les syndicats disposent de l’arme de la greve et de recours judiciaires. J’aurai aimé que les elus socialistes, si prompts a boycotter Danone aujourd’hui, appuient, en son temps, la campagne "ethique sur etiquette". 3) Pour revenir a Danone.... Ce qui est reproché a Danone, c’est de fermer des sites et de supprimer des emplois dans la branche "biscuit" alors que le groupe Danone gagne de l’argent. Danone, on le sait, invoque une "profitabilité" inférieure de cette branche par rapport aux autres. Exprimée en termes de marge opérationnelle, cette profitabilité est de 8 % en moyenne pour les "biscuits", contre 11% pour les "produits laitiers frais" et plus de 12 % pour les "boissons". Elle serait par ailleurs inférieure à celles des principaux compétiteurs de DANONE dans cette branche d’activité. Cette moindre compétitivité en termes de marge opérationnelle justifiait-elle le plan de modernisation visant à "optimiser l’outil industriel" ? Pour moi, la reponse est "oui", et c’est le devoir de la direction du groupe. Il y a un seconde question qu’on peut se poser : la restructuration programmée par Danone atteindra t elle les objectifs que l’etat major lui assigne ? Je citerai ici, longuement, les observations de Roland Perez, Professeur en sciences de gestion a l’ Université de Montpellier 1. "L’essentiel se situe dans le mode d’élaboration. Ce type de plan, conçu tout entier au sein des états-majors, avec une contribution des cadres intermédiaires strictement encadrée par des procédures de confidentialité type "secret défense", est bien à l’image de ces approches stratégiques dites "hiérarchiques descendantes" chères à la plupart des cadres supérieurs, nostalgiques de Taylor et Fayol. "Dans cette culture managériale, on restructure une organisation comme on construit un pont ou un barrage : compte tenu des objectifs recherchés et des moyens alloués, on établit un plan, puis on le met en |uvre. (...) "Ces plans de restructuration considèrent toujours les ressources humaines, dans la vieille conception qu’ont eue les économistes du "facteur travail", régi par les lois d’airain de la productivité apparente et élément d’un coût de revient à compresser au maximum. "Mais cette vision du 19° siècle est de moins en moins valide de nos jours, les facteurs de compétitivité portant de plus en plus sur les savoirs et les compétences, lesquels se trouvent au sein même des organisations, quelquefois de manière tacite. Ce constat, s’il s’impose évidemment pour les industries dites de "haute technologie" dont les avantages compétitifs sont portés par le potentiel humain de l’entreprise et les capacités d’innovation qu’il exprime. Il devient de plus en plus prégnant pour les industries dites "traditionnelles", y compris dans le domaine agro-alimentaire." "Cette compétitivité est ainsi portée par l’apprentissage collectif, par la culture de l’organisation, par le lien social * "L’un de ces facteurs de performances et non le moindre réside dans la confiance entre le principal dirigeant et l’ensemble de ses collaborateurs. D’ores et déjà, les "dégâts collatéraux" sont considérables : (...) un climat durable de défiance s’installe ... l’état-major apparaît coupé du reste de l’organisation qu’il est chargé d’animer avec un "effet bunker" aggravant ces logiques "top-down" qui sont aux antipodes du management participatif : la GRH et la communication interne en sortent déstabilisées ainsi que, plus généralement, les opérations reposant sur l’implication et l’engagement des différents acteurs composant la substance du groupe." MR LE BOYCOTT, SI C’EST POUR ACHETER DES PRODUITS NESTLE, Le boycott, si c’est pour acheter des produits nestlé, je ne vois pas bien la différence. Il a deux géants de l’agroalimentaire Nestlé-Danone. je ne sais pas si en matière de politique sociale, Nestlé est en mesure de donner des leçons. MV DEUX REFLEXIONS 1/ Pour rebondir si Nestlé et une des points développés avant, Nestlé a lui de faire face à un boycott international il y a quelques années. En effet sa stratégie de monopole si les marchés en Afrique l’a conduit a remettre gratuitement du lait 1er age avec 2 conséquences : 2/ Quant à Danone, le petit jeu de tu me gèles mes subventions, je gèle mon implantation, est aussi quelque peu pitoyable de la part de Danone. Il me semble que le site de Palaiseau soit en grande partie un moyen de regrouper tous les centres de recherches existant en région parisienne. EB .... ET QUI PLUS EST, DU LAIT EN POUDRE .... et qui plus est, du lait en poudre ; la 3e conséquence a donc été un grand nombre de morts. Nestlé, boycotté et sanctionné, a fait mine de céder ; puis, dès que la tempête médiatique s’est calmée, les mêmes pratiques ont recommencé, et à ma connaissance elles durent encore. Sur ces aspects comme pour "éthique sur l’étiquette", nous sommes peu armés, non seulement en info, mais aussi en habitudes et pratiques. Il y manque l’efficacité de certaines ONG dans d’autres domaines ; et comme le dit le secsec, nos élus n’ont pas vraiment pris conscience. Ethique sur l’étiquette est arrivée trop tôt, probablement. (je souscris aux analyses différenciant Marks & spencer de Danone ; et préférant l’action syndicale et politique à l’action des consommateurs) Les déclarations du Premier ministre ont été perçues par bon nombre de gens comme une bonne surprise : enfin, la réponse du politique n’est pas seulement "technique" (donc gestionnaire et défensive) mais "politique" avec l’expression de l’opinion de tous face à un comportement choquant de grandes entreprises. Sans moyens d’action, certes ; mais dire "je n’y peux rien" aurait été une erreur profonde, et pas nouvelle. Nous n’attendons pas seulement d’être bien gérés, mais aussi d’être représentés.Jfm |
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