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Un ministre des Technologies de l’information (Mars 2001)
Première publication : 15 juillet 2001, mise en ligne: jeudi 15 mars 2001

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21 mars 2001. Nous sommes au lendemain des élections muncipales. Comment le gouvernement, le PS, la gauche plurielle vont ils rebondir ? Pascal ouvre un débat sur la place que les technologies de l’information occupent dans l’agenda gouvernemental... Propose la creation d’une ministere des technologies de l’information. Et lui assigne 6 priorités. Le débat s’engage. Il durera une semaine. Jusqu’au 24 mars.

D’ICI 2002, UN MINISTRE DES NOUVELLES TECHNOLOGIES AURAIT 6 OBJECTIFS A ATTEINDRE

La politique des nouvelles technologies est un point d’autant plus faible du gouvernement que ce qui restera en France des années 1997 à 2000 est l’essor de l’internet.
En accumulant les déconvenues dans les télécommunications, et en n’ayant personne pour incarner cette révolution, le gouvernement s’ affiche en décalage avec le pays. Un ministre des nouvelles technologies, pour la dernière année restante, pourrait être utile politiquement.
Le gouvernement porte sa part de responsabilité dans la situation désastreuse des opérateurs de télécommunications. Il a poussé France Telecom à s’endetter et a laissé faire les enchères en ordre dispersé dans toute l’ Europe. Il autorise le dégroupage sans énoncer d’objectifs dissuadant ainsi les opérateurs d’investir. Les attributions de licences de boucle locale radio s’avèrent maladroites, avec la session de rattrapage pour les régions pauvres et avec l’incapacité des principaux gagnants à exécuter leurs engagements. L’activisme des collectivités locales dans les télécommunications débouche sur des situations scandaleuses : redevances exorbitantes pour l’occupation du domaine public, milliards d’impôts enterrés sous forme de fibres inutiles, discriminations entre opérateurs.

L’explosion des usages avec la démocratisation de la bande passante est devant nous. Il est encore temps de mener une politique favorable aux consommateurs. Mr Jospin pourrait se souvenir de la proposition qui lui fut faite en 1997 de s’adjoindre un ministre des nouvelles technologies.

Cette charge ne peut se fondre dans l’agenda d’un ministre de l’Economie premier défenseur de l’Etat actionnaire de France Telecom.

D’ici 2002, un ministre des nouvelles technologies aurait 6 objectifs à atteindre :
- séparer la gestion de l’infrastructure de téléphonie des autres activités de France Telecom, afin de stimuler la concurrence sur les offres d’internet haut débit sur ligne dégroupée,
- sortir du piège de la ponction des opérateurs de téléphonie mobile haut débit en concertation avec les gouvernements européens,
- éviter le gel des licences de boucle locale radio,
- développer une culture de la concurrence dans les collectivités locales,
- créer le contexte national le plus propice aux investissements télécoms en Europe,
- améliorer la compréhension de la régulation par les parlementaires.
La majorité des français est convaincue que élevage et paturage ne sont plus les deux mamelles de la France. A ses représentants de démontrer qu’ils comprennent sciences et concurrence.
Pascal

QUI, DANS L’HISTOIRE PRE-INTERNET, FUT LE MINISTERE DU PAPIER ?

Sérieusement et à demi-sérieusement :
Je ne suis pas du tout certain qu’il faille, à un an des élections, remettre en cause un des fondements les plus fermes de la politique réussie des NTIC fondée sur l’interministérialité qui a permis au plus grand nombre des départements de s’approprier pour ce qui concerne chacun les NTIC, en particulier à travers - les usages et leurs enjeux respectifs : justice, réforme de l’Etat, l’éducation, la nouvelle économie, les contenus et le multimédia, les affaires étrangères, mais aussi le commerce extérieur, les PME, l’artisanat, l’économie solidaire, la famille, etc. pour un gain hypothétique fondée sur du symbolique auquel les Français ne sont plus guère attachés. Aujourd’hui, l’hypothèse d’un ministre des NTIC marquerait - faussement - le fait que le Premier ministre lui-même et avec tout le gouvernement a pris en charge l’entrée de la France dans la société de l’information.
Mais au vu des six "nouveaux" objectifs proposés (dont la portée politique ne tient pas la comparaison avec le PAGSI), je crois que le ministre attendu est le Secrétaire d’Etat à l’Industrie, chargé en particulier des télécommunications et qui a beaucoup fait dans ce domaine, notamment fait passer du minitel à internet, soutenu les start up, la R&D, l’évolution de la réglementation des télécoms, le commerce électronique, etc. Je rappelle d’ailleurs que le Ministre de l’économie et des Finances n’est pas par nature le ministre des NTIC, mais que c’est un mouvement d’ensemble impulsé par tous et pour tous. S’il y a des critiques fondées sur la perspective évoquée, le gouvernement n’a alors pas grand chose à craindre, bien au contraire : la politique des NTIC n’est pas seulement la politique des télécoms (cf. la bulle UMTS issue du secteur privé et de la bourse).
Mais si le PS finit par souhaiter que la société de l’information se réduise à une affaire de problèmes techniques de régulation des télécoms (les six chantiers proposés), autant revenir à 1995, je crois qu’il finira d’être passé complètement à côté du sujet : la question est aujourd’hui celle des usages moteurs d’une large appropriation collective et maîtrisé de la société numérique, pas le cours de bourse de France Télécom ; il s’agit donc toujours d’élevage et de pâturage, mais numériques cette fois.
Qu’on nous dise au moins qui, dans l’histoire pré-internet, fut le ministère du papier depuis Gutemberg : les finances à cause des billets, la culture à cause des livres, la famille en raison des lettres d’amours, les affaires étrangères pour les messages diplomatiques, à moins que ce ne soit l’agriculture parce que le papier résulte de la pâte à bois, etc.
Si c’est le modèle, je plaide alors pour le ministre de l’électricité sans laquelle il n’est point d’internet - ;)
PC

DESENCHANTEMENT ....

Il est assez facile de critiquer la decision du gouvernement aujourd’hui, a la lumiere de l’eclatement de la bulle UMTS

Pascal reproche au Gouvernement d’avoir " laissé faire les enchères en ordre dispersé dans toute l’Europe". Ce sont les 15 gouvernements qui ont refusé que la Commission fixe des regles du jeu communes pour l’attribution des frequences. Ils ont fait valoir que la gestion du spectre hertzien faisait partie de leurs prerogatives.
Les gouvernements n’avaient d’ailleurs pas tort de vouloir conserver cette prerogative. Dans le domaine de l’audiovisuel, c’est l’un des rares instruments dont les Pouvoirs publics disposent pour exercer une influence.... Le probleme, c’est l’usage qu’ils ont fait de cette prerogative.
Je ne sais pas si on pouvait prevoir, fin 1998, quand le calendrier du processus d’attribution des licences UMTS a été adopté par les 15 (sans harmonisation des procedures), que le gouvernement britannique allait opter pour la vente aux encheres, declenchant ainsi une frenesie qui s’avere apres coup desastreuse.
Il est vrai que tous les pays n’ont pas fait ce choix. La Suede et la Finlande ont fait preuve de lucidite et de sang froid en cedant gratuitement ou quasi-gratuitement leurs licences UMTS pour privilégier la qualité des offres et la couverture du territoire. (Si on vend les les licences, on peut difficilement exiger des contreparties en termes de couverture du territoire).
Des lors que les gouvernements britannique et allemand succombaient a cette fievre speculative, la tentation etait forte pour le Gouvernement français de vouloir, à son tour, capter une partie de cette manne. En espagne, le gouvernement espagnol avait d’ailleurs été vertement critiqué pour n’avoir obtenu que 500 millions d’Euros.
Le gouvernement a, on s’en souvient, opté pour une voie moyenne : le concours de beauté, 20 milliards d’euros, un prix inferieur aux 40 milliards et aux 50 milliards d’euros que les operateurs verseront aux Tresors britannique et allemand.
A l’epoque (ete-automne 2000), tres peu de voix se sont elevées, en France, pour contester le principe de la vente des licences. ( Les operateurs, Bouygues notamment, contestaient le prix, pas le principe).
Et le debat a porté sur les moyens de "maximiser" le produit de la vente des licences. Certains preferaient la vente aux encheres, sur le modele britannique. D’autres proposaient l’attribution d’une 5 eme licence...
La controverse la plus interessante portait l’affectation d’une partie des recettes a la "reduction de la fracture numerique" (cf emmanuelli).

Un ministre des technologies de l’information ?

En 1997, "l’entree de la France dans la societe de l’information" a été erigée au rang de priorité du Gouvernement. Du gouvernement dans son ensemble : d’ou la mise en place d’un dispositif interministeriel, piloté par le Premier Ministre (Comite interministriel societe de l’information, CISI) et le reseau des conseillers "societe de l’information" dans les cabinets et les grandes directions des ministeres. C’etait a l’epoque, un choix avisé. Il fallait eviter que cet enjeu economique mais aussi societal, interne (modernisation de l’adminitration) et externe, reste l’affaire d’un ministere particulier (Bercy). Quatre ans apres, la plupart des ministeres se sont appropriés cette thamatique ... On peut desormais se poser la question de savoir s’il ne serait pas utile de designer un ministre qui incarnerait cette priorité. Qui ferait valoir cette priorité dans les arbitrages interministeriels.... Dans l’avenir, en tout cas.

Si on estime que certains ministeres pourraient avoir des politiques plus vigoureuses autour des technologies de l’information, il reste a demontrer qu’un ministre des technologies de l’information y changerait quelque chose. MR

UN ETAT, DES RESPONSABILITES, DES MINISTERES DEJA TROP FRAGMENTES

D’une manière générale, je reste persuadé que la réduction des divisions de l’Etat en parcelles de responsabilité doit être autant que possible réduite. L’inverse nous amène à favoriser la multiplication des pouvoirs et des intérêts, chacun créant son cercle de soutiens, de relations aux intérêts complexes, de lobbying tout en rejetant la dénomination .

Il en va ainsi des niveaux successifs d’administration territoriales qui passent par les communes, les différentes variantes de groupement de communes, les pays, les départements, les régions et l’Etat. En créant de nouvelles structures (tel la division d’un département), nous croyons apporter des réponses qui ne font que créer de nouveaux pouvoirs et de nouvelles divisions.
Il en va de même pour le nombre de Ministres qui à être trop nombreux représentent trop des intérêts catégoriels. La limitation du nombre oblige bien plus à une entente, à une démarche plus solidaire, à une prise en compte des responsabilités de chacun.
Un ministre des TIC ne serait pas l’expression d’un consensus du gouvernement, mais au contraire celle d’une cassure avec le Ministère de l’Industrie et celui de la Culture et de la Communication. Or il nous faut surtout convaincre avec tous les aléas et incertitudes liés à cette démarche de longue haleine. Nous ne devons pas être en décalage avec les élus et les citoyens, mais imprégner les débats comme l’action au quotidien.

On peut aussi évoquer le cas des Conseillers en Technologies de l’Information et de la Communication. Ils sont bien évidemment nécessaires aujourd’hui mais il faut tout autant considérer qu’ils témoignent du fait que les préoccupation qui sont les leurs, n’ont pas imprégnés les administrations. Si une organisation qui se veut efficace entend considérer comme stratégique une orientation, alors c’est chaque structure interne qui doit s’en imprégner. Nommer une personne pour porter une telle orientation, c’est une première étape certes indispensable et très positive, mais nécessairement provisoire.
Tout ceci pour dire que dans l’organisation politique ou administrative de l’Etat, nous devons je crois avoir pour objectif de convaincre les élus et autres décideurs. Je partage certaines des analyses de Pascal sur les défaillances de l’Etat face aux enjeux des télécommunications.
Je reste surtout convaincu que tant que nous chercherons à individualiser des hommes - ou des expérimentations -, nous témoignerons plus de notre impuissance que de notre pouvoir de persuasion.
Hervé R.

MINISTRE DES TIC ? JE N’AIMERAIS PAS EN ETRE LE TITULAIRE.

Je voudrais apporter de l’eau au moulin du camarade Philippe.

Réduire les TIC à une compétence ministérielle ce serait à coup sûr les couper de leur mission qui est d’être au service de tous.
Quel ministre pourrait prétendre embrasser la diversité des usages et des besoins sans se trouver rapidement en conflit avec ses collègues sans disposer pour autant des éléments d’analyse concrets des situations de terrain auxquelles les TIC sont susceptibles d’apporter des réponses pour plus de convivialité, plus d’efficacité dans la communication, une meilleure productivité des outils de travail, etc ? Par ailleurs un ministre des TIC rappellerait les temps funestes du ministre de l’Information, une matière aussi fluide que les technologies dites nouvelles qui la véhiculent aujourd’hui. Je ne crois pas que la démocratie y gagnerait.

Cela étant les TIC soulèvent de nombreux problèmes concrets difficiles. D’abord leur nature technique qui les met sous influence des courants techniques dominants, c’est-à-dire américains. A cet égard le choix de nombreuses administrations de privilégier les systèmes d’exploitation Linux va dans le bon sens.

Mais ce choix revêt un caractère souvent incantatoire : "c’est Linux parce qu’on ne veut plus de Microsoft suppôt de la puissance américaine". C’est un peu court. Il n’y aura pas de stratégie Linux sans simultanément le développement de la licence Open Source, c’est-à-dire un modus operandi avec des appellations d’origine, des garanties de qualité, un droit de suite auxquels adhère une population nombreuse de développeurs par définition transfrontière. Pour un pays comme la France, ce serait une mission tout à fait conforme à son histoire de prendre la tête d’une telle croisade.

Les TIC soulèvent également des problèmes réglementaires non pas qu’un droit des TIC soit nécessaire mais plutôt l’amendement des droits existants, de tous les droits. Y compris bien sûr le droit des communications là où les TIC jouent plus spécifiquement leur rôle de diffuseur mais ce n’est que le petit bout de la lorgnette. Et puis les TIC posent fondamentalement un problème de société. L’invention de l’imprimerie a-t’elle permis comme par miracle et subitement d’apprendre à lire à l’immense majorité de la population ? Non. 500 ans auront dû s’écouler, deux révolutions, et une évolution fondamentale des mentalités avant même que l’idée de rendre l’école gratuite, laïque et obligatoire s’impose ! Et encore il n’est pas certain que ce combat soit gagné. Il ne faut donc pas rêver.
Effectivement s’il y a un ministre des TIC ce sera un ministre de campagne électorale, un gadget qui fait bien dans le paysage.
Je n’aimerais pas en être le titulaire. Je crois qu’il y a beaucoup à faire en se préoccupant de réduire le gap entre la société réelle et la nouvelle élite des technologies branchées qui se plaît à se regarder dans son propre miroir. Apprendre à taper sur un clavier d’ordinateur c’est un peu comme apprendre à lire. A ma connaissance personne n’a jamais parlé qu’il faudrait entrer cela dans le programme de l’école primaire. Equiper massivement les écoles, les bibliothèques, les lieux publics de systèmes d’accès à Internet avec un ticket modérateur pour les plus démunis, un tarif de base "de service public", et des services à la carte. Où est ce grand programme d’équipement national créateur d’emploi, de dynamique sociale et industrielle ? Définir le statut de l’usage d’Internet et de la messagerie électronique dans l’entreprise, le rôle des comités d’entreprises. Où est la législation ? La gauche attendra-t’elle que la droite enterre Internet comme elle a jadis enterré le livre ? Faudra-t’il aller en Hollande, en Suisse ou en Angleterre pour s’exprimer sur Internet ? Ou bien va-t’on inventer l’Internet "périphérique" comme naguère RTL, Europe1 ? Ce n’est pas sérieux et ce n’est pas une affaire de ministre. C’est une affaire de volonté politique. Il y a un an pour gagner les élections présidentielles, alors donnons des signes clairs de notre détermination.
Philippe Cl.

IL ME SEMBLE QUE TU OUBLIES DES CHOSES ESSENTIELLES

1 Dans une société de la connaissance et de l’efficacité de l’intelligence on ne mesure plus très majoritairement le travail au temps passé ; le gouvernement a lancé la politique des 35 heures !! Pour de la pédagogie c’est de la pédagogie
2 - Comment peut -on parler d’une modernisation de l’administration l’orsqu’on ne veut surtout rien faire en terme de nouvelle organisation du travail
3 - Comment peut-on parler de messagerie intelligente alors que les annuaires sont toujours d’une pauvreté à faire pleurer
4- Enfin et surtout l’état dépense par an 37 milliards dans la formation permanente et en terme de tic. Quasiment seule l’informatique(bureautique) est enseignée..
La société en réseau est une révolution non encore réellement prise en compte dans sa globalité par nos gouvernants AR.

SUR L’OUVERTURE DE LA BOUCLE LOCALE

Si la position d’actionnaire à 55 % de l’Etat dans le capital de FT peut être source d’ambiguités, il est inexact de croire que c’est en pratique systématiquement à l’avantage de FT. Par ailleurs et de manière générale, la régulation du secteur est au moins autant dans les mains de l’Administration que dans celles de l’ART et des autorités de concurrence. Et ces dernières ont une forte tendance à mettre en oeuvre une politique de régulation asymétrique donc une politique favorable aux concurrents (donc en principe à la concurrence). S’agissant précisément du dégroupage, ni le Conseil de la concurrence ni l’ART n’ont chomé ces derniers mois. Et la France n’est pas en Europe le dernier de la classe dans ce domaine, loin de là. Enfin, FT a encore le droit d’être déterminé et habile dans la défense de ses intérêts commerciaux (comme EDF, GDF, La Poste et, dans un régistre différent, Vivendi et Canal + dans l’opération Vivendi Universal...). Christophe C

UN MINISTERE, CA NE SERT PAS SEULEMENT A PRENDRE DES DECISIONS.

D’abord, il faut quand même souligner que l’énervement perceptible en ce moment, et le retournement dont parle Maurice, est par ailleurs lié à l’éclatement de la bulle spéculative. Il y a un véritable marasme dans l’ex future nouvelle économie et ça commence à grogner un peu partout.

Mais à mon avis, c’est précisément le moment pour un gouvernement de reprendre le gouvernail et de fixer des objectifs. Affirmer aujourd’hui la conviction que les NTIC sont potentiellement porteuses de changements sociaux, créatrices de richesses, susceptibles de favoriser l’émergence d’une démocratie participative, voilà qui ne manquerait pas de vision ni de panache. C’est aujourd’hui que l’on peut montrer, dans les actes, que gouverner c’est prévoir et que l’action politique voit plus loin que le baron Seillière et ses amis.

On sent quand même bien qu’il manque quelque chose au niveau de la création de contenu, de l’invention de nouveaux usages et de la distribution du pouvoir grâce à Internet. C’est là qu’il faut porter le fer.

Une remarque, par exemple. Les faux capitalistes (Vivendi, Suez et Lagardère, qui vivent de marchés publics, et France Télécom, qui abuse de sa position dominante et de son image de service public) ont concentré le trafic d’une manière incroyable. Ils sont aujourd’hui en position de décider ce qui sera visible ou non par les internautes et d’imposer leur vision du contenu du web. Pourquoi n’y a-t-il pas un service public du portail internet ? Je dis bien un service public de portail et pas un portail de service public. Il ne s’agit pas de concentrer des contenus publics, mais de rassembler, dans une ambitieuse opération de service public, des contenus de toutes origines.

Alors ministère ou pas ? Les arguments dans les deux sens sont intéressants. Je voudrais proposer la notion de discrimination positive. Certes, dans un meilleur des mondes possibles, tous les ministres seraient sensibles à Internet et tous l’intégreraient dans leurs politiques. Mais dans le même meilleur des mondes, il n’y aurait pas besoin non plus de loi sur la parité... Il n’y aurait pas non plus besoin de ministère de l’environnement : l’agriculture, les transports, le tourisme et l’industrie seraient suffisants.

Un ministère, ca ne sert pas seulement à prendre des décisions. Ca devient un point d’accrochage. Les gens s’organisent pour faire remonter l’info. le ministre s’efforce de montrer l’importance de son sujet, pour obtenir plus de crédits et plus de fonctionnaires. Il doit prendre des mesures, pour justifier son existence. Comme ce sera un secrétariat d’Etat, on va se demander à qui on le rattache, donc tous les ministres vont se découvrir une passion pour le sujet. Il y aura débat. On va construire des enjeux. Il y aura des gens qui voudront la place du ministre, et qui feront des propositions pour l’emmerder. Il devra contre attaquer, etc. En outre, un ministre c’est un politique, donc ça incarne une sorte de légitimité républicaine.
Bref, malgré la qualité des arguments contre le ministère des NTIC, je penche plutôt en la faveur de cette solution. Henri V.

TOUJOURS CETTE SOLUTION VERTICALE, DE L’HOMME-PROVIDENTIEL AU SOMMET

Arriverons-nous un jour à nous désintoxiquer de cette lecture simpliste ? (l’information qui remonte du terrain, l’action qui descend du sommet).
Si l’on parle de l’action de l’Etat, les approches les plus solides et les plus réussies depuis 1997 sont les approches de concertation et de réseau : les correspondants Pagsi (même si on peut aujourd’hui regretter que, impliquant de nombreux membres de cabinets, cette coordination n’implique pas assez les administrations elles-mêmes) ; les responsables internet de l’administration (dont un travail de mutualisation et de concertation, commencé sous diverses formes, a tendance à se concrétiser) ; la concertation autour de service-public.fr ; les réseaux de recherche ; les concertations des missions parlementaires ; etc. Si la dimension interministérielle est encore insuffisante (et elle l’est dans tous les domaines dits interministériels), ce n’est pas une raison pour faire un contresens et aller à rebours de la volonté transversale. La remise en cause liée à l’éclatement de la bulle est, elle, salutaire en bien des points, même si le retour de balancier, un peu violent, risque de freiner l’investissement sur l’innovation.

Ceux qui fréquentent les écoles sont certainement confrontés comme je l’ai été aux obstacles que rencontrent les enseignants. L’internet d’aujourd’hui n’est pas encore formidablement adapté à ses missions, et à mettre l’accent sur le taux d’équipement, on perd de vue la lecture qualitative des usages, pour l’heure assez pauvre.
Savons-nous penser autrement qu’en "diffusion de contenus" ? Pourquoi les démarches d’ateliers, les outils collaboratifs rustiques, les groupwares "libres", les fonctionnements en réseaux sont-ils si peu évoqués, travaillés, développés, évalués ? Pourquoi n’y en a-t-il toujours que pour les sites, le web, l’acculturation, la diffusion ? (qui est une bonne chose, certes, mais il faut aussi penser à armer les lecteurs, à rendre les publics acteurs...)
Débattons, cela prouve qu’il y a des questions... on a parfois pu croire qu’il n’y avait plus que des réponses, au point d’oublier à quelles questions les Tic, le Pagsi, Temps réels ou la politique étaient censés répondre. JFM

LES POUVOIRS PUBLICS SE TROUVENT AVEC INTERNET DANS UN CONTEXTE ECONOMIQUE TOTALEMENT INEDIT.

Je ne sais pas à combien est estimé l’échelle du temps sur Internet. On dit qu’un an vaut dix ans. 6 mois vaudrait donc 5 ans. Et en quelques mois, voici que la mutation lancée en 97 par Lionel Jospin serait mise en échec et que nous devrions constater l’apathie du gouvernement en la matière. C’est très court.
Je crois qu’on oublie que les pouvoirs publics, singulièrement en France, se trouve avec Internet dans un contexte économique totalement inédit. C’est la première fois qu’une évolution technologique majeure, incluant l’équipement du pays, relève exclusivement de l’initiative du marché. Aucun gouvernement français, dans aucun domaine, n’avait été confronté à cette situation : le téléphone, la télévision, l’énergie, le minitel : tout partait de l’initiative publique, relayée par des opérateurs publics.
Dans le cas des TIC, l’Etat a constaté le phénomène, en a pris la mesure politique et met en place les corrections publiques aux imperfections du système. Un ministre des TIC serait, dans ce contexte, parfaitement illégitime et rejeté par tous les acteurs : l’Etat est un acteur des TIC au même titre que d’autres opérateurs privés, il a son droit regalien régulateur et correcteur mais sa principale fonction dans le domaine est de proposer, par ses propres investissements, une politique de modernisation et d’équipement. Il ne saurait exercer une tutelle objective sur ce secteur, sachant, de surcroit, que des tutelles circonscielles existent (culture et communication, industrie...)
Les effets d’annonces, dans ce monde raccourci des TIC seraient dévastateurs : le gouvernement ne peut jouer avec l’argent des autres et ne le fait pas. Une annonce foireuse dans ce domaine ferait plonger un peu plus les cours et raréfierait les capitaux. Mais ça n’est pas parce qu’on n’en parle pas que rien ne se fait et je puis témoigner, à mon modeste niveau professionnel, de l’ampleur des initiatives prises en matière de modernisation de l’Etat, de création de transversalité dans les rouages de décision, impliquant une modification révolutionnaire des processus hiérarchiques de responsabilité. Les actions fourmillent, à tous les niveaux et il suffit de se procurer le BOAMP (379 appels d’offres en cours à ce jour) pour le constater. Et cela n’est pas exclusif de ce qui est initié ou soutenu par des organismes tel le CNASEA, l’ANVAR, etc.

Il y a des insuffisances qui, à mon sens, proviennent d’une appréciation floue des domaines de compétences : les rôles respectifs d’organismes tels le Plan ou la Datar (en pleine mutation) me semblent peu clairs dans ce domaine alors que j’ai idée que ces deux organismes ont un rôle déterminant à jouer dans la visibilité des TIC à moyen terme tant au profit de la collectivité publique que de celui des professionnels. De plus je souligne que l’Union Européenne, à partir de programmes spécifiques ou à partir des fonds structurels (induisant une réforme des services de l’Etat dans les départements et les Régions) a des moyens méconnus, notamment en direction des collectivités locales : combien de communes ou de communautés de communes pensent fonds structurels en matière de TIC alors qu’elles en ont le réflexe pour construire un énième rond-point.

La chute du Nasdaq, les déboires de l’UMTS sont des péripéties. Dans le cas de l’UMTS, et pour peu qu’on veuille bien laisseràl’Angleterre ses idées lumineuses sur la résorbtion du déficit budgétaire par le racket des industriels, les Etats sont en mesure de corriger le tir en allégeant le prix des licenses. Le système des enchères ext une supercherie car les industriels n’ont pas le choix : celui qu ne va pas sur l’UMTS est mort, il était dont contraint d’enchérir et de l’emporter. C’est une question de volonté politique. Pour le reste, la nouvelle économie n’est absolument pas en danger : elle s’autorégule par des reprises d’actifs et par des corrections d’investissements légèrement engagés. Dans ce domaine, les Etats n’ont aucun moyen d’intervention : c’est une question de spéculation et de pertinence industrielle.
Les Etats ont une vraie mission dans le développement des solutions non marchandes, afin de leur permettre de disposer des mêmes tuyaux que les solutions marchandes.

Plus inquiétant est le retard d’équipement des foyers français : là est le véritable enjeu social, notamment pour les enfants. Il n’est pas admissible qu’une inégalité de départ altère les chances de succès et crée des discriminations à l’arrivée. Les français n’éprouvent pas massivement le besoin de l’Internet et le rapport qualité/prix leur semble trop élevé. J’entends trop souvent parler d’accès au haut débit pour tous : il faudrait déjà avoir accès au débit, avoir accès à l’ordinateur, avant de parler de hauts débits qui constituent aujourd’hui un confort plus qu’une nécessité dans le cadre d’un usage courant de l’Internet. Une connexion en RTC permet l’accès à la messagerie et à la quasi-totalité des contenus du web dans des conditions correctes et c’est à cette tâche qu’il faut s’atteler avant de vouloir transformer un non-internaute en internaute intensif..
JDR

IL EN EST DE L’INTERNET COMME DU TELEPHONE IL Y A 30 ANS.

Il en est de l’Internet comme du téléphone il y a 30 ans. Personne n’en voyait la nécessité. 30 ans plus tard ce sont les opérateurs du téléphone que l’on privatise et qui sont à la pointe du capitalisme. Il est exact de dire qu’il n’y a pas de marché solvable de l’Internet. Il y a des expérimentations sectorielles plus ou moins réussies.

- La première question est celle de l’équipement des ménages et des entreprises. Avec 7 millions d’internautes répertoriés, on est loin de la taille critique. Il faudrait entre 2 et 3 fois ce nombre et simultanément que l’Internet rentre dans les usages, c’est-à-dire que les individus y passent du temps. Nombre d’ordinateurs, nombre de connexions, mais aussi nombre de lignes téléphoniques. Qui doit supporter cet investissement ? L’Etat ? Les grands opérateurs ? Les collectivités ? Les particuliers ? A cela s’ajoute que le backbone français (l’épine dorsale de l’Internet) n’est pas suffisant. Dans les entreprises la problématique est un peu différente. Elles sont dans l’ensemble assez bien équipées. Par contre, il n’y a pas de statut de l’Internet au sein des entreprises. La messagerie conserve un statut ambigu. La réflexion sur les gains de productivité du fait de l’utilisation du réseau se heurte aux habitudes, au seuil d’investissement, et aux luttes de pouvoir habituelles.

- Précisément la nature de l’Internet est celle d’un investissement. Investissement de ceux qui lancent des services dans la perspective d’être les premiers sur le marché et donc de s’assurer la part de marché des premiers entrants. Investissement dans de nouvelles méthodes pédagogiques de l’institution scolaire avec les débats que ces questions soulèvent. Investissement des entreprises dans des outils de productivité qui ne rencontrent pas nécessairement la faveur des syndicats alors que c’est un moyen de réussir le passage aux 35 heures...

Une politique de l’Internet sur la durée d’une législature ou d’un mandat présidentiel se chiffre en dizaines/centaines de milliards d’euros avec des retombées sur tous les secteurs de l’économie. Cela pose le problème concret de savoir comment cet investissement est financé. Emprunt public ? Déficit budgétaire ? Fonds propres des entreprises ? Les sommes investis en bourse dans les start-up et qui ont défrayé la chronique sont sans commune mesure avec ce qui est nécessaire pour conduire une politique de l’Internet. Philippe Cl.



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