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Vous êtes ici : Accueil > Dossiers et débats > 1999-2005 : quelques débats de temPS réels > Figures > A propos de Bourdieu (25 janvier 2002) | ||
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Première publication : 28 janvier 2002, mise en ligne: lundi 28 janvier 2002 Imprimer cet article | Cet article au format PDF Ceux qui le critiquent critiquent ses engagements, sans avoir lu ni compris une ligne de son travail. La France perd avec Bourdieu un intellectuel d’une stature hors du commun : intelligence aigue, culture encyclopédique en sciences humaines (philo, anthropologie, histoire) , rigueur intellectuelle, pas un mot de ses écrit qui ne soit soupesé et défini (contrairement à Lacan), immense théoricien de la sociologie et fin praticien. Sensible à la domination et à la violence, il a appliqué son travail à mettre en évidence des souffrances et des oppressions souvent invisibles à sa discipline et au politique. Chemin faisant, il a construit une méthodologie et un système d’analyse dont la fécondité ne s’est jamais démentie. Je connais des américains qui ont appris le Français pour mieux comprendre son oeuvre... Quand il a décidé de s’engager, il l’a fait avec crainte et tremblement, persuadé que l’intellectuel qui intervient dans le débat public frôle en permanence l’abus de légitimité. Soucieux du risque qu’il y avait à défendre des opinions avec des arguments d’autorité. Méfiant vis à vis de tous ceux qui jouent avec les règles du jeu et vont recueillir dans la politique ou les médias les lauriers que leurs refusent leurs pairs. Je l’ai un peu approché lorsqu’il mobilisa pour les intellectuels algériens.. j’ai vu ses déchirements. Puis, il s’est engagé de plus en plus (La misère du monde, la collection raisons d’agir...) parce qu’il a vu le vide abyssal de la pensée de gauche. Parce qu’il a vu une souffrance immense et silencieuse partout dans le monde. Parce qu’il a vu une entreprise délibérée, patiente et méthodique du libéralisme pour remplacer les véritables chercheurs et scientifiques par des essayistes mondains dont je préfère taire le nom aujourd’hui. Et vu aussi l’OMC, le FMI, la Banque mondiale, et la servilité des médias. Ceux qui le critiquent critiquent ses engagements, sans avoir lu ni compris une ligne de son travail. On ne juge pas une oeuvre scientifique en comparant ses propres opinions sur Maastricht avec celles de l’auteur. Ou alors, il faut ricaner de ce stupide Platon, défenseur de l’esclavage. Bourdieu n’était pas éditorialiste à Libé. Il avait une pensée construite, exigente, cohérente et féconde, qu’il faut étudier et pas seulement parcourir. A l’issue d’une oeuvre qui restera un passage incontournable de l’histoire de la sociologie, il a considéré que la suite logique de ce qu’il avait découvert était un engagement " radical " (bien peu radical d’ailleurs au regard de ce que firent les intellectuels qui l’ont précédé). Et aujourd’hui, comme par hasard, il devient légitime de disqualifier le professeur au collège de France au prétexte qu’il fréquentait José Bové. HV Bourdieu était-il le Lacan de la sociologie ? Certains de ses confrères l’éreintaient avec plaisir Dans un texte intitulé " l’illusion biographique ", Pierre Bourdieu développe la métaphore métropolitaine des parcours individuels : c’est le plan du métro qui donne la clé des déplacements des individus. Certes, mais est-il possible de réduire les cheminements individuels à des trajets sur des lignes pré-existantes et balisées sur une carte à deux dimensions ? Et si les parcours indviduels contribuaient à modifier la cartographie des positions et la dispositions des stations ? Et si les " trajectoires subjectives " utilisant d’autres repères contribuaient à modifier la " carte objective " des " positions sociales " (stations) existantes ? - Claude Dubar, La crise des identités, 2000 . LP Un capital techno-intellectuel ? Y a t il dans la boite a outils de Bourdieu des concepts qui permettent de penser les inégalités numeriques ? Pour penser les inegalités sociales ( leur reproduction et leur interiorisation), Bourdieu combine differentes formes de capital : social, culturel, economique o Capital social : c’est le réseau de relations sociales. o Le capital economique , ce sont les atouts matériels dont dispose un individu pour s’assurer d’une place sociale dans la société. Ils se transmettent par héritage. o Le capital culturel désigne l’ensemble des connaissances, dispositions, goûts, souvent concrétisé sous forme de titres ou de diplômes qui, appropriés par une personne, lui permettent d’occuper un rang social déterminé. Contrairement au capital economique (dont on herite simplement), le capital culturel n’est pas acquis à la naissance : il doit être "incorporé", c’est-à-dire intégré à la personne même. Plus cette incorporation commence tôt dans la prime enfance etc., plus l’incorporation est forte, ce qui explique l’avantage dont jouissent les enfants issus des familles aisées. L’incorporation n’est pas uniquement familiale : elle est également le fait de l’institution scolaire. Encore faut il se trouver dans la bonne ecole, la bonne flliere... En bonne logique bourdieusienne, il faudrait peut être identifier une forme spécifique de capital, (distincte du capital culturel, a moins que ce n’en soit une composante), le capital techno-intellectuel , pour designer la maitrise des technologies intellectuelles associées a l’ordinateur. Comme les connaissances, les dispositions, les gouts, le capital techno-intellectuel se transmet, de maniere privilegiée, par la famille. Un fils de cadre, de chercheur ou d’enseignant a de tres fortes chances d’être exposé et initié tres jeune a l’ordinateur. Il se transmet aussi par l’ecole ( d’ou l’importance de l’equipement des ecoles et de la formation des enseignants A la différence des autres composantes du capital culturel (les connaissances, les dispositions, les goûts, la "distinction"), les technologies intellectuelles associées a l’ordinateur (ou le capital techno-intellectuel) peuvent s’acquérir et se perfectionner hors de la famille et même hors de l’école. Ces technologies intellectuelles associées a l’ordinateur s’acquierent et s’incorporent (comme dirait Bourdieu) au contact de l’ordinateur lui même. Plus cette incorporation commence tôt dans la prime enfance etc., plus l’incorporation est forte, ce qui explique l’aisance dont font preuve les jeunes dans la maitrise de l’ordinateur. Capital informationnel Si Bourdieu ne s’est pas interessé a l’informatique, il s’est interessé a l’information. Jusqu’à forger le concept de " capital informationnel ". Il a eu besoin de ce concept de " capital informationnel " au debut des années 90 pour analyser l’émergence de l’etat. " L’etat est l’aboutissement d’un processus de concentration de differentes especes de capital , capital de force physique (armée, police), capital economique, capital culturel ou mieux , informationnel, capital symbolique, concentration qui, en tant que telle, constitue l’etat en detenteur d’une sorte de meta-capital, donnant pouvoir sur les autres formes de capital et sur leurs detenteurs. (....) La concentration du capital économique liée à l’instauration d’une fiscalité unifiée va de pair avec la concentration du capital informationnel (dont le capital culturel est une dimension qui s’accompagne elle-même de l’unification du marché culturel. Ainsi, très tôt, les pouvoirs publics opèrent des enquêtes sur l’etat des ressources (par exemple, dès 1194, la "prisée des sergents", dénombrement des charrois et des hommes armés que quatre-vingt-trois villes et abbayes royales devaient fournir lorsque le roi réunit son ost ; en 1221, un embryon de budget, un compte recettes et des dépenses). L’État concentre l’information, la traite et la redistribue. Et surtout, il opère une unification théorique. Se situant au point de vue du Tout, de la société dans son ensemble, il est responsable de toutes les opérations de totalisation, notamment par le recensement et la statistique ou par la comptabilité nationale, et d’objectivation, par la cartographie, représentation unitaire, en survol, de l’espace ou, tout simplement, par l’écriture, instrument de cumulation de la connaissance (avec par exemple, les archives) et de la codification comme unification cognitive irnpliquant une centralisation et une monopolisation au profit des clercs ou des lettrés. La Culture est unificatrice : l’État contribue à l’unification du marché culturel en unifiant tous les codes, juridique, linguistique, métrique, et en opérant l’homogénéisation des forme de communication bureaucratique notamment (par exemple , les formulaires, les imprimés etc.). " Je ne crois pas que Bourdieu ait repris ce concept de " capital informationnel " dans des textes ultérieurs. Dommage . MR Un dissolvant pour l’état Concentration du capital informationnel : l’internet est de ce point de vue potentiellement un dissolvant de l’Etat, car : il n’est plus possible de "concentrer" l’information. Tout au plus peut-on créer des lieux de densité particulière, attracteurs d’intérêts collectifs plus forts que d’autres. (ce qui reste important, et finalement laisse leur chance aux structures publiques). il n’y a plus de monopole du traitement de l’information de base, de loin. Sauf qu’un certain nombre de données statistiques ne sont jamais Si on veut se rassurer, il en a toujours été ainsi, et on a trouvé chaque fois des calfateurs (voir par exemple les débats animés par Emile Cheysson à la fin du XIXè sur l’outil statistique français) il n’y a pas non plus de monopole de redistribution. Tout au plus y a-t-il une capacité de gérer la communication, qui est liée à ce qu’en fait, il s’agit d’industries lourdes en termes d’investissements. Mais, sur ce point, l’Etat n’est pas forcément le meilleur "industriel". il lui reste un atout : le principe d’unité totalisante, qui est de l’ordre du sacré, du rôle prophétique qui dans les sociétés indo-européennes est important et non délégable. Encore faut-il que le territoire pertinent soit bien celui sur lequel il a compétence juridique, faute de quoi il est forcé de partager ce discours, au risque d’en perdre la cohérence...et donc la capacité catalysante de contrat Bref, faire fonctionner l’Etat est un métier qui devient bien difficile. TGV Réification" de structures Sur le capital informationnel On peut penser que ce thème n’a pas été repris ensuite, car Bourdieu est devenu de plus en plus sensible à la question des media, qui peuvent être vécus comme en concurrence de facto avec l’Etat dans l’entreprise de monopolisation de la mise en forme et la transmission de l’in formation, avec une revendication sous-jacente de légitimité en concurrence avec celle de l’Etat... et de l’Ecole . Réification Mais il faut être trés prudent avec ce genre de raisonnements sur les détenteurs collectifs de capital, puisqu’on glisse rapidement, en voulant "objectiver" vers une "réification" de structures qui restent fondamentalement des lieux d’investisssements et de cristallisations plus ou moins permanentes et réussies de luttes sociales pour imposer la bonne définition. Bernard Lahire, sociologue lyonnais spécialiste des questions l’illetrisme notamment, a réalisé une maginifique enquête intitulée "portraits de famille", dans laquelle il constate l’importance promordiale des pratiques familiales différentes de l’écriture, même parmi les parents de condition sociale la plus modeste (y compris noter ses courses sur un bout de papier, mettre une bibliothèque de l’enfant dans sa chambre, laisser des mots à côté du téléphone, remplir ses papiers administratifs soi-même...), pour les pratiques sociales et scolaires de l’enfant, toutes conditions sociales de départ équivalents par ailleurs. La question des pratiques et des usages Je pense dès lors qu’en matière de TIC comme en matière de lecture, il faudrait aller jusqu’à cette question des pratiques et des usages réels : la possession d’un ordinateur n’est qu’un premier pas, mais la distinction se fera ensuite entre les usages réels (envois de messages électroniques, recherche et consultation personnelle de site...) et les usages superficiels ou passifs (un peu comme ses familles où la bilbliothèque existe mais n’est composée que d’encyclopédies ou de "beaux livres" décoratifs rarement lus). De ce point de vue, il y a sans doute un gouffre entre l’enfant qui n’utilisera l’ordinateur que pour y faire tourner des jeux sur CD Rom et celui qui l’utilisera pour chercher et manipuler de l’information. Histoire de prendre en compte les apports sociologiques de Bourdieu tout en pointant certains problèmes (autres que la bouillie idéologique de ces dernières années style Raisons d’Agir...). OR |
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