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Fusion Vivendi-Universal (débat temps réels-décembre 2000)
Première publication : 15 juillet 2001, mise en ligne: décembre 2000

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Scepticisme sur la synergie contenants-contenus

Le temps me manque, mais avant éventuellement de revenir sur ce sujet, j’aurais souhaité marquer mon irritation face à la présentation qui est faite majoritairement de l’accord Vivendi-Seagram.

Plus que d’autres, nous semblons en France aimer les fastes et la grandeur. Le seul argument de la taille semble emporter toutes les craintes et les hésitations. "Nous" allons avec Vivendi jouer dans la cour des grands et qui plus est, dans le secteur clé de l’avenir. Marions contenant et contenus : tel est le sésame du succès et des conquêtes à venir.

André Rousselet a décrit avec clarté, à la fois ce qui s’est passé et ce qui risque de se passer. Je n’ai pas le sentiment qu’il faut être nécessairement un grand stratège pour être sur la même ligne que lui.

-  Premier point : il est quand même surprenant que l’esprit de la loi soit à ce point violé quant à la propriété du capital par un seul actionnaire. Comme l’a rappelé A. Rousselet, Groupe Canal + (100% Vivendi) devient en réalité la véritable société de référence aux dépents de Canal Plus SA (49% Groupe Canal +). Comment peut-on admettre un tel détournement de la loi, si ce n’est que l’on cherche uniquement à sauvegarder les apparences. Pourquoi ? Pour satisfaire les désirs de grandeur de Vivendi en qui la République semble trouver le champion de l’industrie du multimédia sur la scène universelle. Cela ne semble offusquer que peu de monde à vrai dire et je suis surpris que ce sujet ne soit pas encore apparu dans nos débats.

-  Deuxième point : la synergie entre les contenants et les contenus. Autant je crois naturellement à l’association des deux et que c’est probablement l’un des moteurs de la croissance les plus productifs des prochaines années, autant il me semble illusoire de croire qu’un gros groupe pourra contrôler les deux simultanément.

Prenons un autre exemple : les opérateurs télécoms ont cru il y a quelques années qu’une bonne partie de son activité allait reposer sur les systèmes d’information. Ils avaient raison et force est de constater que ceux-ci prennent une importance qui est loin de se démentir. Ils ont alors acheté des sociétés de service. Mal leur en a pris et aujourd’hui, les opérateurs ont revendu ce type d’activité. Pourquoi ?
Nous ne sommes plus à l’heure où un groupe se dirige de manière centralisée. Tout est réparti dans des filiales, elles-mêmes divisées en centres de profit. La concurrence le veut ainsi : il faut ramener l’activité à des cellules responsabilisées notamment auprès de leurs clients. Dans ces conditions, que signifie jouer sur l’effet de taille ? Quelles vont être les conditions de vente d’une société A à une société B dans le même groupe ? Véritable casse-tête habituel car B entend profiter de l’effet de taille pour accéder aux produits de A à des prix très intéressants. Conclusion : A fait des pertes alors qu’il avait de son côté compris qu’avec l’effet de groupe, il allait pouvoir vendre ses produits bien plus facilement. Réaction alors naturelle : il faut remettre les prix de A au niveau du marché afin de retrouver ses marges. Conséquence : B ne voit plus bien l’intérêt d’avoir un fournisseur privilégié auquel il ne peut pas imposer ses propres contraintes.
Cette description est classique pour n’importe qui ayant un tant soi peu d’expérience de management.
De manière inéluctable, le processus Vivendi-Universal va être celui-là.

-  Quel est le devenir de Vivendi dans les télécoms ? Illustration en partie du point précédent, on pourrait s’interroger justement sur les relations entre Cegetel et le reste du groupe. On pourrait aussi s’amuser des relations entre Canal + et Canal Satellite, etc ...
Ce qui est visible, c’est que Cegetel vit quasiment sousperfusion grâce à SFR. Jusqu’à quand les actionnaires et les banquiers vont-ils accepter cela à l’heure où de nouveaux investissements considérables sont en vue avec l’UMTS ? On est aujourd’hui en droit de s’interroger sur le devenir de Cegetel.
Le contenant battrait-il de l’aile ?

-  Quatrième point : Si l’avenir de Cegetel est remis en cause, quel est le futur centre de gravité de Vivendi ? N’est-ce pas Universal, en réalité ? N’est-ce pas un groupe qui combat les positions de la France dans le domaine culturel ?

-  Cinquième point : Après Sony et Seagram qui jettent l’éponge, voilà donc Vivendi dont peu de personnes semblent douter de sa capacité à faire que cette entreprise devienne rentable.

Ambition ou prétention ? En réalité, je ne donne pas cher du devenir de Canal + dans les prochaines années.HR

Dépendant de fonds de pension, le groupe risque de découvrir ce qu’est le business à l’américaine, et de déchanter ....

Là bas le libéralisme n’est pas que pour les autres et pleurer dans les jupons de l’état ne servira plus à grand chose.
Se posera alors son rachat par un groupe étranger et bonjour le cheval de troie... mais il sera alors trop tard.

On avait réussi à échapper au Franc symbolique pour Thomson Multimedia.....

Silence embarrassé du ministére chargé de la communication

Le commentaire d’HR sur l’opération Vivendi/Canal+/Universal suscite de ma part les quelques réflexions suivantes :

-  A. Rousselet, qui a du dépit, n’est pas forcément le commentateur le plus objectif ;

-  Le contrôle de la conformité de cette opération avec la loi (dans le cadre du renouvellement de la concession de Canal+) montre encore une fois les carences graves de la régulation économique dans le secteur audiovisuel, régulation qui repose encore aujourd’hui, d’une part, sur des textes enchevêtrés, (délibérément) ambigus et aux objectifs parfois contradictoires, d’autre part et surtout, sur une pratique de contrôle par le CSA dont l’opacité, la présidentialisartion médiatique, le "côté franchouillard" et peu professionnel (on "discute" autour d’un verre entre grands initiés, on s’arrange, on prend des grands airs quand une difficulté est éventée par un article renseigné dans la presse, etc) inspirent plus que des réserves (il n’y a qu’à comparer par exemple avec la pratique du Conseil de la concurrence ou de l’ART qui sont également des autorités de régulation économique) ;

-  Le silence embarrassé du ministère chargé de la communication, qui est également une autorité de contrôle et qui à cet égard sait dans certains cas manifester sa "vigilance" (voir l’affaire "C’est mon choix"), n’est pas non plus un signe de maturité ;

-  En tout état de cause, le Conseil d’Etat est saisi, mais l’expérience montre que cette Haute juridiction sait aussi apprécier en opportunité ;

-  Les réserves exprimées sur l’intégration contenant/contenu sont peut être fondées mais ne reflètent pas par exemple l’analyse économique effectuée par la Commission européenne dans le cadre du contrôle de la création du portail Internet multi-accès (PC, TV, terminal mobile) VIZZAVI et qui montre les effets de leviers liés à cette intégration ;

-  Mais un autre débat intéressant dans le proche avenir est celui du partage de la valeur entre l’exploitation des réseaux d’accès et la fourniture de services à partir de ces réseaux aux clients de ces réseaux, en particulier dans le cas où les fournisseurs de services sont indépendants des opérateurs de réseaux d’accès. CR

Partage de la valeur

Il est normal que la Commission prenne en compte la stratégie des groupes qui veulent associer les contenants et les contenus. C’est la stratégie des groupes qui est affiché de la sorte et la commission constate cette stratégie.
Elle se doit donc en toute logique de réagir et de prendre position sur lesconséquences éventuelles de ces rapprochements.
Celà n’est pas nécessairement de mon point de vue, une validation du bien fondé de cette stratégie.
Quant au partage de la valeur, c’est effectivement le sujet auquel nous devons nous intéresser. HR

Le modèle du portail Vizzavi est l’antithése de ce qu’a toujours été l’internet

Quelques éléments opérationnels, qui ne concernent donc pas le fonctionnement des autorités de régulation européennes et françaises, autorités dont on peut se demander si elles ont vraiment le pouvoir de bloquer de telles opérations, nouvelles pour elles (à chaque fois plus grosses et plus compliquées) et dont les implications sont plus politiques qu’économiques :

-  Le modèle du portail VIZZAVI est l’antithèse de ce qu’a toujours été l’internet et de ce que l’on s’accorde à dire que sera le mobile internet. Il est fondé sur l’existence de contenus propriétaires offerts en exclusivité à des abonnés captifs. On a coutume de dire que la finalité du capitalisme est de créer les conditions d’un monopole local pour un temps donné. Vizzavi postule ces conditions. Je crois que l’échec est programmé et que les synergies ne sont que l’application immédiate et évidente de la fusion.

A terme, les contenus seront accessibles à tous, tout simplement parce qu’un leader mondial doit penser marché global et que personne chez Universal ne songe sérieusement à limiter la vente de leur catalogue aux seuls abonnés Vodafone et SFR. Et de passer à côté des 3/4 du marché.

-  Le débat sur l’équilibre économique (je préfère ça à partage de valeur qui sous-entend qu’il y a un magot à répartir) entre fournisseurs d’accès et fournisseurs de contenus est, en effet, bien plus interessant et, in fine, englobe le débat sur Vivendi/Universal. Un élément que l’on a occulté mais qui commence à se matérialiser lourdement, conditionne ce débat : l’impôt prélevé par les gouvernements sur les opérateurs UMTS lors de l’attribution des licences. Cela modifie complètement l’équilibre économique des opérateurs et donc de l’ensemble de la chaîne de valeur. Situés en bout de chaîne, il n’est pas évident qu’il reste assez de gâteau pour les fournisseurs de contenu. Il faudra donc qu’ils aillent piocher directement dans les dépenses des consommateurs, hors télécoms. Tout cela est très caricatural mais l’europe joue avec l’UMTS une carte qui peut contribuer à assurer son rayonnement économique et politique dans les 20 prochaines années. La pression japonaise (réseaux, normes) est très forte, celle des américains se fera de plus en plus sensible sur les terminaux et le contenu.

Le plus dur reste à la charge des européens : démontrer que le mobile multimédia, combinaison de tout ça, s’inscrit de façon pérenne dans la société. Dur.MB



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