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Le dernier kilomètre
Première publication : 5 janvier 2002, mise en ligne: samedi 5 janvier 2002

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Haut débit : les technologies disponibles et le probleme de la boucle locale

Le haut débit apparaît désormais comme une condition majeure du développement de la "société de l’information" en France avec tout ce que cela implique en terme économique et socio-politique pour les collectivités locales, les citoyens, les services publics et les entreprises.

La question du "haut débit" concerne à la fois les réseaux téléphoniques ou audiovisuels classiques et les réseaux de téléphonie mobiles.

Depuis plusieurs années, la législation européenne pousse à l’ouverture à la concurrence des services de télécommunication. La fin du monopole de France Télécom a d’abord été marqué par l’apparition des nouveaux opérateurs sur le marché de la téléphonie mobile (Bouygues, Cegetel...), par la concurrence sur les télécommunications longue distance et aujourd’hui, par la problématique de la boucle locale.

C’est l’équipement du dernier kilomètre, ce que l’on appelle la " boucle locale " qui pose problème. La boucle locale est le segment d’un réseau de télécommunications compris entre la prise placée chez l’abonné au réseau, et le commutateur (ou " central ") auquel il est raccordé.

Jusqu’à présent, France Télécom, opérateur historique de téléphonie en France, était l’unique détenteur de cette partie du réseau. Depuis 1997, les différents prestataires d’accès à Internet via la ligne téléphonique n’étant pas maîtres de la totalité du réseau et donc de leurs bénéfices ( obligés de sous-traiter la partie boucle locale à France Télécom) font pression sur l’ART (l’Autorité de Régulation des Télécoms) pour obtenir l’ouverture à la concurrence. L’ouverture à la concurrence de la boucle locale effective depuis janvier 2001 permettra à tout opérateur de télécommunications alternatif de s’affranchir de l’opérateur historique pour offrir à l’abonné différents services dont l’internet à haut débit.

Les enjeux de l’ouverture à la concurrence de la boucle locale sont donc triples :

• favoriser le développement de l’internet.
• diminuer le coût de l’abonnement et des communications locales grâce au développement des offres concurrentes et au déploiement de nouvelles technologies.
• pour le prestataire ou opérateur alternatif de télécommunications, établir une relation directe avec le client final alors qu’auparavant cette prestation passait systématiquement par France Télécom (abonnement, facturation unique, maîtrise de la relation commerciale)

Les technologies disponibles

Si l’ADSL, le câble ou la fibre optique sont les solutions les plus répandues pour l’accès à Internet à haut débit, la dimension des territoires à couvrir, les besoins des citoyens (notamment éducatifs, politiques, économiques...) et des entreprises (pour le choix de leur implantation et pour leur fonctionnement) ainsi que ceux des services publics (pour optimiser leur qualité et réduire leurs coûts), sont autant de paramètres à prendre en compte pour choisir le (ou les) opérateur(s) le(s) mieux adapté(s). Aujourd’hui les solutions sont nombreuses (ATM, réseaux câblés, boucles locales radio, satellite, lignes spécialisées,...) pour une offre de services nécessitant de hauts débits : téléphonie, transmissions de données et interconnexions de réseaux locaux, services d’accès à Internet, vidéoconférence et télévision sur Internet ...

La fibre optique

La fibre optique est utilisée pour des réseaux de transport et pour les réseaux institutionnels et professionnels : la plupart des réseaux des intranets et boucles locales qui ont été mis en place par les collectivités locales sont des réseaux optiques. Mais cette technologie est encore trop chère et insuffisamment stabilisée pour être déployée sur le marché du grand public. Les grands opérateurs de télécommunications ainsi que les industriels travaillent sur des actions de normalisation concernant les technologies optiques mais leur déploiement prendra du temps.

Réseaux câblés

Les réseaux câblés, les réseaux de télédistribution proposent des connexions internet à des débits élevés (2Gbit en tête de réseau), avec un système de connexion permanente et un système de tarification forfaitaire. Il faut toutefois souligner l’inconvénient du partage du débit disponible en tête de réseau entre tous les utilisateurs : si les connexions simultanées sont nombreuses, apparaissent des phénomènes de saturation. En outre, le câble n’est pas implanté partout sur le territoire national : le tiers des foyers français environ se trouve dans des zones câblées, essentiellement les grandes villes. Enfin, le câble, au regard de sa fonctionnalité première (la télédistribution), a une rentabilité très incertaine. Son économie est très déficitaire en France. C’est le cas aussi en Allemagne : Deutsche Telekom, qui est premier câblo-opérateur européen, perd beaucoup d’argent sur cette activité. Aux Etats-Unis, où le câble est très développé (95 % des foyers américains habitent dans des zones " raccordables " et 66 % d’entre eux sont abonnés), les opérateurs de câble, même s’ils dégagent des " cash flows " élevés sont très endettés et ont des problèmes de rentabilité.

ADSL

L’ADSL a été étudiée dans les années 90 par les opérateurs de télécommunications. Cette technologie permet d’avoir des hauts débits sur paire de cuivre téléphonique c’est-à-dire le réseau téléphonique ordinaire, en utilisant les ressources en bande passante du réseau qui ne sont pas utilisées pour la transmission de la voix. Le téléphone utilise en effet une très faible partie de la bande passante disponible, et il existe en " supra vocal " des ressources pouvant aller jusqu’à 8, voire 10 Megabits par seconde. Pour offrir des accès internet, il suffit d’installer un modem chez le client, et son équivalent dans le central téléphonique ; à partir de ce modem relié au central téléphonique, les données sont orientées vers le réseau internet. Cette solution a beaucoup d’avantages :

- Pour l’utilisateur d’abord, à qui elle offre du haut débit en laissant la ligne téléphonique libre, ainsi qu’un système de tarification forfaitaire. Les offres qui existent aux Etats Unis, et ne sont encore qu’expérimentales en France (elles devraient être commercialisées en France avant la fin de l’année), sont des offres forfaitisées. En France, autour de 350 F par mois, abonnement internet et location du modem compris.

- Pour les opérateurs de télécommunications : la technologie permet de revaloriser une infrastructure installée depuis plusieurs années ; elle permet aussi de dimensionner les investissements en fonction de la demande réelle. L’offre de service s’appuie sur un réseau existant et nécessite seulement l’installation d’un équipement spécifique lorsque le client est demandeur. Ceci permet un ajustement presque en temps réel du volume d’investissement par rapport à la demande.

- Cette technologie a accéléré ce qu’on appelle l’ouverture de la boucle locale : car France Télécom opérateur dominant était le seul opérateur à avoir accès à la boucle locale déjà en place ce qui a poussé les nouveaux opérateurs de télécommunication à demander à l’ART la levée du monopole.

Le satellite.

En France TPS et Canal Satellite totalisent 2 à 3 millions d’abonnés aujourd’hui. L’avantage du satellite est sa couverture très large : un satellite couvre l’ensemble de la France (et même au-delà), il évite les réseaux filaires pour lesquels il faut engager des travaux de génie civil et procéder à de lourds investissements.
La faiblesse du système réside dans la voie de retour qui utilise le réseau téléphonique avec tous les inconvénients associés (bas débit, tarification à la durée). Des solutions utilisant le système satellitaire lui-même sont actuellement à l’étude chez les opérateurs. Moins bien positionné que les autres solutions haut débit pour " surfer " sur le web, le satellite est par contre bien adapté pour télécharger rapidement des programmes volumineux mis à disposition par certains services de diffusion : le catalogue d’images de l’INA, ou bien les programmes développés par la Cité des Sciences et de l’Industrie

Dernière technologie, expérimentale pour l’instant, l’hertzien terrestre (le LMDS). Le système propose des hauts débits, à la fois en voie descendante et en voie remontante.

Le problème du dernier kilomètre : la boucle locale :

Si plusieurs technologies sont aujourd’hui disponibles pour atteindre les hauts débits sur la majeure partie du réseau, il reste à régler la question du "dernier kilomètre", "la boucle locale", cette partie du réseau qui arrive directement jusqu’à la prise de l’abonné. C’est en effet la partie la plus maillée du réseau, et donc la plus coûteuse, car elle demande d’importants travaux de génie civil et autant d’équipements d’interface qu’il y a d’abonnés. La boucle locale peut-être constituée par le fil téléphonique classique (dans la majeure partie des cas) ou par un câble, une fibre optique ou un branchement à une parabole.

La fin du monopole de France Télécom, le 1er janvier 2001, sur la dernière portion de réseau avant l’abonné va permettre à d’autres opérateurs d’installer leurs propres lignes. Conformément aux décisions de l’ART, la fin du monopole va intervenir en deux temps :

- l’attribution de licences de boucle locale radio (été 2000)
- le dégroupage de la paire de cuivre (janvier 2001)

Boucle locale radio

La boucle locale radio (BLR) est une technique où, pour aller du commutateur à l’abonné, la partie filaire traditionnelle du réseau (paire de fils de cuivre, fibre optique ou câble) est remplacée par une transmission par voie hertzienne. Une station de base radio joue le rôle d’émetteur - récepteur et permet de relier les immeubles équipés d’une simple antenne dans un rayon pouvant aller jusqu’à 4 ou 10 km selon la fréquence retenue. La BLR autorise des hauts débits équivalent à ceux de l’ADSL et le coût d’installation du réseau est de 30 à 40% inférieur à celui de la téléphonie fixe.

Jusqu’ici, de nombreux responsables de collectivités territoriales se sont trouvés confrontés à une absence d’offres, offres qui auraient permis de réduire le prix de leurs communications ou de répondre, dans des conditions raisonnables, à leurs besoins d’accès à haut débit.

Le dégroupage de la paire de cuivre

Il est lié à la technologie ADSL qui permet de faire passer des hauts débits sur un fil téléphonique classique (paire de fils en cuivre). Jusqu’à présent, France Télécom était l’unique détenteur du réseau téléphonique en fil de cuivre. Le dégroupage va obliger FT à louer ses fils aux autres opérateurs leur donnant ainsi l’accès direct à l’abonné.

Retour de Suéde

Comme tous ceux qui connaissent un peu ce pays, je ne peux naturellement que constater l’intérêt des suédois pour les technologies de l’information. Il y
a beaucoup de projets, tant dans les infrastructures que les applications.

Pourtant, l’enthousiasme est parfois tel qu’on sait parfois mal distinguer la réalité par rapport aux nombreuses annonces qui sont faites. La communication constitue un paramètre très important de la démarche.

La ville de Stockholm dépense des sommes considérables sur la simple promotion de la
ville sur le thème des nouvelles technologies (au travers notamment de l’organisation du Bangemann Challenge). Cette communication est faite de
manière intelligente mais peut aussi masquer des réalités qui sont tout compte fait un peu les mêmes que les nôtres.

Stokab

Stokab est incontestablement une réussite sur la ville de Stockholm. Il faut cependant préciser que Stokab a un monopole sur la pose des infrastructures sur 26 villes de l’agglomération. Les opérateurs doivent donc passer par Stokab, Telia comme les autres pour les nouvelles infrastructures. Cependant, Stokab n’a absolument pas pour objectif d’aller partout.
L’entreprise déploie des fibres uniquement dans les endroits où il y a des besoins solvables. La ville n’intervient absolument pas pour inciter Stokab
à desservir des zones économiquement moins intéressantes. La conclusion est que Stokab est rentable,

Le modèle ne trouve pas de réplique dans les autres villes.

Svenska Krafnät

Le gouvernement a confié à Svenska Krafnät, la mission de mettre en place une infrastructure Haut Débit sur l’ensemble du territoire. Le problème est
que personne ne veut payer. L’opérateur électrique qui n’est qu’un opérateur de transport (équivalent de RTE) attend que le gouvernement ou les régions financent le réseau. Ceux attendent de Svenska Kräfnat qu’il prospecte les opérateurs ou les services publics (écoles .) pour financer son réseau.
De leur côté, les compagnies locales de distribution sont elles-mêmes actives. Elles fournissent de plus en plus des services télécoms. Dans le même temps, elles ne voient pas d’un très bon oil, le compagnie de transport venir sur leur plate-bandes locales. Elles ne font ainsi aucun effort particulier pour relier le réseau de Svenska Krafnat qui arrive à l’extérieur de la ville jusqu’à son centre.

Sans revenir sur les autres thèmes développés, il faut surtout retenir que la Suède veut mener des politiques publiques dynamiques dans le secteur des infrastructures, mais que la culture locale est celle d’une forte prudence sur les investissements publics. Les rapports entre le gouvernement et Telia sont par ailleurs ambigus, un peu comme ils le sont chez nous avec l’opérateur national. La seule différence est que Telia est en très mauvaise santé et que la population considère que le gouvernement a mal géré ce
dossier. C’est un élément qui encourage également cette prudence. HR


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