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Redistribution des rôles entre public et privé (debat temPS réels, janvier 2001)
Première publication : 17 juillet 2001, mise en ligne: mardi 17 juillet 2001

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FORMATION EN LIGNE : DE REDOUTABLES DEFIS POUR LE SERVICE PUBLIC

Les articles de presse se multiplient depuis quelques temps sur le " E Learning ".
J’ai remarqué qu’en général, il s’agit moins de parler de l’utilisation d’internet dans l’éducation, que de présenter des initiatives de sociétés privées, plus ou moins importantes, se proposant de mettre en place un marché de la formation en ligne.
Il y a d’une part la tentative de prendre pied sur le marché de la formation continue et professionnelle.
Et d’autre part de premiers ballons d’essais pour offrir des débuts d’alternative à l’éducation nationale " officielle ".

Quand on voit l’extrême sophistication des stratégies de certaines familles pour échapper à la sectorisation dans le secondaire, on peut légitimement se demander si le net ne va pas constituer une nouvelle frontière pour tenter de maximiser encore les atouts pour sa progéniture.

Sur le domaine que je connais le mieux, l’enseignement supérieur, la formation en ligne va poser certainement dans les années qui viennent de redoutables défis au service public.

En effet, si des efforts récents sont développés par le ministère et certains établissements (universités, CNED, etc..) pour développer et proposer des enseignements à distance de bonne qualité, les sommes nécessaires sont souvent très importantes, sans commune mesure avec les habitudes universitaires.

De plus, la réglementation actuelle en matière de droits universitaires repose sur la quasi-gratuité de la formation initiale, ce qui laisse peut de marges de financement aux universités qui se lancent dans l’aventure, sauf à violer implicitement le principe de droit commun.

En revanche, rien n’empêche des universités étrangères pratiquant des droits élevés (plus de 20000 francs par formation annuelle) ou des officines privées de proposer des formations de qualité contre le paiement d’inscriptions en rapport avec la formation dispensée. On peut penser que le monopole de la collation des grades représente une barrière contre cette concurrence potentielle, mais on peut aussi craindre que l’internationalisation de la formation de haut-niveau ne rende cet obstacle de moins en moins décisif... sans compter que les entreprises pourraient à l’avenir regarder plus volontiers la " compétence " acquise, même sans estampille d’Etat.
En bref, pourquoi un fils de cadre supérieur ne serait-il pas tenté, dans l’avenir, d’investir 30 000 francs dans une formation de gestion " côté " proposée à des centaines de kilomètres de son domicile, s’il en attend un retour sur investissement consistant, plutôt que de se contenter du cursus traditionnel proposé par son université du coin ? On constate déjà aujourd’hui que des familles n’hésitent pas à faire des efforts financiers conséquents pour payer une ou deux années d’études aux Etats-Unis à leurs enfants, afin de compléter leur CV.

Plus modestement, on peut déjà penser, au vu de l’efficacité relative de l’éducation nationale dans le domaine, que de nombreux futurs élèves et étudiants auront recours à des services sur internet pour apprendre les langues étrangères, ce qui ne reviendra pas finalement pas plus cher qu’un séjour linguistique (il paraît que certains apprennent vraiment l’anglais au lycée, mais je ne les connais pas...).

Autre problème redoutable, les enseignants du supérieur, dans de nombreuses filières, ont le droit et parfois l’habitude de cumuler la sécurité du salaire de base de fonctionnaire avec quelques activités d’appoints dans le privé forts rémunératrices.
Cette pratique de profession libérale, surtout développée dans les disciplines du droit, de la médecine ou de la gestion, se voit offrir de nouveaux champs avec la formation à distance. On peut ainsi imaginer sans peine un vénérable mandarin d’université débauché (contre espèces sonnantes et trébuchantes) par quelque société pour faire de la concurrence à sa propre université d’origine ! C’est ce qui existe déjà en matière de formation continue dans certains secteurs...

Enfin, dernière réflexion à la volée, internet va probablement permettre une comparaison des enseignement dispensés, ce qui ne devrait pas manquer de provoquer quelques (salutaires ?) remises en causes dans un domaine ô combien tabou, puisque visiblement nos professeurs nationaux qui pratiquent frénétiquement l’évaluation de leurs élèves détestent en revanche que quiconque ne se penche sur ce territoire " inviolable " qu’est devenu leur enseignement. Ol.

RESSOURCES GRATUITES ET TRAVAIL DES ENSEIGNANTS

La Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’Etat.Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 de la République Française, repris dans la Constitution de 1958

Dans cette bataille, la francophonie ne fait pas le poids contre les rouleaux-compresseurs anglophones (qui n’hesiterons pas a traduire, comme on le fait deja pour Encarta)

Une arme cependant existe, la rupture : casser le mercantilisme en mettant les ressources educatives a la disposition de tous, librement sur l’Internet, comme le veut d’ailleurs notre tradition d’egalite d’acces a l’education.

Dans un enseignement il y a deux parts :

1- les ressources educatives (documents), dont le cout marginal est nul et les logiciels (pedagogie, assistance, controle et gestion) dont le cout marginal est tout aussi nul.

2- le travail des enseignants, de proximite ou a distance.

Dans un contexte commercial, seul la premiere part est source potentielle de gros profits, en jouant sur les economies d’echelle qui nous sont defavorables.

Pour ce qui est de l’encadrement du travail par des enseignants, ca n’est guere compressible, et quelque soit le contexte, le ratio reste comparable.
Je pense donc que nous avons tout a perdre dans ces efforts actuels de l’education nationale pour developper des enseignement distants, dont les ressources ne sont pas accessible a tous.

Une politique contraire, sur le modele des logiciels libres, pourrait peut-etre creer une dynamique de creation et d’utilisation qui est impossible dans un contexte de privatisation des ressources crees.
Quels sont les cours, issus de ces " sommes [...] souvent très importantes, sans commune mesure avec les habitudes universitaires ", produits par le CNED ou les Universites qui, payés avec l’argent public, restent accessibles au public

A-t-on jamais pense, avec des sommes bien plus faibles, a mettre a disposition des enseignants des outils de creation de ressources pedagogiques ? Quels efforts fait-on pour organiser les contributions deja nombreuses, que l’on peut trouver en cherchant sur l’Internet ?

Par ailleurs, nos bibliotheques universitaires vivent dans la misere. Les abonnements aux revues les ruinent. Et pourtant, les auteurs ne sont pas payes, ni d’ailleurs les comites de lecture, si ce n’est par leur employeur (souvent l’etat). Mais on continue a encourager les enseignants/chercheurs a faire cadeau de leurs articles a des editeurs dont le seul role, maintenant que nous avons l’Internet, est de faire obstacle a la diffusion des connaissances tout en prelevant un droit de peage.

Ne serait-il pas temps que l’on s’interesse de plus pres a comprendre l’economie et la sociologie de la societe de l’information, au lieu de s’enliser dans les schemas de la societe industrielle du 19e siecle pour gerer la societe, l’economie et la technologie du 21e siecle ?

En demandant a nombre de structures de l’education nationale d’auto-financer une partie de leurs ressources (comme le CNDP qui vend ses logiciels), l’etat entre de fait dans une politique de privatisation de l’enseignement, et met le doigt dans un engrenage qui risque de happer tout l’enseignement (par example via l’AGCS, Accord général sur le commerce des services). Et cela n’a pas de sens pour un service publique de faire payer ce qui a un cout marginal nul, alors meme que l’on professe un droit egal pour tous a acceder a l’education.

Rien n’empêchera les plus riches de se trouver des enseignants de luxe, (ce qui ne nous empeche pas d’en avoir garde beaucoup dans notre enseignement public). Rien de neuf de ce cote. Mais aux moins peut-on, sans discrimination, mettre les meilleures ressources a la disposition de tous, en France et dans le (tiers-) monde. BL

QUEL MODELE ECONOMIQUE POUR LES EDITEURS PRIVES ?

L’Internet permet de mettre directement en relation des auteurs et des lecteurs dans le cadre d’un service public de diffusion des connaissances.

Dans l’économie traditionnelle des ouvrages imprimés, les coûts d’impression et de distribution des ouvrages rendaient nécessaire l’intervention d’un intermédiaire qui assurait la mission de publication : sélection en amont des auteurs et diffusion en aval en direction des lecteurs concernés. Par la force des choses, la couverture du risque de publication et la mise en oeuvre d’économies d’échelle ont rendu obligatoires des concentrations capitalistiques dans le monde de l’édition.

L’Internet a inauguré une habitude de gratuité chez les lecteurs. Des éditeurs comme Encyclopaedia Britannica ont pensé qu’en mettant gratuitement à disposition leur corpus encyclopédique l’audience générée serait suffisante pour attirer des annonceurs publicitaires. Dans la pratique cela ne fonctionne pas notamment parce que des études sur le comportement des lecteurs ont montré qu’ils ne prêtaient aucune attention aux annonces (en cela un média interactif comme l’Internet suscite des comportements très différents d’un média diffusé comme la TV).

Paradoxalement il n’y a pas de modèle économique de l’Internet qui tienne la route pour les éditeurs. Les expériences d’abonnement direct des lecteurs à des services Internet ou de vente d’articles à la demande restent marginales. Par contre, des couplages abonnements aux ouvrages/revues imprimés et accès Internet pourraient voir le jour. Notamment parce que ce type de contrat éditeurs/lecteurs est susceptible d’apporter une solution à ce qui a été appelé le " photocopillage ".

Dans ce contexte, l’Internet pourrait aider à ouvrir plus largement le marché c’est-à-dire permettre à un plus grand nombre de lecteurs d’accéder à la connaissance.

Les bibliothèques universitaires pourraient y trouver un nouveau rôle valorisant vis à vis des étudiants et enseignants, ce qui supposerait bien sûr une réforme de l’institution dans le sens d’un équilibrage dans la pratique du rôle de " documentation " pour reprendre la typologie de B.L. dévolu aux bibliothèques et dont les agents se verraient octroyer une mission reconnue et nécessaire au sein du service public de l’éducation, et donc une gestion des qualifications et des carrières en conséquence, et du rôle " d’enseignement " proprement dit.

Cela selon deux axes :

- l’axe auteurs/lecteurs direct sans intermédiaire et régulé par des " bonnes pratiques " qui se mettront en place " naturellement ",

- l’axes éditeurs/lecteurs lorsque des thesaurus, des tables analytiques, des compilations sont nécessaires pour faciliter la compréhension et la recherche, justifiant du prix à payer pour cette valeur ajoutée. PC

CODE DE BONNE CONDUITE POUR LES ENTREPRISES DANS LES ECOLES

Les marques et sociétés privées sont de plus en plus
présentes à l’intérieur des murs des établissements scolaires, et ce
phénomène prend de l’ampleur avec la marchandisation de l’éducation et
le développement des nouvelles technologies.

C’est pourquoi le Ministère de l’Education Nationale a publié sur son Bulletin officiel, à l’intention des entreprises, un code de bonne conduite en matière de publicité et de partenariat.

Le code de bonne conduite pour les entreprises dans les écoles :
http://www.education.gouv.fr/botexte/bo010405/MENG0100585C.htm.



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