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Vous êtes ici : Accueil > Observatoire des usages politiques et militants de l’internet > Innovations techno-politiques > Le vote concerté ou vote trading : une innovation promise à un brillant avenir... | |
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Première publication : 1er janvier 2002, mise en ligne: mardi 10 octobre 2000 Imprimer cet article | Cet article au format PDF Le vote trading a surgi dans la derniere ligne droite de la campagne, deux avant le scrutin. De tous les usages politiques d’internet, c’est probablement le plus innovant. Une innovation radicale : en permettant à des électeurs de se concerter pour "optimiser" l’impact ou l’utilité de leur voix, les systemes d’echange de vote, de vote tactique, ou de vote concerté, augmentent le pouvoir des électeurs. Présidentielles americaines 2000 On doit cette innovation aux partisans de Ralph Nader, et au delà à cette frange de la gauche américaine partagée entre le soutien à Ralph Nader, mais soucieuse, aussi, de contrer la victoire de George Bush. Le principe etait le suivant : pour atteindre simultanement deux objectifs, en apparence contradictoires : permettre l’election de Al Gore ( " un moindre mal "), tout en permettant à Nader d’atteindre le seuil des 5% au plan national, il fallait qu’un certain nombre d’electeurs spontanement disposés à voter Nader acceptent de voter pour Gore dans les etats ou Gore avait besoin de faire le plein des voix : symetriquement, pour permettre a Nader d’atteindre les 5%, il fallait qu’un certain nombre d’electeurs spontanement disposés à voter Gore acceptent de voter Nader, dans les etats ou Gore avait une nette avance, ou n’avait aucune chance d’arriver en tête. A la veille de l’élection, les sites de nadertrading avaient autour de 20 000 promesses de votes : 10.264 sur WinWinCampaign, dont 5.856 pour Nader et 4.408 pour Gore ; 9.698 promesses sur VoteExchange, dont 4.251 pour Nader et 5.447 pour Gore. Les sites d’échange : Les Républicains ont trés vite perçu le risque. Leur réaction fut immédiate. L’American Civil Liberties Association (ACLU) s’etait portée à la défense des sites mis en cause. Selon Peter Eliasberg, responsable de la section californienne de l’ACLU, "Votexchange2000 et les autres sites semblables ont un message politique clair, ce qui leur donne droit à la plus haute protection en vertu du Premier amendement, que le Secrétaire Jones apprécie ou non leur message et leur but." L’organisme a donc obtenu la levée de l’interdiction émise par l’État de Californie. Les autorités de l’État de l’Oregon avaient aussi cherché à faire fermer le site NaderTraders.Org, mais s’etaient ravisées après avoir constaté que contrairement aux autres sites, NaderTraders.Org ne proposait pas de logiciel d’appariement d’électeurs. On ne saura jamais quel fut l’impact du " vote concerté" au plan national et en Floride. Le nombre de voix qui se sont portées vers Gore grace au nadertrading était sensiblement du même ordre de grandeur (quelques centaines) que le nombre de votes " Gore " non comptabilisées lors du depouillement des suffrages en Floride). Les législatives britanniques (avril 2001) A l’approche des élections générales anticipées en Grande-Bretagne, plusieurs sites proposaient des échanges de votes, afin de barrer la route aux conservateurs. Sites de vote tactique : Le parti conservateur s’est plaint auprès de la justice contre ces deux derniers sites, qui organisaient l’échange de voix dans le Dorset et dans les circonscriptions londoniennes de Kingston et Wimbledon, sans parvenir à les inquiéter, faute de législation appropriée. Un député conservateur Ian Bruce, battu de 177 voix à l’issue du vote, attribue sa défaite au site tacticalvoter.com, qui appelait à l’échange de voix en sa défaveur. http://www.transfert.net/fr/cyber_societe/article.cfm ?idx_rub=87&idx_art=598 Des pratiques tout à fait légales... La " légalité " de tels systemes avait été discutée, aux Etats Unis. Il ne faut pas evidemment pas confondre les systemes d’ echange concerté de voix avec les systemes de vente et de " mise aux encheres " des votes. ( On sait desormais que le fameux site vote.auction.com , qui avait suscité des tombereaux d’articles de presse et d’emissions de television, etait un mauvais canular). Applications futures et dérives possibles Les preferences politiques des citoyens sont multidimensionnelles, alors que les choix qui leur sont proposés sont souvent restreints (quand ils ne sont pas binaires) : il y aura toujours des citoyens qui souhaiteront echapper à cette contrainte, qui resisteront à l’obligation du " vote utile ", qui auront à cœur de perturber le jeu des appareils politiques, qui prendront plaisir a " jouer avec le systeme ". Internet leur offre cette possibilité. Nul doute qu’elle sera saisie. Le vote concerté est particulierement adapté aux scrutins a un tour avec des circonscriptions mutltiples : apparu lors deselections presidentielles americaines (avec ses 50 circonscriptions et ses 50 college de " grands electeurs "), il resurgit aux legislatives britanniques. Le vote concerté prend aussi tout son sens dans les scrutins serrés : c’etait le cas pour les presidentielles americaines alors que l’issue des legislatives britanniques etait pratiquement acquise. Moyennant un certain nombre d’ajustements, on peut imaginer de nombreuses declinaisons (et les derives possibles) du vote concerté, y compris dans des scrutins a deux tours. Un défi pour les états-majors des partis Les systemes de vote concerté permettent aux " citoyens-strateges " de deployer leurs propres strategies et de dejouer les calculs des partis et des les état-majors de campagne. Lors des elections americaines, l’apparition du nadertrading embarrassa Ralph nader .bien plus que a l’etat major démocrate. La direction du parti démocrate n’a ni encouragé, ni combattu le " nadertrading ". Si elle voyait bien l’interet d’un systeme visant à maximiser les votes Gore dans les etats decisifs, elle redoutait de voir Nader obtenir 5% des voix au plan national et s’installer durablement dans le paysage politique. Ralph Nader, en revanche, exprima immédiatement une vive hostilité à l’egard du " nadertrading ", pourtant mis en œuvre par ses partisans. Il est vrai que le candidat du Green Party avait tout au long de sa campagne renvoyé dos a dos Gore et Bush Jr : "Si je voyais une différence entre les deux candidats, je ne me serais pas présenté", affirmait il, soulignant que Gore n’avait rien fait pour l’environnement et se désintéressait des pauvres. Le " nadertrading " prenait à contrepied la strategie du " bonnet blanc-blanc bonnet " de Ralph Nader a contrepied. Les effets indirects du " nadertrading " ont été probablement plus importants que les effets directs (le nombre de " contrats " conclus entre electeurs pro-gore et pro-nader). En affichant son refus de " partager " ses électeurs avec le candidat democrate, Nader s’est probablement trouvé en porte à faux vis a vis d’une partie de ses electeurs qui persistaient à voir dans Al Gore un "moindre mal ".
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