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Les dix pronostics de netpolitique pour la net-campagne de 2002 en France.
Première publication : 5 janvier 2002, mise en ligne: samedi 5 janvier 2002

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L’équipe de Netpolitique regroupe plusieurs des meilleurs observateurs et analystes de l’usage politique de l’Internet.

Dans sa lettre de novembre, l’equipe de netpolitique formule 10 pronostics pour la net-campagne de 2002 en France.

Certains de ces pronostics se basent sur l’observation d’exemples étrangers et l’analyse des tendances observées lors de scrutins antérieurs. D’autres sont plus empiriques, mais méritent néanmoins de figurer dans cette liste. Il ne s’agit donc pas tant d’une étude prospective que d’une série d’hypothèses, qui pour la plupart se vérifieront probablement au cours de cette « net-campagne ». Notez enfin que cette liste est ouverte à la discussion sur le forum qui lui est consacré.

1) Nous verrons apparaître au moins un site d’échange de votes.

Le phénomène du vote stratégique (cf. Netpolitique Newsletter de novembre 2000 « du Peer-to-Peer (P2P) au Voter-to-voter ») développé aux Etats-Unis et repris en Grande-Bretagne, pourrait se développer dans les semaines précédant le scrutin des Présidentielles, permettant notamment aux « petits » candidats de développer des stratégies de « troc » de votes pour atteindre la barre des 5% de suffrages (nécessaire au remboursement des frais de campagne) ou tout simplement maximiser le score du premier tour. On peut également supposer que la récente suspension de l’interdiction de publication de sondages une semaine avant le vote pourrait favoriser ces échanges stratégiques dans les jours précédant le scrutin.

2) Internet prendra de vitesse la télévision pour la diffusion des résultats.

Alors que les chaînes de télévision sont tenues d’attendre 20h pour proclamer le vainqueur, il est probable que les premiers résultats provisoires « sortis des urnes » commenceront à circuler très rapidement sur le Net avant l’annonce officielle.

3) La collecte des dons destinés à soutenir la campagne d’un candidat sera facilitée par Internet.

Bien que le niveau des dons financiers destinés à soutenir un candidat soit traditionnellement faible et que les Français restent assez méfiants à l’égard des procédés de paiements en ligne, on peut tout à fait envisager qu’une part non-négligeable des dons proviendront directement (formulaire de paiement sécurisé) ou indirectement (formulaire de don imprimable, email de sollicitation envoyé aux supporters) du site du candidat.
En simplifiant la transaction, ce type d’équipement favoriserait ainsi l’acte du don en ligne.

Il sera par ailleurs tout à fait possible de voir certains candidats promouvoir cette option dans leur matériel offline et leurs interventions publiques. On se souvient qu’en 1995 P. de Villiers avait utilisé -avec succès- le support TV pour solliciter des contributions financières pour rembourser ses dettes de campagne. Aujourd’hui, il semble plus aisé de diffuser une adresse web pour faire un don en ligne plutôt qu’un numéro de compte en banque pour solliciter un virement bancaire comme l’avait fait le candidat malheureux.

4) Rumeurs et fausses informations circulant par email visant à discréditer les candidats vont se multiplier tout au long de la campagne, allant jusqu’a alimenter les chroniques des médias traditionnels.

La récente rumeur, relayée par des médias en ligne et des listes de diffusion, sur la mise en ligne supposée d’un site web attaquant Jacques Chirac sur son âge en est un bon exemple.

5) Apparition de sites de comparaison des programmes des différents candidats à la fois pour les élections présidentielles et législatives.

Thierry Vedel et ses étudiants de Sciences-Po avaient été les premiers à tenter une expérience de ce genre en France l’an dernier lors de la campagne des Municipales. A l’étranger, les Canadiens nous avaient fourni un bel exemple d’un site permettant automatiquement une comparaison croisée des programmes électoraux.

6) Développement de la satire politique en ligne.

Les usages politiques du web, tels qu’on a pu les observer dans les principales démocraties, montrent qu’Internet a toutes les chances d’être, en France en 2002 comme hier en Italie (cf. "Berlusconi et la satire en ligne"), en Grande Bretagne et l’an passé aux Etats-Unis, un terreau propice à la parodie et à la satire politique.

 Lorsque l’on voit la large diffusion virale qui peut être faite des textes, images, photos et affiches détournées à chaque événement d’envergure nationale ou internationale (à l’heure actuelle, Ben Laden, hier en France, le boycott de Danone), on comprend l’intérêt stratégique de ce vecteur de communication dans le cadre électoral. Un sondage de Democracy Online avait montré la part importante des contenus humoristiques reçus ou consultés durant la campagne des présidentielles américaines (54% des internautes américains déclaraient avoir envoyé ou reçu des emails humoristiques à propos des candidats ou de l’élection).

 En 2000 aux Etats-Unis lors de la campagne présidentielle, comme en Grande-Bretagne lors des dernières élections législatives, les sites satiriques connurent une fréquentation bien supérieure à celle des sites officiels des partis et des candidats.

7) Les sites de campagne feront l’objet de piratage.

Dans une campagne électorale, il n’est pas rare que les opérations de collage d’affiches s’accompagnent également de l’arrachage des affiches de l’adversaire. Etant donné le faible niveau de sécurité de certains sites de candidats (nous ne dirons pas lesquels), il ne serait pas surprenant que de manière analogue certains candidats soient victimes d’actes de vandalisme électronique.

8) Il y aura au moins un cas de spam à caractère politique 

De manière générale, le spam (courrier électronique non sollicité) est une technique très séduisante, et peu onéreuse pour les marketeurs peu scrupuleux et les candidats peu respectueux de la netiquette. Les réactions, parfois très agressives, des destinataires involontaires du spam suffisent en général à dissuader les candidats-spammeurs de renouveller l’expérience.

9) Un candidat parviendra à collecter plus de 30.000 adresses électroniques.

La constitution d’une base de données conséquente devrait être l’un des principaux objectifs de la stratégie de « net-campagne » des candidats. Elle permet de garder le contact et de communiquer aisément et gratuitement avec ses lecteurs et supporters internautes. Si le Réseau des réseaux permet une chose c’est bien la constitution de ... réseaux.

10) Le SMS sera mis à contribution pour les activités militantes et les mobilisations ponctuelles.

Le parti travailliste britannique avaient en effet utilisé le SMS pour relayer des informations de dernière minute et mobiliser ses militants à la veille du scrutin. L’opération avait connu un succès très mitigé mais ne manquera sans doute pas d’inspirer d’autres stratèges politiques.

Lettre de net-politique N°16

Voir aussi, le bilan, tiré en juin, par François Freby, des 10 pronostics de net-politique


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